Des manifestants boliviens réclamant la démission du président conservateur Rodrigo Paz ont lancé lundi des pétards, des pierres et des bâtons sur les forces de l’ordre, qui ont riposté avec des gaz lacrymogènes, entraînant des dizaines d’arrestations, alors que les barrages routiers continuent de paralyser ce pays andin.
Les nouveaux affrontements dans la ville centrale de Cochabamba ont éclaté après que le président Paz a signé une mesure susceptible d’ouvrir la voie à une répression gouvernementale musclée contre les manifestations qui secouent la Bolivie depuis cinq semaines, perturbant les transports et provoquant des pénuries de nourriture, de carburant et de fournitures médicales.
Le syndicat national des travailleurs boliviens, les paysans et les groupes autochtones des hautes terres ont mis en place 90 barrages sur les axes routiers clés à travers le pays, isolant de fait les grandes villes, en particulier La Paz, le siège du gouvernement, et la ville voisine d’El Alto.
Frappés par la hausse de l’inflation et les bas salaires, de nombreux manifestants accusent M. Paz de les avoir négligés alors qu’ils l’avaient aidé à se faire élire.
Un rapport publié ce week-end par le médiateur public indépendant indique que, du 1er mai au 2 juin, les troubles ont fait 10 morts, 37 blessés et 365 arrestations.
Le gouvernement affirme que sept de ces décès sont dus à un manque de soins médicaux, mais que tous les incidents font l’objet d’une enquête.
M. Paz a tenté de négocier avec les manifestants et a appelé à la retenue dans l’usage de la force policière à leur encontre.
Les manifestants ont toutefois largement refusé de s’asseoir à la table des négociations avec le président et continuent d’exiger rien de moins que sa démission, sept mois seulement après son entrée en fonction.
Son élection l’année dernière a mis fin à près de 20 ans de règne ininterrompu du Mouvement vers le socialisme (MAS), le parti fondé par l’ex-président charismatique Evo Morales.
La pression s’intensifie sur M. Paz pour qu’il réagisse de manière plus ferme face aux troubles.
Il a signé lundi une loi facilitant la possibilité pour le gouvernement d’imposer l’état d’urgence, qui suspendrait les droits constitutionnels et habiliterait l’armée à rétablir l’ordre et à lever les barrages.
Mais pour que l’état d’urgence entre en vigueur, M. Paz doit promulguer un décret distinct. On ignore s’il décidera de le faire, car les répressions militaires violentes contre les manifestations ont déjà renversé des présidents boliviens par le passé.
«Cette loi vise à protéger la majorité du pays contre le narcoterrorisme qui est à l’origine des manifestations, a déclaré M. Paz dans un discours à la nation après avoir signé la loi. Je tends la main aux organisations sociales qui ont des revendications légitimes et je réitère ma volonté d’engager le dialogue.»
Après son discours, des foules ont pris d’assaut un bureau du syndicat des transports publics à El Alto alors que les tensions montaient en raison de la pénurie de carburant, ce qui a conduit à au moins 28 arrestations, a indiqué la police.
Des affrontements ont éclaté dans la ville centrale de Cochabamba, où des agriculteurs manifestants ont tenté de bloquer un pont reliant la région à l’ouest du pays.
La police a arrêté 23 personnes tout en lançant des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants qui jetaient des pierres et de la dynamite.
