Environnement

Les écologistes sont divisés face à l’accord Québec-Ottawa sur les caribous

25 millions de dollars pour financer des initiatives de conservation du caribou.

Publié le 

(NATHAN DENETTE)

Les écologistes sont divisés à savoir si l’accord de financement conclu entre le Québec et le gouvernement fédéral est un premier pas significatif pour sauver les troupeaux de caribous sur le déclin, ou s’il s’agit plutôt d’un écran de fumée qui en fait peu pour protéger l’espèce menacée.

L’accord annoncé mardi prévoit qu’Ottawa versera au Québec 25 millions de dollars sur cinq ans pour financer des initiatives de conservation du caribou, ainsi que 15 millions de dollars supplémentaires aux communautés autochtones qui mettent en œuvre leurs propres programmes.

Cet accord marque la fin d’une bataille de plusieurs années entre le fédéral et le provincial autour du caribou, qui avait débuté en 2022, lorsque l’ancien ministre fédéral de l’Environnement, Steven Guilbeault, avait menacé d’agir unilatéralement pour protéger les troupeaux si la province ne présentait pas de plan concret pour les sauver.

La menace d’Ottawa a suscité une vive condamnation de la part de la classe politique québécoise, qui a accusé le gouvernement fédéral libéral de faire de l’ingérence dans des compétences provinciales. Bien que M. Guilbeault ait réitéré cette menace en 2024, le gouvernement fédéral n’a jamais émis de décret fédéral visant à protéger le territoire du caribou.

Le Québec, qui s’est engagé à consacrer 59,5 millions de dollars entre 2024 et 2028, dit que ce nouveau financement fédéral servira à poursuivre des initiatives telles que le renforcement de la conservation et de la restauration des habitats, ainsi que la gestion des troupeaux sauvages élevés en enclos depuis quelques années.

Entre «un pas dans la bonne direction» et un «écran de fumée»

Le directeur exécutif de la section Québec pour la société pour a nature et les parcs du Canada (SNAP Québec), Alain Branchaud, estime que cet accord représente «un pas dans la bonne direction».

«Pour la première fois depuis quelques années, il y a une véritable ouverture de la part du gouvernement québécois à travailler avec le gouvernement fédéral», estime-t-il, ajoutant que la province accepte également d’informer le fédéral des mesures mises en place avec cet argent et qu’elle s’engage à publier des rapports sur son utilisation des fonds.c), estime que cet accord représente «un pas dans la bonne direction».

Un communiqué accompagnant l’annonce précise que le gouvernement fédéral «a choisi, à ce stade, d’adopter une approche collaborative avec le gouvernement du Québec et les Premières Nations afin de soutenir les mesures visant la conservation et la protection du caribou boréal au Québec».

Entre 2023 et 2024, le gouvernement fédéral a mené une évaluation des menaces pesant sur le caribou boréal, dont 15 % de la population est abritée au Québec. Ottawa a conclu que les populations locales de cette espèce, classée comme menacée depuis 2003, «sont en déclin sur une grande partie de son aire de répartition au Canada».

«Ces déclins sont principalement le résultat d’une perte d’habitat et des changements qui en découlent dans la dynamique prédateur-proie, et il faudra entre 50 et 100 ans pour les inverser.»

Si M. Branchaud croit que cet accord pourrait ouvrir la voie à d’autres annonces, il précise que les 25 millions de dollars, ou 40 millions de dollars, si l’on inclut le financement destiné aux initiatives autochtones, sont bien en deçà des besoins.

Selon lui, l’accord de financement ne prévoit aucune compensation pour aider les communautés qui dépendent de l’exploitation forestière, dont les activités seraient perturbées par toute mesure significative visant à préserver les forêts primaires dont dépendent les caribous.

«C’est là, je dirais, la grande lacune de cet accord», a dit M. Branchaud.

Il souligne que la province n’a toujours pas publié de stratégie globale visant à inverser le déclin du caribou, et qu’il existe encore une forte résistance de la part de certains ministres à l’égard de toute mesure de conservation susceptible d’avoir un impact sur les emplois dans le secteur forestier.

La responsable du programme boréal à la Fondation David Suzuki, Rachel Plotkin, se réjouit de tout progrès vers une meilleure protection du caribou.

«Nous sommes simplement heureux que l’impasse entre le Québec et le gouvernement fédéral ait pris fin et que la province ait accepté d’aller de l’avant pour la restauration du caribou», a-t-elle dit, ajoutant qu’elle était également rassurée de voir le Québec soutenir les 15 millions de dollars accordés aux communautés autochtones.

Elle craint toutefois que la province ne recoure davantage à des stratégies de conservation «superficielles», telles que la lutte contre les prédateurs ou le confinement des troupeaux, plutôt que la protection des forêts.

Selon Mme Plotkin, si Québec veut prendre de véritables mesures pour protéger le caribou, il faut envisager de collaborer avec les dirigeants autochtones pour identifier les zones prioritaires de restauration des habitats dégradés, et de préserver de grandes étendues forestières dont au moins 65 % de la superficie est intacte, afin de respecter le seuil nécessaire à la survie des troupeaux.

Le professeur de biologie retraité de l’Université de Sherbrooke, Marco Festa-Bianchet estime que l’annonce est un «écran de fumée» manquant de détails et donnant l’illusion du progrès.

«Le gouvernement du Québec semble prendre ce 25 millions $-là pour en faire ce qu’ils veulent, dit-il. Le plus inquiétant, à son avis, est que l’annonce vante la décision du gouvernement provincial de mettre trois troupeaux en déclin dans des enclos à titre de mesure de conservation.

«Ces caribous sont en voie d’extinction, et on met les derniers représentants de l’espèce en cage, ajoute-t-il. Ce n’est pas pour rien qu’on les appelle des caribous des bois : ils ont besoin de la forêt.»

M. Festa-Bianchet pense que la décision du gouvernement fédéral de renoncer à sa menace de protéger le caribou par décret illustre bien la manière dont le gouvernement du premier ministre Mark Carney «a abandonné toutes les initiatives environnementales mises en place sous le gouvernement Trudeau».

Le seul aspect positif qu’il voit dans cet accord est la contribution de 15 millions de dollars aux communautés autochtones.

Pour inverser véritablement le déclin du caribou, il faudrait toutefois un plan à long terme visant à protéger son habitat, assorti d’engagements financiers bien plus importants de la part des gouvernements, ainsi que la participation des Autochtones, a-t-il ajouté.

Morgan Lowrie

Morgan Lowrie

Journaliste