Le niveau de l’eau de certains cours d’eau du Grand Montréal devrait atteindre leurs niveaux le plus élevés de ce printemps, et les autorités de la Ville de Montréal sont prêtes à agir si la situation devait s’aggraver.
«Sur le terrain tout est prêt. Les livraisons de sac de sable et de pompes ont été faites», a expliqué en point de presse la mairesse Soraya Martinez Ferrada, qui prenait place tout près de la Rivière-des-Prairies dans le district Bordeaux-Cartierville.
On craint que la situation s’aggrave comme en 2017 lorsque les crues printanières avaient mené à l’évacuation de 4000 personnes dans le grand Montréal et le déploiement des Forces armées canadiennes dans les rues de la région métropolitaine et ailleurs au Québec. Des routes avaient aussi été endommagées par la montée des eaux.
Montréal avait aussi connu un épisode désastreux d’inondations en 2019.
La mairesse souligne qu’il faut être «vigilant», particulièrement en ce qui concerne la situation qui se déroule «en amont», notamment en Outaouais. «On va surveiller les versants qui peuvent descendre et augmenter le niveau des rivières [de la région montréalaise]», a expliqué l’élue.
Vendredi matin, la rivière Outaouais à Carillon laissait passer 6100 mètres cubes d’eau par seconde, soit plus que deux piscines olympiques.
La rivière des Prairies, aux rapides du Cheval Blanc, s’écoulait à un débit de 2400 mètres cubes par seconde.
Les deux cours d’eau sont en crue, et la Commission de régulation de la rivière des Outaouais prévoit que la rivière des Outaouais atteindra un débit de 7050 mètres cubes par seconde d’ici le 18 avril.
Il n’est pas exclu que des routes et des ponts soient fermés, dépendamment de l’évolution de la situation. L’accès au pont de l’île Mercier pourrait être restreint. «On verra d’ici dimanche si on doit fermer [...], mais on en est pas là», a expliqué M. Martinez Ferrada.
Des équipes de sauvetages nautiques sont déjà préparées à intervenir pour aider les résidents de l’île Mercier si l’on devait fermer le pont.
Alors que le niveau des eaux monte à travers la province, la Ville de Montréal a indiqué jeudi être entrée au niveau le plus élevé de son plan de lutte contre les inondations.
Les zones concernées par les risques d’inondation sont Ahuntsic-Cartierville, L’Île-Bizard–Sainte-Geneviève, Montréal–Nord, Pierrefonds–Roxboro, Pointe-Claire, Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles, Sainte-Anne-de-Bellevue et Senneville.
De l’autre côté de la rive, Laval est passée «en mode intervention en réponse à la montée rapide du niveau d’eau». La Ville indique avoir renforcé ses mesures préventives.
«Le seuil d’inondations mineures est atteint. La situation demeure sous contrôle alors que le scénario s’annonce à la hausse pour les prochains jours», a mentionné l’administration lavalloise par voie de communiqué.
À Gatineau, la Ville mobilise également ses ressources et distribue des sacs de sable. Elle constate une hausse des niveaux des rivières des Outaouais et Gatineau, qui pourraient atteindre ceux de la première pointe de 2023 dès dimanche.
«Les niveaux d’eau devraient rester élevés pendant plusieurs jours. Ainsi, la Ville estime qu’environ 33 rues et 119 bâtiments seront potentiellement touchés par l’eau selon les prévisions actuelles», évoque Gatineau dans un communiqué.
15 à 30 mm de pluie
Environnement et Changement climatique Canada prévoit qu’une bonne partie du Québec recevra de la pluie entre samedi après-midi et dimanche matin. Le système devrait débuter dans l’ouest avant de se diriger vers l’est de la province.
Les quantités attendues varient entre 15 et 30 millimètres selon les endroits. Ces précipitations s’ajouteront à celles tombées cette semaine et alimenteront le phénomène de crue printanière, expose le météorologue de l’agence fédérale Simon Legault.
«Ça fait fondre la neige qui est déjà au sol et ça s’ajoute aussi directement au niveau des rivières qui sont en train de se gonfler», a-t-il dit en entrevue.
Qui plus est, les températures plus chaudes de vendredi et prévues samedi font «aussi fondre une bonne partie du couvert de neige, qui est très présente dans le nord des régions comme l’Outaouais, les Laurentides, Lanaudière et la Mauricie», a affirmé M. Legault.
«C’est beaucoup d’eau qui va s’ajouter à tout ça dans les bassins versants», a-t-il poursuivi.
Toutefois, une baisse possible des températures dimanche et lundi devrait alléger la pression.
«On va voir les températures diminuer rapidement. On va retrouver les températures sous les normales. Ça, au moins, ça vient freiner tout ce qui est la fonte pour les bassins versants. (...) Ça va plutôt calmer la situation à partir de lundi», soutient M. Legault.
Avec de l’information de CTV News et de Frédéric Lacroix-Couture de la Presse canadienne.

