Un groupe représentant de nombreuses Premières Nations de la Colombie-Britannique demande à Ottawa et au gouvernement de l’Alberta de mettre un terme aux efforts visant à faire avancer le projet d’oléoduc de la côte ouest. Il dénonce le fait que l’expansion de l’industrie pétrolière accélérera les changements climatiques et les catastrophes naturelles.
«Les conséquences destructrices et désastreuses de l’expansion de la production de combustibles fossiles s’étendent bien au-delà d’un seul territoire», a souligné l’Union des chefs indiens de la Colombie-Britannique dans une lettre adressée au premier ministre Mark Carney et à la première ministre Danielle Smith.
«Des incendies de forêt catastrophiques aux inondations dévastatrices en passant par la montée du niveau des mers, les effets du changement climatique se font déjà sentir dans tout le pays. Chaque nouveau projet lié aux combustibles fossiles aggrave cette crise», a-t-elle ajouté.
La lettre est signée par les dirigeants du groupe, dont le grand chef Stewart Phillip, et précise que le premier ministre de la Colombie-Britannique, David Eby, en a également reçu une copie.
Cette lettre a été envoyée dimanche, au lendemain de la proclamation de l’état d’urgence par le gouvernement de la Colombie-Britannique, alors que plus de 100 feux de forêt faisaient rage dans toute la province, dont l’un a contraint près de 25 000 personnes de 2 communautés situées à l’est de Vancouver à fuir.
Près de la moitié de ces feux de forêt étaient hors de contrôle.
Le groupe autochtone a indiqué qu’il publiait également cette lettre dimanche, à l’occasion de la Journée internationale des peuples autochtones.
Le groupe veut réaffirmer son opposition au pipeline, car le gouvernement n’a pas consulté les Premières Nations ni coopéré de bonne foi avec elles, soulignant que le gouvernement avait déjà défini le tracé du projet, désigné des partenaires de développement potentiels et faisait la promotion publique de ses arguments économiques.
«La consultation ne peut avoir de sens si les Premières Nations sont uniquement invitées à discuter de la manière dont un projet prédéterminé va se dérouler.»
— Extrait d’une lettre de l’Union des chefs indiens de la Colombie-Britannique
«De même, la participation au capital, les garanties de prêt, le partage des recettes, l’emploi ou tout autre avantage proposé ne peuvent être considérés comme des substituts au consentement», a-t-il précisé.
Le bureau de M. Carney n’a pas immédiatement répondu à une demande de commentaire concernant cette lettre.
Le ministère des Relations avec les Autochtones de l’Alberta a déclaré dimanche par courriel que l’oléoduc apporterait des avantages à long terme aux communautés autochtones, tout en créant des emplois et en garantissant la sécurité énergétique.
«La demande relative à l’oléoduc de la côte ouest est actuellement examinée par le Bureau des grands projets, qui consultera les communautés autochtones afin de déterminer si le projet relève de l’intérêt national», a mentionné la porte-parole Karah Folk.
«Notre gouvernement reste déterminé à poursuivre le dialogue avec les Premières Nations et tous les partenaires tout au long de ce processus», a-t-elle soutenu.
L’oléoduc de la côte ouest, d’une longueur d’environ 1250 kilomètres, transporterait plus d’un million de barils de pétrole brut par jour depuis Bruderheim, en Alberta, jusqu’à un port situé près de Delta, en Colombie-Britannique, en vue de son expédition vers les marchés internationaux.
Le gouvernement de l’Alberta est désigné comme le promoteur du projet d’oléoduc, qui serait détenu par Trans Mountain, l’Alberta Petroleum Marketing Commission et la Pembina Pipeline Corporation.
Une étape déjà franchie
La semaine dernière, Ottawa a franchi une étape en vue d’accorder au projet proposé le statut d’intérêt national en vertu de la Loi visant à bâtir le Canada, ce qui permettrait au gouvernement d’accélérer la mise en œuvre de l’oléoduc et de contourner certaines lois environnementales.
Le gouvernement Carney recueillera les commentaires du public sur cette désignation jusqu’à la mi-septembre.
Un site web du gouvernement de l’Alberta indique qu’il s’attend à recevoir cette désignation le 1er octobre.
«À l’issue de la consultation des populations autochtones et une fois que toutes les autorisations et tous les permis seront en place, la construction pourrait débuter dès le 1er septembre 2027», est-il précisé.
Ottawa et l’Alberta ont convenu que la réalisation de l’oléoduc serait subordonnée à la mise en œuvre d’un projet de stockage du carbone appelé Pathways, et vice versa.
Pathways, détenu par diverses entreprises, empêcherait les émissions liées à l’augmentation de la production pétrolière d’atteindre l’atmosphère.
Ce projet consiste en un réseau de pipelines qui acheminerait les émissions de carbone depuis plusieurs sites du nord de l’Alberta vers un centre de stockage souterrain situé près de Cold Lake, en Alberta.
L’Institut climatique du Canada a toutefois mentionné en juillet que les émissions résultant de l’augmentation de la production que permettrait un nouvel oléoduc vers la côte ouest dépasseraient de loin celles que Pathways empêcherait de se répandre dans l’atmosphère.
L’oléoduc de la côte ouest fait partie des nombreux projets qui ont été approuvés ou proposés dans le cadre du Bureau des grands projets de M. Carney, dont le siège se trouve à Calgary.
Ottawa a affirmé que ces projets sont censés présenter un intérêt pour le pays et renforcer l’autonomie du Canada, apporter des retombées économiques, promouvoir les intérêts des peuples autochtones et permettre au Canada d’atteindre ses objectifs en matière de changement climatique dans un contexte mondial en pleine mutation.
La Loi visant à bâtir le Canada définit le cadre réglementaire applicable à ces projets.
Les conservateurs ont aidé le gouvernement à faire adopter la loi il y a plus d’un an, et le gouvernement a jusqu’à présent engagé trois projets dans la voie de la désignation d’intérêt national en vertu de cette loi.
Il s’agit du projet routier et portuaire de Grays Bay au Nunavut, de l’autoroute de la vallée du Mackenzie dans les Territoires du Nord-Ouest et du dépôt géologique profond de l’Organisation de gestion des déchets nucléaires dans le nord de l’Ontario.
Avec des informations de Lauren Krugel et David Baxter pour La Presse canadienne

