Les allergies saisonnières causées par le pollen frappent de plus en plus tôt et durent plus longtemps en raison des changements climatiques. Si elles se font davantage ressentir, des solutions existent pour aider et protéger les personnes qui en souffrent, selon des experts.
La saison du pollen est bel et bien entamée au Québec. La floraison de la plupart des arbres et des plantes commence au moins une ou deux semaines plus tôt qu’il y a une trentaine d’années. C’est ce qu’ont noté des études, indique le chargé de cours au département des sciences végétales de l’Université McGill, David Wees.
«Les arbres qui commencent à fleurir le plus de bonne heure, souvent, c’est les bouleaux, les peupliers et les noisetiers. Dans certains cas, ils vont commencer à fleurir fin mars, début avril», dit M. Wees en entrevue.
Les changements climatiques sont essentiellement la cause derrière ce phénomène. La hausse des températures allonge la saison des pollens avec un début précoce.
Le gel qui s’installe désormais plus tard à l’automne facilite également la vie de l’herbe à poux.
«L’herbe à poux va fleurir de façon continue jusqu’à ce qu’il fasse trop froid», expose M. Wees. Un gel tardif peut ainsi prolonger de quelques semaines les allergies provenant de cette mauvaise herbe qui commence à fleurir vers le mois d’août.
Cette situation fait aussi en sorte que l’herbe à poux produit davantage de pollens, précise le chargé de cours en horticulture.
Au cours du printemps et de l’été, les graminées, qui poussent dans les terrains gazonnés et les champs, se mettent aussi de la partie. Les réactions allergiques occasionnées par leurs pollens vont s’intensifier lorsque du temps chaud et venteux s’installe.
«Le pollen va rester suspendu dans l’air plus longtemps, contrairement à un été où il y a beaucoup de pluie», mentionne M. Wees.
Symptômes «plus intenses»
L’accroissement des concentrations de CO2 dans l’air a également un impact sur les allergies saisonnières.
Cela accroît notamment «le potentiel allergène des grains de pollen en raison de l’augmentation de protéines allergènes», indique l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).
Des études ont montré que, même si le niveau de pollen est le même, «la qualité d’allergène change et l’intensité des réactions aux mêmes protéines augmente», soulève le Dr Moshe Ben-Shoshan, spécialiste en allergie et immunologie pédiatriques à l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill et à l’Hôpital de Montréal pour enfants.
«Les protéines changent avec les changements climatiques», affirme celui qui est aussi professeur agrégé au département de pédiatrie de l’Université McGill.
Le Dr Ben-Shoshan constate que les symptômes liés aux allergies saisonnières (écoulement nasal, congestion, éternuements, larmoiements et picotements oculaires, entre autres) sont désormais «plus intenses» chez les personnes affectées.
Ces gens «souffrent de symptômes plus longtemps qui ne sont pas bien contrôlés» avec les différents médicaments disponibles pour traiter les allergies, relate-t-il.
L’exposition aux allergies saisonnières peut avoir toutes sortes d’impact sur le quotidien des gens. Elle peut déclencher chez certains de l’asthme ou de l’eczéma.
«On pense que les allergies saisonnières, c’est quelque chose qui est très faible. Mais les gens avec des allergies sévères ne peuvent pas dormir pendant la nuit. Ils ne peuvent pas fonctionner pendant la journée, ils sont fatigués. Ça a vraiment un impact très grand sur la vie au quotidien», soutient le Dr Ben-Shoshan.
Selon l’INSPQ, environ 20 % des adultes québécois éprouvent des symptômes d’allergie aux pollens.
Désensibilisation et choix d’arbres
Certains gestes au quotidien peuvent contribuer à réduire ou contrer les symptômes. Par exemple, fermer les fenêtres, éviter de sécher ses vêtements à l’extérieur, porter des lunettes de soleil et privilégier les sorties extérieures l’après-midi et les soirs alors que le pollen de l’herbe à poux est moins présent, conseillent M. Wees et le Dr Ben-Shoshan.
L’autre option bien connue est le recours aux antihistaminiques. Si ces médicaments ne contrôlent pas suffisamment les allergies, même après avoir ajusté leurs doses, «la dernière étape pour être plus agressif» est la désensibilisation, propose le Dr Ben-Shoshan.
Ce traitement consiste à exposer graduellement le corps ou le système immunitaire aux allergènes par petites quantités.
«Il y a deux façons de faire la désensibilisation. La première, par injection. La deuxième, par des pilules qui fondent sous la langue. Les deux sont efficaces», mentionne le Dr Ben-Shoshan.
Il indique que 70 % des patients rapportent une amélioration. Le traitement offre généralement une protection de cinq à dix ans selon les patients. La désensibilisation est proposée après avoir consulté un allergologue.
Les autorités, comme la population en général, peuvent aussi contrer les allergies saisonnières en plantant des espèces d’arbres moins allergènes. M. Wees donne en exemple les pommetiers, les cerisiers et les tilleuls, qui produisent aussi moins de pollen.
«Leur pollen est plus pesant, et donc il est transporté par les abeilles et non pas par le vent. Généralement, les espèces d’arbres qui ont des fleurs très voyantes sont plutôt pollinisées par les insectes et moins par le vent et sont moins allergènes», explique M. Wees.
Il est également possible de lutter contre l’herbe à poux en tondant plus souvent le gazon, en le retirant aux abords des routes ou en optant pour d’autres plantes qui occuperont l’espace. La plantation d’arbres peut aussi contribuer à combattre ces mauvaises herbes. Comme ces dernières poussent bien au soleil, l’ombre des arbres leur rendra la vie dure, fait valoir M. Wees.
Le Dr Ben-Shoshan et M. Wees soutiennent tous les deux que les allergies saisonnières constituent un enjeu de santé publique. L’INSPQ évoque d’ailleurs que les coûts sociaux et gouvernementaux de l’herbe à poux étaient estimés en 2005 à 150 millions $ annuellement. Une évaluation d’Ouranos avançait aussi que les coûts associés aux pollens pourraient s’élever à 3,5 milliards $ de 2015 à 2065 au Québec.

