Le nombre de journées d’été propices aux incendies extrêmes a plus que doublé depuis 1981 dans certaines parties d’Europe du Sud, dont la France, selon une étude publiée jeudi.
Les conditions météo favorables aux incendies — chaleur, sécheresse et vent — «se sont fortement intensifiées dans la région», concluent les chercheurs, qui publient leur étude dans la revue Scientific Reports.
L’Europe du Sud est touchée par moins d’incendies qu’au début des années 1980 dans l’ensemble, mais ceux-ci sont plus féroces et difficiles à contenir, à l’image du mégafeu qui touche le sud-ouest de la France, plus gros incendie de forêt à frapper le pays depuis 1949.
«Dans de vastes zones de la péninsule ibérique, de la France, de l’Italie et de la Grèce, le nombre de journées estivales présentant des conditions extrêmement propices aux incendies a plus que doublé entre 1981 et 2025», indiquent les chercheurs.
Ces journées favorables aux feux de forêts «ont presque triplé dans certaines zones de l’Europe du Sud», ajoute auprès de l’AFP Raúl Cordero, de l’université néerlandaise de Groningue, l’un des auteurs de l’étude.
L’équipe internationale qui publie ses conclusions jeudi a analysé des données sur les incendies et le climat en Espagne, France, Grèce, Italie et Portugal.
Les scientifiques concluent que le nombre de jours propices aux incendies était inférieur à 10 chaque été durant la période 1981-2010. Un chiffre qui a grimpé à environ 25 jours dans certaines parties des pays étudiés au cours de la décennie passée.
L’évolution «peut seulement être attribuée au réchauffement mondial» et «la situation ne fera que s’aggraver jusqu’à ce que l’on arrête le réchauffement», explique Raúl Cordero.
L’Europe est le continent qui se réchauffe le plus rapidement et la partie occidentale du continent vient de connaître son mois de juin le plus chaud enregistré dans l’histoire, selon l’observatoire climatique Copernicus.
Nouvelle ère
Le nombre de feux n’a pas augmenté pour autant : la surface brûlée est plus faible dans tous les pays — sauf au Portugal — et le nombre d’incendies a décliné, grâce à une amélioration des capacités des pompiers et des moyens aériens, ou la mise en place de pare-feu.
Mais les auteurs pointent un paradoxe: l’accumulation de combustible végétal crée des conditions plus favorables à des mégafeux plus extrêmes et rapides. «L’Europe est passée à des événements moins nombreux mais plus grands et intenses», résument-ils.
«On ne peut pas arrêter la propagation des incendies lorsque les conditions météorologiques sont extrêmes… ce n’est pas une question de ressources», remarque Raúl Cordero.
Les incendies actuels en France et en Espagne font suite à une canicule historique en juin, causée «sans équivoque» par le changement climatique d’origine humaine, selon le groupe de scientifiques du World Weather Attribution (WWA).
Ces chaleurs extrêmes ont aggravé la sécheresse en Europe et préparé le terrain pour les incendies.
«Quand on a un été chaud comme celui-ci, on a une saison des feux très active», souligne Raúl Cordero.
Les chercheurs s’inquiètent aussi du fait que «les feux de forêt dépassent de plus en plus la capacité de suppression existante» et ce à un rythme plus rapide que ce qui avait été envisagé jusqu’à présent.
Une étude publiée en 2024 dans Climate and Atmospheric Science concluait que certaines parties de l’Europe méridionale pourraient subir une multiplication par 10 de la probabilité d’incendies catastrophiques d’ici la fin du siècle.
Les chercheurs qui publient jeudi évoquent, pour répondre à cette nouvelle «ère de risque de feu extrême», un aménagement du territoire adapté et une amélioration des stratégie de lutte, y compris en recourant à des brûlages contrôlés. Un débat qui s’ouvre déjà en France.