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Christa Pike dans un état critique après la tentative d’exécution échouée

«Nous n’avons aucune idée de son pronostic ni beaucoup d’informations sur son état de santé pour le moment.»

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Christa Pike

Christa Pike se trouvait jeudi dans un état critique et bénéficiait de «soins vitaux» à l’hôpital, selon ses avocats, au lendemain d’une tentative d’exécution qui a échoué et qui a poussé le gouverneur du Tennessee à suspendre toute nouvelle exécution cette année et à ordonner un examen indépendant.

Mme Pike, condamnée à mort pour un meurtre commis en 1995, a été transportée à l’hôpital mercredi soir après avoir survécu à une double dose du produit utilisé par le Tennessee pour exécuter les condamnés.

«Nous n’avons aucune idée de son pronostic ni beaucoup d’informations sur son état de santé pour le moment, a indiqué l’avocat Randy Spivey lors d’une conférence de presse. Mais nous savons qu’elle est en vie à l’heure actuelle.»

Cet échec d’exécution, qualifié d’«inédit» par un expert en peine de mort, a conduit le gouverneur républicain Bill Lee à ordonner une enquête, qualifiant ce qui s’était passé de «profondément troublant» et reportant sine die l’exécution de Mme Pike ainsi qu’une autre prévue cette année.

Cela a également ravivé le débat sur les procédures d’exécution de l’État, notamment son utilisation d’injections létales à base d’un seul produit.

M. Spivey a qualifié ce processus de cruel et d’atroce, affirmant qu’il était «hanté» par le fait d’avoir vu et entendu Mme Pike parler, chanter, puis ronfler bruyamment, pendant les quelque 90 minutes qu’elle a passées dans la chambre d’exécution.

Ses avocats ont aussi indiqué qu’il n’était pas certain si elle avait pu subir des lésions cérébrales à cause d’un manque d’oxygène.

May Martinez, dont la fille a été assassinée par Mme Pike et son compagnon, et qui s’était rendue à Nashville pour assister à l’exécution, était aussi bouleversée.

«Je n’ai pas obtenu justice pour ma fille», a mentionné Mme Martinez à l’Associated Press jeudi.

«J’ai tout regardé. Elle était éveillée. Elle riait. Elle bougeait la tête, bougeait les pieds. Elle essayait de se redresser, a raconté Mme Martinez. Ça n’a pas marché la première fois qu’ils lui ont fait l’injection. Ça n’a pas marché la deuxième fois non plus.»

On ne savait pas immédiatement ce qui avait mal tourné. Les avocats de Mme Pike ont évoqué plusieurs possibilités.

L’équipe chargée de l’exécution a travaillé pendant une heure pour administrer les substances létales, a expliqué M. Spivey, qui a dénombré au moins sept aiguilles dans le bras gauche de la condamnée.

Alors qu’ils s’efforçaient de localiser une veine, Mme Pike leur a même indiqué où ils pourraient en trouver une, a-t-il précisé.

«S’il vous plaît, essayez ici, essayez ici, s’est souvenu M. Spivey. Elle leur a répété sans cesse: “S’il vous plaît, essayez plus haut, au niveau de mon épaule.”»

À un moment donné, Mme Pike a demandé aux agents pénitentiaires si son bras était censé ressentir cette sensation, bien qu’on ignore si cela s’est produit après l’injection de la première dose, les agents ne communiquant pas cette information.

Ni la dose initiale ni la dose de secours de pentobarbital n’ont fonctionné. Mme Pike ronflait toujours lorsque le micro de la chambre d’exécution a été coupé, plus d’une heure après le début de la tentative.

Un autre avocat de Mme Pike, Steve Ferrell, a déclaré qu’elle craignait des complications en raison d’un trouble sanguin dont elle souffrait depuis toujours et qui rendait difficile l’insertion d’aiguilles dans ses veines.

Il était tout à fait possible, a ajouté M. Ferrell, que la perfusion ne soit pas correctement placée dans sa veine et que le produit s’accumule dans son bras au lieu de pénétrer dans sa circulation sanguine.

Le gouverneur Lee a avancé qu’il semblait que le personnel pénitentiaire ait respecté la procédure.

Une commutation de peine réclamée

Les avocats de Mme Pike souhaitent désormais que sa peine soit réduite.

Âgée aujourd’hui de 50 ans, elle a été condamnée à mort pour un meurtre commis à l’âge de 18 ans. Elle aurait été la première femme exécutée dans le Tennessee depuis plus de 200 ans.

Une cour d’appel avait suspendu son exécution une heure avant l’heure prévue pour celle-ci mercredi matin, mais la Cour suprême des États-Unis a annulé ce sursis quelques heures plus tard.

C’était la deuxième fois cette année que l’État se trouvait dans l’impossibilité de mener à bien une exécution.

Dans l’autre affaire, les agents n’avaient pas réussi à trouver une veine appropriée pour la mise en place d’une perfusion intraveineuse, si bien que les substances n’avaient pas pu être administrées.

Le pentobarbital, le barbiturique utilisé par le Tennessee pour les exécutions, a servi à mettre à exécution des condamnations à mort dans plusieurs États ainsi que par le gouvernement fédéral. Mais des inquiétudes ont été exprimées quant au risque de «douleurs et souffrances inutiles».

Le Dr Ervin Yen, un anesthésiste d’Oklahoma City qui n’a aucun lien avec l’exécution de Mme Pike, mais qui a assisté à d’autres, a expliqué qu’il était possible que, si le personnel pénitentiaire avait utilisé une petite veine, une sensation de brûlure ait pu se produire, comme l’ont mentionné les avocats de Mme Pike.

En 2024, le Tennessee est passé d’une combinaison de trois médicaments pour les injections létales à un seul médicament, le pentobarbital.

Ce changement est intervenu environ deux ans après que l’État eut brusquement suspendu l’exécution d’Oscar Smith et reconnu qu’il n’avait pas veillé à ce que les médicaments utilisés pour les injections létales aient été testés correctement.

Robin M. Maher, directrice générale du Death Penalty Information Center, a souligné que ce qu’avait vécu Mme Pike était «unique et sans précédent» dans la mesure où elle a survécu suffisamment longtemps pour être transférée à l’hôpital.

Sept autres personnes ont survécu à des problèmes médicaux dus à l’incapacité de l’équipe chargée de l’exécution à trouver une veine pour administrer les substances létales, mais personne n’est resté en vie après avoir reçu les substances utilisées lors des exécutions, a-t-elle précisé.

Mme Pike aurait été la 30e personne exécutée aux États-Unis cette année.