Environnement

Une annonce concernant l'oléoduc de l'Alberta est prévue pour jeudi

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Le premier ministre Mark Carney, à droite, signe un protocole d’accord avec la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, à Calgary, le jeudi 27 novembre 2025. LA PRESSE CANADIENNE/Jeff McIntosh Le premier ministre Mark Carney, à droite, signe un protocole d’accord avec la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, à Calgary, le jeudi 27 novembre 2025. LA PRESSE CANADIENNE (Jeff McIntosh)

CALGARY — Le gouvernement de l'Alberta s'apprête à faire une annonce jeudi concernant ses projets relatifs à un nouvel oléoduc vers la côte ouest, mais le scepticisme de l'industrie est tout à fait justifié, selon des experts.

Sam Blackett, attaché de presse de la première ministre Danielle Smith, a indiqué qu'une «annonce majeure» serait faite le 2 juillet afin de dévoiler de nouveaux détails concernant la demande déposée par la province auprès du Bureau des grands projets du gouvernement fédéral.

Le Bureau des grands projets a été créé il y a un an afin d’accélérer la mise en œuvre d’infrastructures jugées d’intérêt national pour le pays.

L’Alberta se fait promotrice d’un nouvel oléoduc qui acheminerait jusqu’à un million de barils par jour depuis les sables bitumineux vers un port de la côte ouest, dont l’emplacement reste à déterminer.

En vertu d’un accord fédéral-provincial sur l’énergie signé l’année dernière, le soutien d’Ottawa à cet oléoduc est subordonné à la construction du gigantesque projet «Pathways» de capture et de stockage du carbone, qui permettrait de compenser une partie de l’impact des émissions liées à l’augmentation de la production des sables bitumineux.

Mme Smith a mentionné que la province soumettrait ses plans pour un oléoduc de la côte ouest au bureau des projets avant la date limite qu’elle s’est elle-même fixée, à savoir le 1er juillet.

Le premier ministre Mark Carney doit arriver en Alberta mercredi soir. Il a déclaré mardi aux journalistes à Kuujjuaq, au Québec, que lui-même et Mme Smith étaient en «contact étroit» et que les efforts de l’Alberta pour soumettre une proposition aux alentours de la Fête du Canada «avançaient bien».

Lors d’une importante conférence sur l’énergie qui s’est tenue au début du mois, Brian Jean, ministre de l’Énergie de l’Alberta, a soutenu qu’«un nombre» d’investisseurs potentiels avaient manifesté leur intérêt pour l’oléoduc, notamment une entreprise du classement Fortune 500 dont l’identité n’a pas été révélée et avec laquelle des discussions avaient eu lieu concernant le financement de l’ensemble du projet.

Dennis McConaghy, auteur et ancien dirigeant du secteur des oléoducs, estime que le sort de ce projet repose en grande partie sur les PDG des cinq plus grandes entreprises d’exploitation des sables bitumineux, dont la production serait nécessaire pour alimenter le nouvel oléoduc et qui, à l’heure actuelle, sont partenaires du projet Pathways.

Selon lui, ces entreprises auraient du mal à s’engager en tant qu’expéditeurs sur un nouvel oléoduc tant qu’elles seraient soumises à des coûts climatiques plus élevés, sous la forme d’une taxe industrielle sur le carbone et de l’obligation de consacrer des dizaines de milliards de dollars au projet Pathways.

«Le secteur privé peut financer ce projet s’il a l’assurance qu’il sera autorisé à mener à bien ces extensions dans le cadre d’une politique climatique rationnelle», a mentionné M. McConaghy.

«Les producteurs ne se lanceront pas sans, je pense, au minimum, un revirement significatif de la part du (premier ministre) Mark Carney, ce qui, selon moi, n’arrivera pas — du moins pas à court terme», a-t-il ajouté.

