Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a appelé mardi les entreprises du secteur de l’intelligence artificielle (IA) à publier des informations sur leurs émissions de carbone, ainsi que sur la consommation d’eau et de terrains nécessaire à leurs activités.
Lors d’un discours prononcé dans le cadre de la London Climate Action Week, M. Guterres a proposé son «Initiative pour la transparence environnementale dans le domaine de l’IA», estimant que les entreprises du secteur devraient mesurer et divulguer l’impact de leur technologie, dont la demande ne cesse de croître – un impact évoqué par leurs détracteurs pour justifier la nécessité de freiner l’augmentation rapide du nombre de centres de données.
Ces entreprises font face à une pression croissante, tant de la part des gouvernements que des populations locales dans les régions abritant des centres de données consacrés à l’IA, en faveur d’une transparence accrue et d’une normalisation des rapports au sein du secteur.
M. Guterres a affirmé que les entreprises spécialisées dans l’IA devraient également s’engager à alimenter leurs installations en électricité produite à partir de technologies renouvelables, telles que l’éolien et le solaire, d’ici 2030.
«Finis les coûts cachés», a lancé M. Guterres lors de la plus grande conférence indépendante sur le climat en Europe. «Finis les transferts de la charge vers ceux qui sont le moins à même de la supporter. Il est temps de jouer cartes sur table.»
Des besoins croissants
De nombreuses grandes entreprises technologiques se sont engagées à alimenter leurs activités à l’aide de sources d’énergie plus propres, certaines d’ici la fin de la décennie. Certaines prévoient entre autres de le faire en recourant à l’énergie solaire et nucléaire, notamment les géants technologiques Amazon et Google.
Mais la course au déploiement de l’IA a compliqué ces engagements et fait monter en flèche les émissions de gaz à effet de serre, qui proviennent de la combustion de combustibles tels que le pétrole, le charbon et le gaz, et réchauffent la planète. Les obstacles réglementaires ont également entravé des projets respectueux du climat.
Actuellement, le charbon représente environ 30 % de l’électricité consommée par les centres de données à l’échelle mondiale, selon l’Agence internationale de l’énergie. Les énergies renouvelables – principalement l’éolien, le solaire et l’hydroélectricité – fournissent environ 27 % de cette électricité, le gaz naturel 26 % et le nucléaire 15 %. Les énergies renouvelables ne devraient couvrir que la moitié de cette demande au cours des cinq prochaines années.
Alors que l’IA connaît un essor fulgurant, plusieurs, dont M. Guterres, vantent sa capacité à accélérer la mise en œuvre de solutions climatiques. Elle pourrait à terme améliorer l’efficacité énergétique et réduire la pollution et les émissions.
En même temps, l’empreinte environnementale des centres de données rivalise déjà avec celle de certains des plus grands pays du monde, selon un rapport de l’ONU publié au début du mois.
Ce rapport indique également que la consommation d’eau et d’énergie ainsi que la pollution liée à l’IA vont doubler en seulement quatre ans. Les centres de données nécessaires au fonctionnement de l’IA représentaient environ 1,5 % de la consommation mondiale d’électricité en 2025 et représenteront d’ici 2030 près de 3 % de la consommation mondiale d’électricité prévue.
«Malgré ces préoccupations évidentes, les populations sont souvent tenues dans l’ignorance quant à l’impact environnemental des infrastructures qui se développent autour d’elles», a déclaré M. Guterres dans son allocution.
L’ONU continue de tirer la sonnette d’alarme
Le secrétaire général de l’ONU exhorte depuis longtemps le monde à prendre des mesures climatiques sérieuses, et il réunira une nouvelle fois les dirigeants lors de l’annuelle Conférence des Parties, qui se tiendra cette année en Turquie, afin de négocier des plans d’action.
Mardi, aborder la question de l’IA ne constituait qu’une des nombreuses mesures qu’il a nommées comme étant nécessaires pour maintenir le réchauffement planétaire en dessous de la limite de 1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle, un objectif fixé lors de l’Accord de Paris de 2015.
L’année dernière, la moyenne triennale des températures a franchi ce seuil pour la première fois.
«Tous les grands émetteurs doivent accélérer leurs actions, a soutenu M. Guterres. Et chaque pays doit aller au-delà de ses engagements.»
Il a appelé à réduire les émissions de méthane, un puissant gaz à effet de serre responsable d’environ un tiers du réchauffement climatique et nettement plus puissant que le dioxyde de carbone, bien qu’il reste comparativement moins longtemps dans l’atmosphère. Il a également appelé à réduire la dépendance au charbon, au pétrole et au gaz.
Des progrès partiels
Dans son discours, M. Guterres a souligné les évolutions positives observées dans le domaine des énergies renouvelables, les économies d’échelle permettant de réduire les coûts de ces technologies et leur adoption s’accélérant.
La production d’électricité propre – principalement issue de l’énergie solaire et éolienne – a dépassé la croissance globale de la demande mondiale en électricité l’année dernière. La part des énergies renouvelables a également atteint plus d’un tiers de l’offre électrique mondiale pour la première fois de l’histoire moderne en 2025, tandis que la part de l’électricité produite à partir du charbon est passée sous la barre du tiers de la production mondiale.
La Chine continue de mener la transition mondiale vers les énergies propres et la production à partir de combustibles fossiles en Europe affiche globalement une tendance à la baisse.
Mais sous la présidence de Donald Trump, les États-Unis ont misé sur le charbon, le pétrole et le gaz, et ont considérablement réduit leur soutien aux énergies renouvelables et à l’action climatique au sens large – tout cela dans un contexte de crise énergétique mondiale exacerbée par la guerre menée par les États-Unis en Iran, que M. Guterres a qualifiée de «mère de tous les chocs énergétiques».
M. Guterres a qualifié la situation mondiale actuelle de «Conte de deux crises», en faisant référence au roman de Charles Dickens, «Le Conte de deux cités» – un clin d’œil également à Londres, où ce discours a été prononcé.
«Pour l’agenda climatique, c’est en effet le meilleur des temps et le pire des temps, a-t-il déclaré. Le pire – car les impacts climatiques s’intensifient, des points de basculement se profilent et la crise énergétique a mis en évidence les risques profonds liés à la dépendance aux combustibles fossiles. Mais aussi le meilleur – car la révolution des énergies renouvelables bat son plein.»
