Un troisième lot de baleines a quitté Marineland mercredi pour rejoindre des aquariums situés au sud de la frontière, marquant ce que le parc a qualifié de «jalon majeur» dans ses efforts visant à mener à bien le plus grand déplacement collectif de baleines en captivité.
Sous un ciel gris, une équipe de spécialistes de cette attraction touristique désormais fermée, située à Niagara Falls, en Ontario, a guidé six bélugas un par un dans des sangles spécialement conçues avant de les hisser dans des bassins d’un bleu vif.
Ils ont commencé par les mâles, le premier étant soulevé par une grue vers 15 h 30 alors qu’une pluie fine tombait sur le parc.
Les organisateurs surveillaient la météo au cas où un orage les obligerait à annuler l’opération.
Les nuages s’étaient toutefois en grande partie dissipés lorsque l’équipe s’est rendue vers un deuxième bassin pour les femelles, qui restaient serrées les unes contre les autres et projetaient de grands jets d’eau en arc de cercle dans les airs, tandis que le groupe les rejoignait dans l’eau.
L’opération a été temporairement suspendue dans la soirée, permettant à l’équipe de vétérinaires et de spécialistes des baleines de se regrouper autour du dernier béluga pour évaluer une blessure à la queue et décider s’il devait être retenu avant la prochaine étape.
Finalement, elle a été soignée et déclarée apte au voyage. L’arrière de son harnais a été rembourré de mousse pour l’empêcher de battre de la queue.
Un convoi escorté par la police s’est mis en route vers 20 h 30 pour conduire lentement les bélugas — deux mâles nommés Zephyr et Balor, et quatre femelles nommées Caspian, Pikachu, Secord et Rain, également connue sous le nom de Spurlock — jusqu’à l’aéroport Pearson de Toronto.
Les six devaient être embarqués dans un avion à destination du Shedd Aquarium de Chicago et du Georgia Aquarium d’Atlanta.
Une étape «majeure»
Andrew Burns, conseiller de Marineland, a indiqué que cette série de transferts s’était déroulée «exceptionnellement bien».
«Nous n’avons vraiment rencontré aucun problème majeur. Tous les animaux sont en sécurité dans leur nouveau foyer, ils s’adaptent bien et leur état ne cesse de s’améliorer, tandis que l’opération se déroule de plus en plus sans heurts», a-t-il déclaré mercredi lors du transfert des mâles.
«Et aujourd’hui, nous allons ramener le nombre de baleines présentes ici à 11, ce qui constitue (…) une étape majeure. Les deux tiers vont avoir quitté les lieux et avoir été relogés en toute sécurité», a-t-il ajouté.
La santé des cétacés est la priorité absolue, a précisé M. Burns, ajoutant qu’il était possible d’en retenir certains pour un transfert ultérieur si cela s’avérait nécessaire pour assurer leur sécurité et leur bien-être.
Trois autres transferts sont prévus, dont un vol «au milieu de la nuit» vers l’Espagne pour les dauphins et deux bélugas, a-t-il indiqué.
Marineland a fermé ses portes au public en 2024, le parc et son vaste domaine étant mis en vente. Le parc a déclaré qu’il était à court d’argent et qu’il ne pouvait plus subvenir aux besoins des baleines.
Tom Western, un ancien employé de Marineland à la retraite qui se trouvait au parc mercredi, s’est dit ravi de voir les baleines partir.
«Marineland occupe une place importante dans ma vie. J’y ai travaillé pendant 40 ans», a-t-il mentionné lors d’une entrevue.
«J’étais là quand tous les bélugas adultes ont été placés dans ce bassin, à l’exception de ceux qui sont nés ici, et je suis tellement heureux qu’ils partent vers de nouveaux horizons», a-t-il précisé.
M. Western s’est dit reconnaissant d’avoir eu la chance «de dire au revoir à certains de mes vieux amis ici».
«C’est tout simplement un honneur», a-t-il ajouté, précisant que les bélugas étaient entre de bonnes mains auprès des organisations impliquées dans ce déplacement.
Avant que Marineland ne commence à expédier ses cétacés vers les États-Unis le mois dernier, le parc comptait 30 bélugas et 4 dauphins, les derniers cétacés et dauphins en captivité au Canada.
Lors de la première mutation, le 20 juillet, six bélugas ont pris la direction de leurs nouveaux foyers au Shedd et à SeaWorld, à San Antonio. Quelques semaines plus tard, sept autres bélugas ont été transférés vers le parc d’attractions de San Antonio.
Cette opération complexe, que Marineland a qualifiée d’«inédite», représente la seule chance de survie pour ces cétacés.
Le parc avait conclu l’année dernière un accord pour vendre l’ensemble des 30 bélugas à un immense aquarium en Chine, mais le ministre des Pêches avait bloqué la vente, estimant qu’elle n’était pas dans l’intérêt des animaux.
En réponse, Marineland a déclaré qu’il euthanasierait tous les cétacés s’il ne recevait pas de financement d’urgence de la part du gouvernement fédéral, une menace qui a fait la une de la presse internationale.
Ottawa a par la suite donné son feu vert à un autre accord avec un consortium d’aquariums américains et espagnols, qui a contribué à orchestrer la série de déplacements en cours.
SeaWorld à San Diego et l’Oceanografic de Valence, en Espagne, devrait également accueillir certains des bélugas ou dauphins de Marineland.
Si, pour une raison quelconque, les cétacés ne sont pas transférés, ils seront euthanasiés.
Après l’opération de mercredi, il restera 11 bélugas et 4 dauphins. Marineland espère que toutes les baleines auront quitté les lieux d’ici la fin du mois.