Le gouvernement de l’Alberta vise à ce que le pipeline soit désigné projet d’intérêt national d’ici octobre et à ce que les travaux de terrassement débutent dès septembre 2027. La mise en service est prévue au milieu des années 2030.

La question du référendum

La demande relative à l’oléoduc intervient alors que les Albertains s’apprêtent à se prononcer en octobre sur dix questions référendaires, dont l’une porte sur le maintien au sein du Canada ou la tenue d’un autre référendum sur la séparation à une date ultérieure.

«Je pense que ces PDG seront très réticents à prendre des engagements à long terme tant que le référendum n’aura pas confirmé le statu quo», a avancé M. McConaghy.

Et si les négociations sur l'oléoduc avec Ottawa échouent, cela ne fera qu’attiser le sentiment séparatiste.

«Cela devient un exemple très clair de la question suivante: “Ottawa œuvre-t-il dans l’intérêt de l’Alberta?”» a-t-il indiqué.

Les investisseurs potentiels du secteur privé sont également très conscients des perspectives de demande à long terme pour le pétrole brut à l’autre bout de l’oléoduc, en Asie, selon Werner Antweiler, économiste spécialisé dans l’énergie à la Sauder School of Business de l’Université de Colombie-Britannique.

«Et là, les signaux d’alerte retentissent depuis un certain temps déjà», a-t-il affirmé, soulignant l’adoption croissante des véhicules électriques par la Chine et les mesures prises pour réduire la dépendance au pétrole dans le contexte de la guerre au Moyen-Orient.

«On n’est pas face à un marché pétrolier en croissance. On est face à un marché qui stagne», a-t-il fait savoir.

M. Antweiler voit un intérêt dans les projets d’augmentation de la capacité de l’oléoduc Trans Mountain, propriété de l’État fédéral, qui achemine actuellement du pétrole brut vers la région du Lower Mainland, en Colombie-Britannique, en vue de son exportation vers l’Asie.

Les travaux de dragage du Burrard Inlet, à Vancouver, devraient commencer dans le courant de l’année afin de permettre l’accueil de pétroliers plus grands venant se ravitailler depuis Trans Mountain.

Mme Smith a exprimé sa préférence pour un oléoduc qui traverserait le nord de la Colombie-Britannique jusqu’au port en eau profonde de Prince Rupert, ce qui réduirait la distance de transport vers l’Asie.

Mais selon M. Antweiler, le tracé sud est la «seule option envisageable», car l’opposition des Premières Nations côtières du nord de la province présente un risque juridique important.

«Cela finira toujours devant les tribunaux. Il s’agit de droits constitutionnels qui ne peuvent être restreints», a-t-il souligné.

«C’est très révélateur qu’Enbridge, sans doute l’entreprise la plus expérimentée du secteur, ne soit pas intéressée par une reprise, sous une forme ou une autre, du projet Northern Gateway. Elle est déjà passée par là, elle sait qu’il vaut mieux ne pas retenter l’expérience», a-t-il ajouté.

Enbridge a perdu des centaines de millions de dollars dans son projet visant à acheminer le pétrole brut issu des sables bitumineux vers un port de transbordement à Kitimat, en Colombie-Britannique, et le projet de l’Alberta a été qualifié de «résurrection» du Northern Gateway.

Ce projet avait finalement été abandonné par le gouvernement fédéral sous l’ancien premier ministre Justin Trudeau en 2016.

M. Antweiler s’est dit fermement opposé à toute aide financière publique destinée à soutenir la construction d’un nouvel oléoduc.

«C’est un secteur mature, capable de voler de ses propres ailes, a-t-il précisé. C’est à eux de prendre les risques. S’ils estiment que les risques sont justifiés, qu’ils n’hésitent pas à se lancer. Si les risques ne le sont pas, qu’ils renoncent.»

— Avec des informations de Nick Murray à Kuujjuaq

Lauren Krugel, La Presse Canadienne

Lauren Krugel

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Journaliste