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ICE: dans une FIFA près de chez vous

«Le début, peut-être, de quelque chose de laid. Très laid.»

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Chronique Me Frédéric Bérard | «ICE: dans une FIFA près de chez vous» (Image tirée de La Presse canadienne et montage Noovo Info) Chronique Me Frédéric Bérard | «ICE: dans une FIFA près de chez vous» (Image tirée de La Presse canadienne et montage Noovo Info) (The Associated Press)

Quiconque habitué à cette chronique sait, sans forcer, tout le bien que l’on pense de l’ICE: une milice paramilitaire trumpiste.

Rien de plus, rien de moins, avec les affres que le tout comporte: opérations-intimidation dans les États et villes démocrates, des centaines de milliers d’arrestations arbitraires, déportations illégales, assassinats, viols, invasions de domicile sans mandats, centre de détention aux allures de camps de concentration, version semi-soft. Qualifications et termes trop raides? Comme disait Camus: mal nommer les choses, c’est ajouter aux malheurs du monde.

On apprenait récemment la volonté de la Maison-Blanche d’assurer la présence de l’ICE lors de la prochaine Coupe du monde de la FIFA, dont les matchs auront lieu aux États-Unis, au Mexique, et au Canada.

Ceci devait, à juste titre, soulever l’ire de plusieurs, incluant diverses organisations de défense des droits fondamentaux, dont Amnistie internationale, mais aussi d’élus américains: on appuie maintenant l’idée d’une loi tenant les macaques du ICE à distance, soit d’au moins un mille des stades pertinents. Son titre? The Save the World Cup Bill. Joli, quand même.

Selon Nellie Pou, démocrate ayant déposé le projet de loi: «la Coupe du monde devrait rassembler les gens, et non pas plonger les familles dans la crainte à savoir si des agents de l’ICE les attendront à la sortie des stades […] Il sera impossible de tenir un tournoi avec succès si les fans et les joueurs doivent constamment regarder par-dessus leur épaule. On veut que les autorités se concentrent sur le fait de garantir la sécurité, et non de chercher à remplir des quotas d’immigrants.»

«Ce sont des humains»: des citoyens de Minneapolis toujours inquiets, malgré le retrait de l’ICE Par Sabrina Rivet | Les offensives anti-immigration se poursuivent et plusieurs travailleurs étrangers, bien établis, demeurent inquiets.

Son collègue Eric Swalwell abonde dans le même sens: «Comment notre pays peut-il accueillir la Coupe du monde tout en déportant des touristes de l’étranger ? […] Ce projet de loi s’assure que l’ICE ne transforme pas, au quotidien, les transports publics en zone de terreur.»

Voilà pour les É.-U., à suivre.

Le Canada, maintenant. Catastrophé, le Conseil municipal de Toronto, sous l’impulsion de sa mairesse Olivia Chow, adopte une résolution dans le même sens. Idem pour Vancouver, elle aussi ville hôtesse du tournoi.

Au-delà des motifs d’opposition déjà soulignés par les élus américains, s’ajoute l’enjeu suivant: mais quelle pertinence au ICE ici, en territoire canadien? Les deux ministres fédéraux responsables, soit Gary Anandasangaree (Sécurité publique) et Anita Anand (Affaires étrangères), indiquent de leur côté que le ICE n’a aucune juridiction en la matière, celle-ci étant imputable aux seules autorités policières canadiennes. À juste titre, il va de soi.

Alors quoi? D’aucuns y verraient une tactique, claire et nette, d’intimidation. De démontrer que les tentacules américains, même sur le plan milice, pourront se déployer de manière extraterritoriale, que cela ne plaise ou non. Que le Canada, possiblement à petit feu, deviendra laquais graduel de la Maison-Blanche. Un 51e État peut-être pas en droit, mais au moins en fait. Une violation évidente de la Charte des Nations unies, interdisant de « recourir à la menace ou à l’emploi de la force, soit contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État ».

Le début, peut-être, de quelque chose de laid.

Très laid.

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