Oliverio Quira se rend souvent sur un terrain qu’il possède à moins d’un kilomètre du volcan Purace, dans le sud-ouest de la Colombie, pour vérifier l’état de son bétail. Il s’assoit là et observe la colonne de cendres qui s’élève du cratère.
Malgré une alerte récente indiquant qu’une éruption est probable dans les jours ou les semaines à venir en raison d’une activité sismique accrue au niveau du volcan et de l’émission de colonnes de cendres atteignant jusqu’à 900 mètres, il n’a pas peur.
«J’ai vécu sur le volcan, j’y ai grandi (...) je n’ai donc aucune raison de le craindre. Je continuerai à m’y rendre, alerte ou non. Je dois m’occuper de mes animaux», a confié l’homme de 65 ans, à l’Associated Press. Il est membre de la réserve autochtone de Purace, un territoire appartenant au peuple Coconuco qui habite traditionnellement les environs du volcan.
Néanmoins, depuis l’alerte lancée le 29 novembre, la communauté environnante est sur les nerfs. Les autorités ont cherché à se préparer à une évacuation préventive d’au moins 800 personnes qui vivent à la périphérie du volcan, dans des maisons dispersées dans les montagnes.
Le volcan Purace, qui culmine à 4640 mètres au-dessus du niveau de la mer, est l’un des volcans actifs de Colombie, avec au moins 51 éruptions depuis l’an 1400. Sa dernière éruption importante a été enregistrée en 1977, selon le Service géologique colombien.
Pour le peuple Coconuco, le volcan est sacré et représente l’esprit protecteur de leur territoire.
«Le volcan est notre maître; nous n’avons aucune raison de le craindre», a affirmé Alfredo Manquillo, vice-gouverneur de la réserve de Purace. «C’est pourquoi nous le respectons et accomplissons des rituels en son nom.»
Ces rituels consistent notamment à offrir au cratère du maïs, des plantes sucrées et une boisson alcoolisée traditionnelle à base de fruits appelée guarapo.
Pour la communauté autochtone, le volcan leur envoie un message lorsqu’il émet des cendres, leur demandant de mieux prendre soin de la nature.
«Le volcan nous dit que nous l’avons trop exploité (...) pendant environ 60 ans, nous avons tiré profit de ses sous-sols en extrayant du soufre, et maintenant, avec le tourisme, nous tirons profit de ses sommets», a-t-il soutenu, faisant référence à une mine de soufre qui a été fermée il y a quelques années et aux randonnées écologiques vers le volcan. «Il nous dit: “C’est moi qui commande, c’est moi qui ai le pouvoir”».
Les anciens qui ont été témoins des éruptions du volcan ont cherché à rassurer les plus jeunes membres de la communauté qui voient le volcan en activité pour la première fois.
Reinaldo Pizo, âgé de 75 ans, était enfant lorsque le volcan est entré en éruption, projetant des roches. Il se souvient s’être réfugié sous des arbres feuillus ou à l’intérieur de leurs maisons au toit de chaume.
Sa maison est située dans une zone à risque, mais il affirme qu’il n’évacuerait que si le volcan émettait des gaz toxiques.
Purace ne dispose pas des infrastructures et de la logistique nécessaires pour une évacuation complète, c’est pourquoi les autorités s’efforcent de mettre en place des abris temporaires, selon le maire Humberto Molano Hoyos.
Mais M. Manquillo a déclaré qu’ils avaient également besoin de réservoirs de stockage d’eau, de nourriture et d’une solution pour protéger leur bétail et leurs animaux domestiques, qui sont essentiels à la communauté agricole et d’élevage.
«Comme le disent certains de nos compagnons: “Si nous devons mourir ici, nous mourrons ici. Mais nous n’irons pas ailleurs pour mourir de faim”», a déclaré M. Pizo.
