Le sénateur américain Lindsey Graham, l’un des plus proches alliés du président Donald Trump au Congrès, qui avait parcouru le monde pour plaider en faveur d’une politique étrangère américaine plus offensive, est décédé samedi soir des suites d’une «maladie brève et soudaine», a indiqué son bureau dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux. Il était âgé de 71 ans.
Son bureau n’a fourni aucun détail supplémentaire concernant ce républicain de Caroline du Sud et a indiqué que sa famille «apprécie vos prières en ce moment et demande que son intimité soit respectée pendant cette période extrêmement difficile».
«Le sénateur Lindsey Graham, l’une des personnes et l’un des sénateurs les plus remarquables que j’aie jamais connus, est décédé !», a écrit le président Trump sur les réseaux sociaux tôt dimanche matin. «Il travaillait sans relâche et était un véritable patriote américain. Lindsey va beaucoup nous manquer !!! DÉTAILS ET MODALITÉS À SUIVRE. C’est tellement triste !»
Le chef de la majorité au Sénat, John Thune, républicain du Dakota du Sud, a pour sa part indiqué avoir: « le cœur lourd ce matin en apprenant le décès de mon ami et collègue, le sénateur Lindsey Graham.»
«Le long et dévoué engagement de Lindsey au sein de l’armée de l’air et au Congrès l’a conduit dans des régions reculées du monde», a souligné M. Thune. «C’était un fervent défenseur des États-Unis et un allié de poids pour les pays épris de liberté à travers le monde. Il croyait en la puissance de l’Amérique pour faire le bien dans le monde et a consacré sa vie à faire avancer cette cause.»
Graham était proche de Trump
Élu pour la première fois au Sénat américain en 2002 après avoir siégé à la Chambre des représentants, cet ancien officier, juriste de l’armée de l’air a longtemps défendu une politique d’interventionnisme militaire américain vigoureux et de défense nationale forte qui, au fil des années, l’a mis en désaccord avec l’aile isolationniste grandissante du Parti républicain.
Ces dernières années, Lindsey Graham s’est également fait connaître pour ses liens étroits avec Donald Trump, contre lequel il s’était brièvement présenté lors de la primaire présidentielle du parti en 2016.
La relation entre messieurs Graham et Trump a connu des débuts difficiles, le sénateur ayant qualifié l’homme d’affaires de l’époque d’«inapte à exercer cette fonction». Lindsey Graham a également utilisé un juron pour décrire Donald Trump après que celui-ci eut tenu des propos désobligeants à l’égard de l’ancien sénateur John McCain, le meilleur ami de M. Graham au Sénat et vétéran de la guerre du Vietnam. Messieurs McCain et Graham, aux côtés de l’ancien sénateur Joe Lieberman (indépendant du Connecticut), étaient connus sous le nom des «Trois Amigos» et voyageaient fréquemment à travers le monde pour promouvoir leurs positions bellicistes en matière de politique étrangère.
Peu de temps après, M. Trump a lu à haute voix le numéro du téléphone portable personnel de M. Graham lors d’un rassemblement électoral en Caroline du Sud et a continué à le rabaisser tout au long de l’année 2016, ce dernier ayant clairement fait savoir qu’il ne soutiendrait pas Trump, même si celui-ci était le candidat présidentiel du parti.
Toutefois, Lindsey Graham a radicalement changé d’attitude une fois que Donald Trump a été élu à la Maison-Blanche, s’imposant comme l’un de ses principaux alliés — s’entretenant fréquemment avec lui et devenant un habitué des parcours de golf aux côtés du président Trump — alors que M. McCain était encore critique à son égard.
Dans une entrevue accordée à l’Associated Press en 2018, M. Graham avait expliqué ce revirement en affirmant que McCain lui avait appris que le pays devait aller de l’avant après les élections et que cela signifiait qu’«on a le devoir» d’aider le président. Son ami John McCain s’était aussi présenté à l’élection présidentielle américaine.
«J’ai essayé d’être utile là où je le pouvais, car je pense qu’il a besoin de toute l’aide possible», avait déclaré M. Graham à propos de Donald Trump. «On peut être un meilleur détracteur lorsque les gens comprennent qu’on essaie de les aider à réussir.»
Lindsey Graham a semblé rompre avec Trump après l’attaque du Capitole américain, le 6 janvier 2021, en déclarant : «Ne comptez pas sur moi. Ça suffit», mais le sénateur est revenu dans le giron du président Trump et est resté proche de lui pendant son second mandat.
