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Australie: au moins 15 morts dans une attaque visant la communauté juive

Il s’agit de la fusillade la plus meurtrière depuis près de trente ans dans un pays doté d’une législation stricte en matière d’armes à feu.

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Les secours transportent une personne sur une civière après une fusillade signalée à la plage de Bondi, à Sydney, le dimanche 14 décembre 2025. AP Photo/Mark Baker Les secours transportent une personne sur une civière après une fusillade signalée à la plage de Bondi, à Sydney, le dimanche 14 décembre 2025. (Mark Baker/Associated Press)

Deux hommes armés ont ouvert le feu lors d’une célébration de Hanoukka sur la plage de Bondi, à Sydney, tuant 15 personnes, dont un enfant, ont déclaré lundi les autorités, dans ce que le premier ministre Anthony Albanese a qualifié d’acte de terrorisme antisémite qui a frappé le cœur de la nation. Les tireurs étaient un père et son fils, ont indiqué les autorités.

Ce massacre sur l’une des plages les plus populaires d’Australie fait suite à une vague d’attaques antisémites qui ont secoué le pays au cours de l’année écoulée, bien que les autorités n’aient pas suggéré qu’il y ait un lien entre celles-ci et la fusillade de dimanche. Il s’agit de la fusillade la plus meurtrière depuis près de trois décennies dans un pays où les lois sur le contrôle des armes à feu sont strictes.

L’un des tireurs, un homme de 50 ans, a été abattu par la police. L’autre tireur, son fils de 24 ans, a été blessé et est soigné à l’hôpital, a indiqué Mal Lanyon, commissaire de police de la Nouvelle-Galles du Sud.

La police a affirmé que l’un des tireurs était connu des services de sécurité, mais M. Lanyon a précisé que les autorités n’avaient aucune indication d’une attaque planifiée.

Les victimes étaient âgées de 10 à 87 ans, a dit le premier ministre de la Nouvelle-Galles du Sud, Chris Minns, aux journalistes. Au moins 42 autres personnes étaient soignées dans des hôpitaux lundi matin, plusieurs d’entre elles dans un état critique.

«Ce que nous avons vu hier était un acte purement maléfique, un acte d’antisémitisme, un acte de terrorisme sur nos côtes, dans un lieu emblématique de l’Australie, Bondi Beach, associé à la joie, aux réunions familiales, aux célébrations», a dit lundi le premier ministre australien Anthony Albanese.

«Il est à jamais entaché par ce qui s’est passé.»

La fusillade visait une célébration juive

La violence a éclaté à la fin d’une journée d’été où des milliers de personnes s’étaient rassemblées à Bondi Beach, un lieu emblématique de la vie culturelle australienne. Parmi elles, des centaines de personnes s’étaient réunies pour l’événement «Chanukah by the Sea», qui célèbre le début de la fête de Hanoukka, qui dure huit jours.

Les festivités comprenaient du maquillage et un zoo pour enfants. Puis le chaos a éclaté.

Chabad, un mouvement juif orthodoxe qui mène des actions de sensibilisation dans le monde entier et parraine des événements lors des grandes fêtes juives, a identifié l’une des victimes comme étant le rabbin Eli Schlanger, assistant rabbin à Chabad of Bondi et organisateur de l’événement.

Le ministère israélien des Affaires étrangères a confirmé la mort d’un citoyen israélien, mais n’a donné aucun autre détail. Le président français Emmanuel Macron a annoncé qu’un citoyen français, identifié comme Dan Elkayam, figurait parmi les victimes.

Aucune des victimes n’a été nommée publiquement par les autorités australiennes. Les tireurs n’ont pas non plus été officiellement identifiés.

Mais les histoires des victimes ont commencé à apparaître dans les médias locaux lundi. Larisa Kleytman a indiqué aux journalistes devant l’hôpital St Vincent que son mari, Alexander Kleytman, figurait parmi les victimes, selon le quotidien The Australian.

Le couple était composé de deux survivants de l’Holocauste.

La police a déclaré que les services d’urgence avaient été appelés vers 18h45, suite à des signalements de coups de feu. Une vidéo tournée par des témoins montre des personnes en maillot de bain s’enfuyant de l’eau alors que des coups de feu retentissent.

Une autre vidéo montre deux hommes vêtus de chemises noires tirant avec des armes longues depuis une passerelle menant à la plage. Une séquence dramatique diffusée à la télévision australienne montre un homme qui semble plaquer au sol et désarmer l’un des tireurs, avant de pointer l’arme de celui-ci vers lui, puis de la poser au sol.

