Plusieurs vidéos en ligne affirment que l’odeur chimique présente dans la fumée des feux de forêt canadiens avait été créée délibérément, plutôt que d’être un phénomène naturel.
La fumée des feux de forêt contient naturellement des composés organiques volatils, et son odeur varie en fonction de la manière dont ces composés interagissent dans l’atmosphère.
Différents combustibles libèrent différents composés organiques volatils, produisant des odeurs distinctes, et, bien que la pollution d’origine humaine puisse interagir avec la fumée des feux de forêt, il n’existe aucune preuve d’une intervention humaine à l’origine de cette odeur chimique.
La thèse
Des centaines de feux de forêt font rage au Canada et aux États-Unis, déclenchant des alertes à la qualité de l’air alors que la fumée recouvre certaines régions des deux pays.
Le ciel enfumé a également suscité des spéculations sur les réseaux sociaux, allant de simples soupçons à des théories du complot quant à l’origine de cette fumée.
«C’est impossible que ce soit de la fumée provenant des feux de forêt», peut-on lire en légende d’une vidéo TikTok datée du 15 juillet, alors que la fumée des incendies de forêt du nord de l’Ontario recouvrait une grande partie de la province.
Dans la vidéo, une femme se tient à l’extérieur et pointe du doigt le ciel brumeux, signalant une odeur de produits chimiques. «Ce qu’ils viennent de pulvériser n’est pas bon», dit-elle.
Dans une autre vidéo publiée sur TikTok et comptant environ 2,4 millions de vues, un homme réagit à un extrait dans lequel un présentateur de journal télévisé explique pourquoi la fumée des feux de forêt canadiens peut sentir les produits chimiques. «Jamais au grand jamais un feu de forêt n’a senti les produits chimiques», soutient l’homme.
Certains des commentaires les plus populaires sur cette vidéo faisaient référence à une attaque chimique ou à une guerre chimique, suggérant que l’odeur de la fumée était le résultat d’une intervention humaine délibérée.
Dans une vidéo publiée sur Instagram, un homme affirme que l’odeur chimique de la fumée des feux de forêt canadiens est un phénomène nouveau:
«Ça n’a jamais senti comme ça auparavant», dit-il.
Les faits
La fumée des feux de forêt est composée de particules, de vapeur d’eau et de gaz, et contient un mélange de substances chimiques; des composés organiques volatils.
Le Centre de contrôle des maladies de la Colombie-Britannique note que les composés organiques volatils s’évaporent rapidement et peuvent conférer à la fumée des feux de forêt son odeur caractéristique de feu de camp ou de bois brûlé.
Le centre précise qu’un certain nombre de facteurs — les conditions météorologiques, la nature des matériaux en combustion, la température du feu et la distance parcourue par la fumée — peuvent influencer sa composition.
«La fumée des feux de forêt est une forme très complexe de pollution atmosphérique», a expliqué Sarah Henderson, directrice scientifique des services de santé environnementale au Centre, lors d’une entrevue la semaine dernière.
Elle a ajouté que différents composés organiques volatils pouvaient dégager des odeurs différentes.
La quantité de composés organiques volatils peut varier en fonction de l’intensité du feu et de ce qui l’alimente, a précisé Mme Henderson. Un pin en feu dégage une odeur différente de celle d’un érable en feu, par exemple.
«Lorsqu’un feu de forêt consume des habitations ou des voitures, ces combustibles sont évidemment très différents des combustibles issus de la biomasse forestière, et la fumée provenant de ces combustibles aura une odeur bien différente, car ce sont d’autres composés organiques volatils qui seront générés par ces combustibles», a-t-elle souligné.
L’odeur chimique d’un feu de forêt résulte de réactions chimiques complexes dans l’atmosphère, a expliqué Michael Jerrett, professeur au département des sciences de la santé environnementale de la Fielding School of Public Health de l’UCLA.
Au fur et à mesure que la fumée se propage et vieillit, sa composition chimique évolue. La fumée peut produire des concentrations accrues de composés organiques volatils, tels que le benzène et le formaldéhyde, ce qui peut donner lieu à une odeur de plastique ou de caoutchouc, a-t-il résumé lors d’une entrevue mercredi.
L’odeur chimique provenant d’incendies de forêt lointains «n’a rien à voir avec l’ajout intentionnel d’autres produits chimiques dans les forêts par l’homme», a déclaré John Liggio, chercheur principal à Environnement Canada spécialisé dans la qualité de l’air.
«Cela tient entièrement au fait que nous nous trouvons à mille kilomètres ou plus de là, et que des réactions chimiques se produisent tout au long du trajet, de la source jusqu’au récepteur, c’est-à-dire votre nez, a-t-il expliqué lors d’une entrevue mercredi. L’odeur est différente parce que les composés chimiques sont différents. Ce n’est pas qu’ils aient été ajoutés, mais qu’ils se sont formés pendant le transport. Il s’agit donc d’un phénomène naturel.»
La combustion de plastiques ou d’autres matériaux artificiels peut également dégager une odeur chimique, a noté M. Jerrett.
«Les incendies qui se produisent en périphérie des villes ou qui ravagent des bâtiments constituent un mélange très complexe de composés organiques volatils, car on y trouve beaucoup de plastiques et d’autres types de produits de consommation qui sont souvent imprégnés de métaux et de retardateurs de flamme», a-t-il souligné.
La fréquence et l’intensité des feux de forêt, ainsi que l’intensification des odeurs chimiques que certaines personnes perçoivent dans la fumée des feux de forêt, sont le résultat de divers facteurs, a déclaré M. Jerrett.
Parmi ceux-ci figurent les changements climatiques, une gestion forestière inadéquate et l’extension des zones de transition entre les espaces naturels et les zones urbaines — c’est-à-dire les secteurs où des communautés côtoient des zones boisées.
Mais rien ne permet de soutenir l’idée selon laquelle la fumée des feux de forêt serait le résultat d’une intervention délibérée, a ajouté M. Jerrett. «Il s’agit simplement d’une conséquence malheureuse de ces problèmes environnementaux étroitement liés.»