Le gouvernement britannique a accepté mercredi de publier des documents éclairant les raisons de la nomination de Peter Mandelson comme ambassadeur aux États-Unis, malgré son amitié avec Jeffrey Epstein, afin de tenter d’apaiser la colère grandissante suscitée par ces révélations.
Le premier ministre Keir Starmer s’est attiré les foudres des parlementaires de l’opposition, et même de certains de ses propres députés travaillistes, après avoir reconnu qu’il était au courant, au moment de la nomination en 2024, de l’amitié qui unissait M. Mandelson au délinquant sexuel condamné.
M. Starmer a déclaré qu’il ignorait la nature de cette relation et que M. Mandelson avait «menti à plusieurs reprises» au sujet de ses liens avec Epstein.
La publication la semaine dernière par le département américain de la Justice d’une multitude de documents concernant Epstein a mis un terme à la longue carrière politique de M. Mandelson et a valu au premier ministre Starmer de vives critiques quant à son jugement lors de sa nomination comme envoyé spécial du Royaume-Uni auprès de l’administration Trump, le poste d’ambassadeur le plus important du pays.
Le jugement de Starmer remis en question
M. Starmer a congédié M. Mandelson, 72 ans, en septembre, après la publication de courriels révélant son amitié avec Epstein après la condamnation du défunt financier en 2008 pour agressions sexuelles sur mineure.
Epstein s’est suicidé dans sa cellule en 2019, alors qu’il attendait son procès pour agressions sexuelles sur des dizaines de jeunes filles, selon des accusations fédérales américaines.
Lors d’une séance de questions-réponses à la Chambre des communes, largement consacrée aux révélations concernant Epstein, M. Starmer a indiqué que M. Mandelson avait «menti à plusieurs reprises à mon équipe lorsqu’on l’a interrogé sur sa relation avec Epstein avant et pendant son mandat d’ambassadeur».
«Mandelson a trahi notre pays, notre Parlement et mon parti, a affirmé M. Starmer. Je regrette de l’avoir nommé. Si j’avais su alors ce que je sais maintenant, il n’aurait jamais approché le gouvernement.»
Le Parti conservateur, dans l’opposition, a jugé cette explication insuffisante et a demandé un vote au Parlement pour exiger la publication des courriels et autres documents relatifs à la nomination de M. Mandelson.
Le premier ministre a assuré qu’il veillerait à ce que «tous les documents» soient publiés, à l’exception de ceux compromettant la sécurité nationale, les relations internationales ou l’enquête policière sur les activités de M. Mandelson.
Des parlementaires de l’opposition, y compris certains membres du Parti travailliste de M. Starmer, ont exprimé leur crainte que le gouvernement n’utilise la sécurité nationale comme prétexte pour dissimuler des documents embarrassants.
La cheffe des conservateurs, Kemi Badenoch, a affirmé que le gouvernement devait publier tous les dossiers pertinents, «et pas seulement ceux que le premier ministre veut bien nous montrer».
«Le premier ministre parle de sécurité nationale. Or, la nomination de Mandelson elle-même posait un problème de sécurité nationale», a-t-elle dit.
Après des heures de débat à la Chambre des communes, un vote a été évité lorsque le gouvernement a cédé à la colère des parlementaires et accepté que la commission du renseignement et de la sécurité, composée de membres de différents partis, décide des documents à publier, plutôt qu’un haut fonctionnaire, comme l’avait proposé M. Starmer.
On ignore pour l’instant quand les documents seront publiés.
Enquête policière
Des documents publiés la semaine dernière par le gouvernement américain suggèrent que M. Mandelson aurait partagé des informations sensibles avec Epstein lorsqu’il était ministre, il y a une quinzaine d’années.
En 2009, il semble avoir indiqué à Epstein qu’il ferait pression sur d’autres membres du gouvernement pour réduire la taxe sur les bonus des banquiers et lui avoir transmis un rapport interne évoquant une possible vente d’actifs du gouvernement britannique. L’année suivante, il aurait averti Epstein du plan de sauvetage imminent de la monnaie unique européenne.
Les documents récemment publiés suggèrent également qu’entre 2003 et 2004, Epstein a effectué trois versements totalisant 75 000 $ dans des comptes liés à M. Mandelson ou à son compagnon, Reinaldo Avila da Silva, devenu depuis son époux.
Depuis ces révélations, M. Mandelson a démissionné de la Chambre des lords et fait l’objet d’une enquête policière pour abus de pouvoir, un délit passible de la réclusion à perpétuité.
L’ouverture d’une enquête ne signifie pas nécessairement qu’il sera arrêté, inculpé ou condamné. La police métropolitaine de Londres a exhorté le gouvernement à ne pas divulguer certains documents susceptibles, selon elle, de nuire à son enquête.
Keir Starmer a déclaré que le gouvernement travaillait sur une loi visant à retirer à l’ancien ambassadeur son titre de Lord Mandelson. Il sera également démis de ses fonctions au sein du Conseil privé, un comité de hauts fonctionnaires qui conseille le roi Charles III, pour avoir porté atteinte à la réputation de cette institution, a précisé le premier ministre.
Un courriel demandant des commentaires sur les documents a été envoyé à M. Mandelson par l’intermédiaire de la Chambre des lords.
L’Union européenne enquête également sur d’éventuelles malversations commises par M. Mandelson lorsqu’il était commissaire européen au commerce entre 2004 et 2008. Le Royaume-Uni était membre de l’UE jusqu’en 2020.
«Nous allons évaluer si, à la lumière de ces documents nouvellement disponibles, Peter Mandelson a enfreint les règles en vigueur, a déclaré Balazs Ujvari, porte-parole de la Commission européenne. Nous avons des règles en place, découlant du traité et du code de conduite, que les commissaires, y compris les anciens commissaires, sont tenus de respecter.»

