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Crise de Ceuta: Pedro Sánchez dédouane encore le Maroc mais revendique la souveraineté espagnole

La gestion de la crise depuis un mois par le gouvernement est vertement critiquée par l’opposition de droite et d’extrême droite.

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Ceuta: des migrants renvoyés au Maroc La police et les forces armées espagnoles à Ceuta continuaient d'escorter vers le Maroc des migrants alors que selon Madrid, la plupart des 60 000 migrants qui ont franchi illégalement la frontière ont été renvoyés.

Le premier ministre espagnol a défendu jeudi devant les députés sa gestion de la crise de Ceuta, assurant une nouvelle fois n’avoir «aucune preuve» de l’implication du Maroc dans le brusque afflux de migrants fin juillet, tout en revendiquant fermement la souveraineté espagnole sur l’enclave.

La question de l’éventuel rôle du Maroc dans l’entrée soudaine de dizaines de milliers de migrants à Ceuta les 30 et 31 juillet est au cœur des débats en Espagne depuis un mois, des interrogations encore renforcées mercredi par la fuite dans la presse d’un rapport policier pointant notamment la «permissivité» des forces de l’ordre marocaines ces deux jours-là.

Mais aucun service ni aucun organisme international «n’a remis au gouvernement espagnol de preuves solides que le Maroc ait planifié ou orchestré» l’afflux de migrants survenu à Ceuta fin juillet, a insisté devant les députés Pedro Sánchez, au lendemain de manifestations massives dans tout le pays en signe de soutien au petit territoire espagnol d’Afrique du Nord, mais aussi pour protester contre la gestion de la crise par le gouvernement.

Le premier ministre espagnol Pedro Sánchez s'adresse aux députés au sujet de la situation à Ceuta, l'enclave espagnole d'Afrique du Nord confrontée à une crise migratoire, lors d'une séance du Parlement à Madrid, le jeudi 3 septembre 2026. Le premier ministre espagnol Pedro Sánchez s'adresse aux députés au sujet de la situation à Ceuta, l'enclave espagnole d'Afrique du Nord confrontée à une crise migratoire, lors d'une séance du Parlement à Madrid, le jeudi 3 septembre 2026. (Fernando Sánchez/Fernando Sánchez/Europa Press)

«Si ces preuves solides existaient, nous agirions en conséquence, avec toute la fermeté que la situation exige», a poursuivi Pedro Sánchez, qui a par ailleurs répété qu’aucun rapport préalable n’avait anticipé «l’ampleur» ou «la possibilité» de ce qui s’est passé fin juillet.

«Guerre hybride»

«Nous n’avons pas la moindre intention de déclencher dans un monde déjà particulièrement instable un conflit diplomatique de premier ordre avec un pays voisin sans disposer de données solides pour le faire», a encore asséné le premier ministre.

Depuis un mois, la crise migratoire à Ceuta nourrit les critiques véhémentes du gouvernement portées par l’opposition de droite et d’extrême droite, persuadée, comme certains alliés de gauche de l’exécutif également, que le Maroc a eu un rôle dans ce brusque afflux de migrants, qui a fait des dizaines de morts et de disparus.

«Votre argumentation est accablante. Nous n’étions au courant de rien, et par conséquent nous n’avons aucune responsabilité ni aucune faute. Si c’est la vérité, démissionnez pour incompétence, et si c’est faux, démissionnez pour complicité, M. Sánchez», a lancé jeudi au premier ministre Alberto Nuñez Feijoó, leader du Parti populaire (droite), évoquant un «possible acte de guerre hybride du Maroc».

Mais s’il a encore une fois rejeté à ce stade toute mise en cause de Rabat dans la crise, Pedro Sánchez a vivement critiqué les déclarations «inacceptables» de deux ministres marocains, qui ont récemment revendiqué la souveraineté marocaine sur Ceuta mais aussi Melilla, autre territoire espagnol enclavé au Maroc.

«Nous avons entendu deux ministres faire des déclarations inacceptables sur Ceuta et sur Melilla (…) pour lesquelles nous avons convoqué l’ambassadrice marocaine le 21 août», a déclaré Pedro Sánchez.

«Depuis des siècles, ces deux villes sont espagnoles (…). Et je vous assure que, pour le gouvernement espagnol, cela restera ainsi jusqu’à la fin des temps», a lancé le chef du gouvernement depuis la tribune.

Appel à Felipe VI

Il a par ailleurs appelé le roi d’Espagne Felipe VI à se rendre dans ces deux villes «dans les prochaines semaines», pour leur transmettre «l’engagement absolu de l’État»: «En ce moment, Ceuta a plus que jamais besoin d’être soutenue par l’État».

La dernière visite d’un souverain espagnol, Juan Carlos en l’occurrence, dans ces deux territoires remonte à novembre 2007. Elle avait alors entraîné une crise diplomatique avec le Maroc.

Le Maroc revendique sa souveraineté sur les deux enclaves, qu’il considère comme des territoires occupés par l’Espagne, sans que cette revendication ne soit formulée auprès de l’ONU — Rabat étant focalisé sur le règlement en sa faveur du dossier du Sahara occidental.

Des manifestants défilent en soutien à Ceuta à l'occasion de l'anniversaire de la ville, dans l'enclave espagnole de Ceuta, mercredi 2 septembre 2026. On peut lire sur les banderoles, en espagnol : « Ceuta a besoin de coordination, pas d'improvisation » et « Le gouvernement central est absent » Des manifestants défilent en soutien à Ceuta à l'occasion de l'anniversaire de la ville, dans l'enclave espagnole de Ceuta, mercredi 2 septembre 2026. On peut lire sur les banderoles, en espagnol : « Ceuta a besoin de coordination, pas d'improvisation » et « Le gouvernement central est absent » (Francis González/AP Photo/Francis González)

Cette ancienne colonie espagnole, contrôlée en majeure partie par le Maroc, est aussi revendiquée par les indépendantistes du Front Polisario, soutenus par l’Algérie.

Et même si Madrid soutient depuis 2022 la solution marocaine sur cette question, certains analystes estiment que la crise de fin juillet à Ceuta pourrait avoir été orchestrée par le Maroc comme un message envoyé à l’Espagne après une visite de M. Sánchez en Algérie en juillet.

Si la très grande majorité des migrants arrivés à Ceuta fin juillet sont repartis dans la foulée, plusieurs milliers — quelque 5000 selon le gouvernement central, 10 000 selon les autorités locales — sont encore présents dans le petit territoire qui compte un peu plus de 80 000 habitants.