Environnement

Les enfants particulièrement vulnérables au changement climatique, dit une experte

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Les plaignants du «procès climatique» La Rose contre sa Majesté le Roi sont réunis à Vancouver, le lundi 26 octobre 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Ethan Cairns Les plaignants du «procès climatique» La Rose contre sa Majesté le Roi sont réunis à Vancouver, le lundi 26 octobre 2026. (ETHAN CAIRNS)

Une pédopsychiatre et pédiatre a expliqué en quoi les enfants sont particulièrement vulnérables aux effets du changement climatique, pendant son témoignage lors du premier procès climatique mené par des jeunes au Canada.

La Dre Elizabeth Pinsky a exposé devant la Cour fédérale de Vancouver toute une série de risques, allant de la vulnérabilité à la chaleur extrême, à la pollution atmosphérique et aux maladies transmises par les tiques, en passant par l’anxiété et la dépression liées au changement climatique.

Cette médecin installée à Boston a mis en avant plusieurs facteurs physiologiques, affirmant que les bébés et les très jeunes enfants possèdent un système de thermorégulation immature, ce qui réduit leur capacité à réguler leur température interne en cas de canicule.

Les enfants respirent plus rapidement que les adultes et inhalent davantage de polluants atmosphériques par rapport à leur taille, a expliqué la Dre Pinsky, professeure adjointe à la Harvard Medical School.

Il existe également une «réalité temporelle», a-t-elle ajouté, car les plus jeunes sont «tout simplement exposés à un risque accru» lié aux aléas climatiques tout au long de leur vie.

À mesure que le changement climatique s’aggrave, les effets néfastes sur la santé s’aggraveront également, a-t-elle mentionné jeudi.

«Il n’y a tout simplement plus aucun doute dans la littérature médicale quant à la véracité de ce constat.»

La Dre Pinsky a témoigné en faveur de 15 jeunes plaignants dans le cadre du procès devant la Cour fédérale de Vancouver, où ceux-ci font valoir que la législation fédérale viole leurs droits constitutionnels en maintenant la trajectoire actuelle du Canada en matière d’émissions de gaz à effet de serre.

Elle a décrit le fait de savoir que «les personnes qui devraient vous protéger, assurer votre sécurité et préserver votre avenir ne se contentent pas de manquer à leur devoir, mais savent sciemment qu’ils échouent» comme un préjudice unique chez les enfants.

L’avocate des plaignants, Catherine Boies Parker, a rappelé à la Cour dans son exposé introductif que l’affaire ne portait pas sur l’existence du changement climatique, mais que la question portait plutôt sur le fait de savoir si le gouvernement était «constitutionnellement tenu de cesser d’aggraver la situation».

«Les plaignants demandent à cette cour de tenir le Canada légalement responsable de son rôle dans la poursuite et l’aggravation de la crise climatique qui cause des préjudices.»

La Dre Pinsky a également décrit certains des effets du changement climatique sur la santé mentale des jeunes, notamment l’«éco-anxiété», précisant que celle-ci pouvait se traduire par des sentiments de peur, de tristesse, de chagrin, de colère, ainsi que par un sentiment de trahison et d’impuissance.

Elle a expliqué le terme «solastalgie», qui désigne «le sentiment de nostalgie que l’on éprouve chez soi, alors que son environnement a changé».

Une personne peut ressentir de la solastalgie lorsque la maison de son enfance est désormais envahie chaque été par la fumée des feux de forêt, a illustré la Dre Pinsky.

Rien ne pourrait protéger pleinement les enfants des effets néfastes du changement climatique, si ce n’est de cesser de brûler des combustibles fossiles et de mettre un terme au changement climatique, a-t-elle souligné.

La Dre Pinsky doit être contre-interrogée vendredi par les avocats d’Ottawa.

Une transition possible

Plus tôt dans la journée de jeudi, la cour a entendu le professeur Mark Jacobson de l’université de Stanford, expert en génie environnemental et en sciences de l’atmosphère, qui a affirmé qu’il était «tout à fait» possible pour le Canada de passer à des énergies entièrement renouvelables d’ici 2050.

Il a mentionné que cette transition était techniquement et économiquement réalisable, mais qu’elle se heurtait à des obstacles sociaux et politiques.

M. Jacobson a développé des modèles sophistiqués et des feuilles de route pour aider les villes, les États et les pays, y compris le Canada, à opérer cette transition vers les énergies renouvelables.

D’après son témoignage, le pays dispose de ressources et d’un potentiel «colossaux», notamment en matière d’énergie éolienne, solaire et géothermique, ainsi que d’une capacité hydroélectrique préexistante, et n’a donc pas besoin de recourir aux combustibles fossiles.

Si l’on ajoute à cela l’électrification de l’énergie et des transports, «le Canada en est capable», a soutenu M. Jacobson à propos de la transition vers les énergies renouvelables d’ici le milieu du siècle.

«La question de savoir s’il y parviendra effectivement d’ici 2050 relève davantage du domaine social et politique», a-t-il ajouté.

M. Jacobson a expliqué que l’électricité est nettement plus efficace que la combustion.

«En électrifiant tout et en produisant cette électricité à partir d’énergies renouvelables, on consomme beaucoup moins d’énergie. Au Canada, cela représente environ 60 % d’énergie en moins», a-t-il précisé.

Cette transition permettrait également de réduire considérablement la pollution atmosphérique et les émissions responsables du réchauffement climatique, a-t-il ajouté, soulignant que des milliers de personnes meurent chaque année des suites de la pollution atmosphérique au Canada.

Lors de son contre-interrogatoire, M. Jacobson a reconnu que son rapport préparé pour le procès ne présentait aucune proposition politique à l’intention d’Ottawa.

Il a également reconnu que l’étude ne tenait pas compte des «goulots d’étranglement» potentiels dans la transition du Canada vers les énergies renouvelables, tels que les contraintes liées à la chaîne d’approvisionnement.

M. Jacobson avait déclaré plus tôt dans la journée de jeudi que son étude prévoyait une perte nette d’emplois au Canada dans le cadre de la transition vers les énergies renouvelables, bien qu’il ne s’agisse pas d’une analyse exhaustive.

Ce chiffre excluait «les emplois liés à la production de véhicules électriques, de pompes à chaleur électriques, d’autres appareils et machines électriques, ainsi que certains emplois dans le domaine du transport et de la distribution d’électricité», a-t-il précisé lors du contre-interrogatoire.