Politique étrangère au cœur des préoccupations de Graham
Le sénateur Graham conseillait notamment le président Trump sur des questions de politique étrangère, telles que l’Iran et la Russie, et venait tout juste d’annoncer vendredi un accord avec l’administration Trump pour faire avancer un ensemble de sanctions contre la Russie. Le sénateur s’était rendu en Ukraine pour rencontrer le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui a déclaré que le sénateur s’était rendu dans son pays à dix reprises depuis l’invasion de son pays par la Russie.
«Lindsey était un véritable défenseur de la liberté et des valeurs qui rendent notre monde plus sûr», a déclaré Zelensky.
Ses nombreux voyages avaient fait de lui un visage familier pour des dizaines de dirigeants mondiaux.
Dimanche, le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a rendu hommage à Graham, le qualifiant de «grand ami d’Israël» et d’«ami très cher».
Selon M. Nétanyahou, le sénateur Graham comprenait que la sécurité d’Israël et celle des États-Unis étaient indissociables et qu’il avait consacré sa vie à défendre l’Amérique, à renforcer l’alliance américano-israélienne et à prendre la défense du monde libre.
«Israël a perdu l’un de ses plus grands amis. L’Amérique a perdu un grand patriote. J’ai perdu un ami très cher», a déclaré le premier ministre Nétanyahou, présentant ses condoléances à la famille de M. Graham et au peuple américain.
Brillante carrière au Capitole
Lindsey Graham était le président de la commission du budget du Sénat, ce qui lui a conféré un rôle central au cours du second mandat du président Trump, alors que les républicains faisaient adopter des lois majeures par des votes partisans, grâce à une faible majorité en Chambre.
Sa commission supervisait un processus appelé «réconciliation», une procédure sénatoriale qui a permis aux républicains d’adopter des mesures importantes, telles que la loi fiscale de l’année dernière, sans craindre l’obstruction parlementaire des démocrates.
Il avait auparavant dirigé la commission judiciaire du Sénat lorsque les républicains avaient confirmé la nomination d’Amy Coney Barrett à la Cour suprême en 2020, et était en passe de reprendre la présidence de cette commission si le parti conservait le contrôle du Sénat après les élections de mi-mandat de cette année.
M. Graham a joué un rôle clé dans les efforts du Sénat visant à élaborer une vaste réforme de l’immigration en 2013, en tant que membre du «Gang of Eight», un groupe bipartite qui a rédigé un projet de loi de grande envergure qui aurait modifié pratiquement tous les aspects de la législation américaine en matière d’immigration. Ce projet de loi a été adopté par le Sénat avec 68 voix, mais n’a jamais été examiné par la Chambre des représentants et n’a pu obtenir le statut d’une loi.
Cependant, les positions de M. Graham sur l’immigration, notamment son soutien à une voie d’accès à la citoyenneté pour les personnes en situation irrégulière aux États-Unis, l’ont mis en désaccord avec certaines factions républicaines.
Il a parfois dû faire face à des adversaires lors des primaires dans son État d’origine, la Caroline du Sud, mais il a remporté d’emblée l’investiture en juin alors qu’il briguait un cinquième mandat. Lindsey Graham devait affronter la démocrate Annie Andrews, une pédiatre de Charleston, lors de l’élection générale de novembre.
Le sénateur s’était adressé au président dans son discours de victoire le mois dernier, déclarant : «Je vais vous aider à changer ce monde et à changer ce pays.»
Peu d’explications de son bureau
Le communiqué laconique du bureau du sénateur Graham, qui n’a pas donné d’explications sur son décès, intervient dans un contexte d’inquiétude quant au manque de transparence concernant la santé des élus.
Le député Tom Kean Jr., un républicain du New Jersey, était absent sans explication depuis des mois avant de revenir au Congrès américain et de révéler qu’on lui avait diagnostiqué une dépression.
Le sénateur Mitch McConnell, républicain du Kentucky, a été hospitalisé il y a quelques semaines pour des raisons de santé non divulguées.
Les républicains détiennent une faible majorité de 53 sièges contre 47 au Sénat. Conformément à la loi de la Caroline du Sud, le gouverneur Henry McMaster, un républicain, nommera un remplaçant par intérim au défunt sénateur Graham, qui exercera ses fonctions jusqu’en janvier.
M. McMaster a toutefois souligné dans un communiqué que Graham était «irremplaçable».
Le pays a perdu «le plus farouche des défenseurs de la Caroline du Sud et de l’Amérique — et un ami loyal et indéfectible», selon M. McMaster, qui a présenté ses condoléances à sa famille, ajoutant: «Nous ne reverrons plus jamais quelqu’un comme lui».
Lindsey Graham n’était pas marié et n’avait pas d’enfants. Sa plus proche parente encore en vie est sa sœur Darline Graham Nordone, qu’il a aidé à élever après le décès de leurs deux parents.
