Environnement

Le changement climatique anthropique est à l'origine des feux d'Espagne et de France

Le réchauffement des 26 dernières années a triplé les risques d’incendie graves en Espagne et les a augmentés de 40% en France.

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Feux de forêt en France: le brasier qui risque de couver pendant plusieurs mois Dans les 42 000 hectares de forêt ravagée par l’incendie qui sévit près de Bordeaux dans le sud-ouest de la France, pompiers et forestiers s’attendent à une veille de longue haleine pour noyer les «feux zombies» qui risquent de couver pendant «plusieurs mois» en sous-sol.

Deux nouvelles études concluent que le changement climatique est indéniablement lié aux conditions météorologiques extrêmes qui ont déclenché les incendies dévastateurs de cette semaine en Espagne et en France, et qui ont entraîné une forte augmentation des feux en Europe du Sud ces huit dernières années.

Selon les calculs de scientifiques du World Weather Attribution, le changement climatique d’origine humaine a multiplié par 20 la probabilité que se produisent les conditions chaudes et sèches responsables des incendies records en Espagne, et a doublé les risques d’incendie extrêmes en France.

Ces calculs ont été publiés jeudi par des scientifiques du World Weather Attribution dans une analyse, alors que les incendies faisaient encore rage.

Le réchauffement des 26 dernières années a triplé les risques d’incendie graves en Espagne et les a augmentés de 40% en France, indique le même rapport.

Parallèlement, des chercheurs ont publié jeudi une autre étude – rédigée et éditée bien avant le début des incendies de cette semaine – qui révèle que le nombre de jours où les conditions météorologiques en Europe du Sud ont atteint des niveaux extrêmes propices aux incendies a plus que doublé par rapport aux décennies précédentes.

Ces deux études ont examiné les changements météorologiques qui créent des conditions propices aux incendies. Les mesures prennent en compte la température de l’air, les conditions de sécheresse, l’humidité et le vent.

«Le changement des conditions météorologiques propices aux incendies en Espagne est extrêmement marqué et constitue, je crois, l’un des plus importants que j’aie observés», a déclaré Friederike Otto, climatologue à l’Imperial College de Londres et coordinatrice du projet World Weather Attribution.

L’Espagne connaît actuellement son été le plus chaud jamais enregistré, après un mois de janvier exceptionnellement pluvieux qui a permis à la végétation de se développer avant l’arrivée d’une grave sécheresse, une combinaison de facteurs qui a accru la quantité de combustible pour les feux de forêt, indique le rapport.

L’Espagne a également dû faire face à un problème supplémentaire d’abandon de terres, ce qui a entraîné le dessèchement de la végétation non entretenue, a précisé Mme Otto. La région de Bordeaux, en France, possède quant à elle d’épaisses pinèdes qui s’enflamment facilement en cas d’incendie, a-t-elle ajouté.

World Weather Attribution – une collaboration internationale de scientifiques qui étudient les événements extrêmes afin de déterminer le rôle éventuel du changement climatique – a réalisé cette étude si rapidement que le rapport n’a pas fait l’objet d’une évaluation par les pairs, la référence en matière de validation scientifique.

Mais Friederike Otto et ses collègues ont utilisé des techniques scientifiquement reconnues, et nombre de leurs rapports sont publiés ultérieurement dans des revues à comité de lecture.

Le réchauffement climatique accroît la violence des incendies

L’équipe de Friederike Otto a calculé dans quelle mesure le changement climatique – dû à la combustion du charbon, du pétrole et du gaz – augmente la probabilité d’incendies de cette intensité.

Pour ce faire, ils ont comparé les niveaux de gravité des conditions météorologiques propices aux incendies aux mesures historiques effectuées dans la région et à ceux qu’ils atteindraient si la température mondiale était plus froide de 1,4 degré Celsius. C’est le réchauffement que la Terre a connu depuis l’ère préindustrielle.

«Cette étude est cohérente et apporte des données chiffrées qui confirment ce que les spécialistes des incendies savaient déjà», a mentionné Jacob Bendix, chercheur en incendies à l’Université de Syracuse, qui n’a participé à aucune des deux recherches.

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«Nous savons depuis toujours que les incendies s’allument plus facilement et se propagent de manière plus explosive en cas de chaleur extrême et de sécheresse. Et nous savons depuis des décennies que ces épisodes de chaleur extrême et de sécheresse sont de plus en plus fréquents en raison du changement climatique d’origine humaine.

«Le déroulement général de ces événements, sinon tous les détails, était donc tragiquement prévisible», a-t-il ajouté.

Une autre étude, publiée jeudi dans la revue Scientific Reports, révèle qu’il y avait environ 10 jours de conditions météorologiques extrêmes propices aux incendies par an en Europe du Sud au cours des dernières décennies, contre environ 25 aujourd’hui, explique Raúl Cordero, climatologue à l’Université de Groningue aux Pays-Bas et auteur de l’étude.

Et il ne s’agit pas seulement d’une augmentation de la fréquence des jours de conditions météorologiques défavorables aux incendies. Ces jours sont environ 50 % plus intenses qu’entre 1981 et 2010, souligne son étude.

Le changement climatique annule les progrès réalisés

Le nombre d’incendies en Europe du Sud et la superficie brûlée ont considérablement diminué entre les années 1980 et 2018, principalement grâce à de meilleures techniques de lutte contre les incendies et de gestion des feux, précise M. Cordero. Mais la situation s’est rapidement dégradée, car le changement climatique a annulé ces améliorations, a-t-il expliqué.

«Peu importe les ressources ou l’argent dont on dispose, on ne peut pas empêcher la propagation d’un incendie lorsque les conditions météorologiques sont aussi extrêmes, a affirmé M. Cordero. Le forçage climatique est tellement extrême aujourd’hui que c’est tout simplement stupéfiant.»

John Abatzaglou, chercheur spécialiste des incendies à l’Université de Californie à Merced, qui n’a participé à aucune des deux études, a renchéri: «Ces résultats montrent clairement que le changement climatique n’est pas seulement un problème futur, il est déjà là.»

«Nous devons cesser de brûler des combustibles fossiles», a prévenu Friederike Otto.

«Tant que nous continuerons à brûler des combustibles fossiles, les températures augmenteront à l’échelle mondiale. Et cela signifie que les conditions météorologiques propices aux incendies deviendront de plus en plus difficiles. Or, notre capacité d’adaptation a ses limites.»