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Assaillie par les drones russes, l’Ukraine lance une défense aérienne privée

«L’idée est de permettre à des entreprises (…) de se protéger contre les attaques aériennes à leurs propres frais et à l’aide de leurs propres employés.»

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Des drones Sea Baby naviguent sur l'eau lors d'une démonstration organisée par les services de sécurité ukrainiens dans un lieu tenu secret en Ukraine, le 17 octobre 2025. Des drones Sea Baby naviguent sur l'eau lors d'une démonstration organisée par les services de sécurité ukrainiens dans un lieu tenu secret en Ukraine, le 17 octobre 2025. (Efrem Lukatsky)

Des entreprises dotées de mitrailleuses: face aux centaines de drones russes lancés quotidiennement sur l’Ukraine, Kyiv a ouvert sa défense aérienne à des sociétés privées pour qu’elles assurent leur propre sécurité, soulageant ainsi l’armée, dit dans un entretien à l’AFP un haut responsable militaire ukrainien.

«L’idée est de permettre à des entreprises (…) de se protéger contre les attaques aériennes à leurs propres frais et à l’aide de leurs propres employés», explique Iouriï Myronenko, 48 ans, inspecteur général du ministère de la Défense et principal initiateur de ce projet qui a déjà permis d’abattre des drones russes.

Depuis son invasion de l’Ukraine en 2022, la Russie utilise massivement des drones Shahed à longue portée, de conception iranienne mais désormais produits en masse en Russie.

Peu coûteux mais dévastateurs, ces appareils ciblent zones résidentielles et infrastructures essentielles, parfois à des centaines de kilomètres du front.

L’attaque la plus vaste depuis 2022 s’est déroulée fin mars, impliquant, outre des missiles, près de 1000 drones lancés en 24 heures.

Assez efficace, le système de défense aérienne ukrainien, qui inclut notamment des milliers d’équipes mobiles antidrones, ne suffit pourtant pas pour couvrir l’ensemble du pays.

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D’où l’idée du ministère de la Défense: renforcer l’armée avec des acteurs privés - entreprises énergétiques, elles-mêmes fréquemment ciblées par les frappes russes, groupes logistiques ou sécuritaires…

À ce jour, 16 sociétés ont déjà obtenu les autorisations nécessaires et «plusieurs» d’entre elles ont déjà commencé à opérer, relève le lieutenant-colonel Myronenko, lui-même ex-commandant d’une unité de drones.

Intercepteurs

«Nous sommes les premiers au monde à avoir mis en place un système» permettant à des acteurs privés d’«abattre des cibles aériennes très difficiles», assure le responsable.

«Les premières interceptions ont eu lieu il y a deux semaines», dit-il.

Dans la région de Kharkiv (nord-est), située près de la ligne de front, une société, dont le nom n’a pas été dévoilé, a abattu plusieurs drones russes à l’aide de mitrailleuses lourdes montées sur des tourelles téléopérées.

Après la publication d’un communiqué à ce sujet par le ministère de la Défense, «des dizaines» d’autres groupes ont contacté les autorités pour se renseigner, assure M. Myronenko.

«Nous n’espérons pas que la défense aérienne privée résolve tous nos problèmes», concède-t-il, mais «abattre un, deux ou cinq Shaheds, c’est déjà une aide».

Dans un centre d’entraînement opéré par une société privée dans le cadre de ce projet, l’AFP a vu des aspirants opérateurs de drones apprendre à piloter des engins sur des ordinateurs et simulateurs.

Les sociétés intéressées doivent se soumettre à des contrôles spéciaux, notamment pour exclure toute affiliation avec la Russie avant de pouvoir s’acheter des armes et former leurs employés.

Et surtout intégrer la coordination avec l’armée de l’air, élément clé de ce dispositif sophistiqué qui gère des milliers d’équipes antiaériennes en temps réel.

Un logiciel spécialisé permet de voir «comment et où les équipes travaillent, qui a abattu quoi, quelle nouvelle cible apparaît…», décrit Iouriï Myronenko.

Pour lui, ce sont les intercepteurs de drones — des engins censés les abattre en vol — qui sont l’avenir de cette défense aérienne privée.

Sous la pression des attaques incessantes, l’Ukraine a déjà développé une cinquantaine de modèles d’intercepteurs, un domaine qui n’existait même pas il y a un an.

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«Abattre 95% des cibles»

La concurrence acharnée pousse les fabricants à en améliorer rapidement l’efficacité tout en réduisant le coût, parfois à moins de 1 000 dollars par unité, ce qui les rend «abordables», estime M. Myronenko.

À terme, les groupes privés pourraient même obtenir des armes leur permettant d’abattre des missiles de croisière, par exemple des systèmes sol-air portables, que la Russie utilise fréquemment contre l’Ukraine, estime-t-il.

«Nous ne mettons pas de limite sur les moyens de défense qu’ils peuvent s’acheter» afin d’assurer un maximum de flexibilité face à une guerre qui change «tous les trois ou six mois», souligne le responsable.

Dans le viseur: atteindre l’objectif principal fixé par le nouveau ministre de la Défense Mykhaïlo Fedorov pour cette année: «détecter 100% des cibles aériennes», drones et missiles confondus, et en «abattre 95%» contre environ 80% actuellement.

Un projet «absolument réaliste», soutient Iouriï Myronenko, au vu de l’explosion de la production d’intercepteurs livrés par «dizaines de milliers» à l’armée chaque mois.

«Nous devons montrer clairement (à la Russie) que la terreur de notre population, de nos infrastructures civiles, ne l’aidera aucunement.»