M. Minns a qualifié cet homme, identifié par ses proches aux médias australiens comme étant Ahmed al Ahmed, propriétaire d’un magasin de fruits, de «véritable héros».

Les témoins ont fui et se sont cachés lorsque les coups de feu ont retenti

Arsen Ostrovsky, un avocat qui assistait à la cérémonie de Hanoukka avec sa femme et ses filles, a été effleuré à la tête par une balle. Ostrovsky a indiqué avoir quitté Israël pour l’Australie il y a deux semaines afin de travailler pour un groupe de défense des Juifs.

«Ce que j’ai vu aujourd’hui était le mal à l’état pur, un véritable bain de sang. Des corps jonchaient le sol partout», a-t-il dit à l’Associated Press dans un courriel envoyé depuis l’hôpital.

«Je n’aurais jamais pensé que cela puisse arriver ici, en Australie.»

—  Arsen Ostrovsky

Lachlan Moran, 32 ans, originaire de Melbourne, a indiqué à l’AP qu’il attendait sa famille lorsqu’il a entendu des coups de feu.

«J’ai couru aussi vite que possible», a expliqué M. Moran. Il a affirmé avoir entendu des coups de feu intermittents pendant environ cinq minutes. «Tout le monde a laissé tomber ses affaires et s’est mis à courir, les gens pleuraient, c’était horrible.»

Les attaques antisémites ont secoué l’Australie

Albanese a promis que la violence serait suivie d’«un moment d’unité nationale où tous les Australiens embrasseront leurs compatriotes de confession juive». Certains de ses adversaires politiques et le gouvernement israélien l’ont accusé de ne pas avoir fait assez pour empêcher une telle horreur.

L’Australie, un pays de 28 millions d’habitants, compte environ 117 000 Juifs, selon les chiffres officiels. Les incidents antisémites, notamment les agressions, les actes de vandalisme, les menaces et les intimidations, ont plus que triplé dans le pays au cours de l’année qui a suivi l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023 et la riposte d’Israël qui a lancé une guerre contre le Hamas à Gaza, a rapporté en juillet Jillian Segal, envoyée spéciale du gouvernement pour lutter contre l’antisémitisme.

L’année dernière, le pays a été secoué par des attaques antisémites à Sydney et Melbourne. Des synagogues et des voitures ont été incendiées, des commerces et des maisons ont été tagués et des Juifs ont été agressés dans ces villes, où vit 85 % de la population juive du pays.

En août, Albanese a accusé l’Iran d’être responsable de deux de ces attaques et a rompu les relations diplomatiques avec Téhéran.

Israël a exhorté le gouvernement australien à lutter contre les crimes visant les Juifs. Le premier ministre Benjamin Netanyahou a soutenu avoir averti les dirigeants australiens il y a plusieurs mois des dangers de ne pas prendre de mesures contre l’antisémitisme. Il a affirmé que la décision de l’Australie, à l’instar de nombreux autres pays, de reconnaître l’État palestinien «jette de l’huile sur le feu de l’antisémitisme».

«Votre gouvernement n’a rien fait pour empêcher la propagation de l’antisémitisme en Australie... et le résultat est les terribles attaques contre les Juifs que nous avons vues aujourd’hui», a dit M. Netanyahou.

La police enquêtera sur ce qui s’est passé

Les autorités ne recherchaient personne d’autre en lien avec le massacre, a affirmé M. Lanyon. La police s’est engagée à mener une enquête «approfondie», a-t-il ajouté.

D’autres enquêtes devraient être annoncées.

Deux engins explosifs improvisés ont été trouvés sur les lieux. Les démineurs les ont neutralisés.

M. Lanyon les a décrits comme des engins « rudimentaires » qui auraient été déclenchés par une mèche plutôt que par un téléphone ou un dispositif électronique.

Un phénomène rare 

Les tueries de masse sont extrêmement rares en Australie. Le massacre de 1996 à Port Arthur, en Tasmanie, où un tireur isolé a tué 35 personnes, a incité le gouvernement à durcir considérablement la législation sur les armes à feu et a rendu leur acquisition beaucoup plus difficile pour les Australiens.

Parmi les fusillades de masse les plus marquantes de ce siècle, on compte deux tueries-suicides ayant fait cinq morts en 2014 et sept en 2018, au cours desquelles des tireurs ont tué leurs propres familles avant de se suicider.

En 2022, deux policiers ont été abattus par des extrémistes chrétiens dans une propriété rurale de l’État du Queensland. Les trois tireurs, des complotistes vouant une haine farouche à la police, ont également été abattus par les forces de l’ordre après un siège de six heures dans la région de Wieambilla, ainsi qu’un de leurs voisins.