L’abandon d’un moratoire sur le soja issu de zones déboisées d’Amazonie entraînera au moins 1,4 million d’hectares de déforestation supplémentaire au Brésil d’ici dix ans, générant des émissions de carbone équivalentes à celles du Canada en un an, selon une étude publiée jeudi.
Parue dans la revue Science, cette étude retrace l’essor puis le déclin de l’un des engagements volontaires contre la déforestation les plus efficaces au monde, dans le cadre duquel de grandes entreprises s’étaient engagées à ne pas acheter de soja provenant de terres déboisées après juillet 2008.
Lorsque le moratoire a été instauré, en 2006, près d’un tiers de l’expansion annuelle des cultures de soja se faisait au détriment de zones boisées. Après son entrée en vigueur, la déforestation liée au soja est tombée à un niveau proche de zéro.
«Il a produit des effets et des résultats très positifs», non seulement sur le plan environnemental mais aussi en ouvrant de nouveaux marchés, a déclaré à l’AFP Tiago Reis, coauteur de l’étude et membre de WWF-Brésil.
Mais l’accord a été de plus en plus contesté ces dernières années par des producteurs de soja, qui ont engagé une action en justice contre les entreprises signataires. Des États producteurs ont aussi adopté des lois pour supprimer des avantages fiscaux accordés aux sociétés adoptant des engagements environnementaux plus stricts que la loi.
Bien que ces lois fassent l’objet de recours devant la Cour suprême fédérale du Brésil, elles ont porté un coup fatal au moratoire, conduisant à son abandon en janvier.
Les perspectives sont sombres, selon les auteurs de l’étude, notamment issus de plusieurs universités américaines.
Ils estiment que 1,4 million d’hectares supplémentaires seront déboisés d’ici à 2036 - environ deux millions de terrains de foot - entraînant l’émission de 745 millions de tonnes de CO?, un volume comparable aux émissions annuelles du Canada.
Cela représente également environ 17 % de la superficie totale déboisée dans l’Amazonie brésilienne au cours de la dernière décennie.
Les auteurs appellent à renforcer la lutte contre la déforestation au Brésil et à ce que les importateurs de soja, notamment l’Union européenne et la Chine, adoptent des politiques d’approvisionnement plus responsables.
«C’est révoltant quand on sait que nous vivons une crise climatique», a déclaré Tiago Reis, évoquant des risques accrus de sécheresses et d’incendies en Amazonie.
