Environnement

La population de flamants roses croît à Venise dans des zones humides restaurées

Les écologistes affirment que leur arrivée à Venise, alors que l’aire de répartition du flamant rose européen s’étend, est un signe de la bonne santé de la lagune et de son aptitude à servir de zone d’alimentation.

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Un groupe de flamants roses se nourrit dans la lagune de Venise, à Venise, en Italie, le lundi 4 mai 2026. Photo AP/Luca Bruno Un groupe de flamants roses se nourrit dans la lagune de Venise, à Venise, en Italie, le lundi 4 mai 2026. Photo AP (Luca Bruno)

Rien n’illustre peut-être mieux le statut de «nouveau venu» du flamant rose dans la lagune de Venise que le fait que le dialecte local ne dispose d’aucun mot pour le désigner.

Mais ces oiseaux rose pâle — appelés «fenicotteri» en italien — affluent désormais vers Venise en nombre record, car les efforts écologiques visant à restaurer les zones humides endommagées pourraient contribuer à étendre leur habitat et éventuellement les inciter à nicher dans la lagune.

Les flamants roses — qui nichent surtout en Espagne et en France — ont commencé à apparaître dans la vaste lagune de Venise au début des années 2000, principalement dans les vallées de pêche et les vasières situées aux confins de la lagune, avec seulement de rares observations dans le centre historique canalisé de Venise, très fréquenté par les touristes du monde entier.

Un refuge inattendu

Les écologistes affirment que leur arrivée à Venise, alors que l’aire de répartition du flamant rose européen s’étend, est un signe de la bonne santé de la lagune et de son aptitude à servir de zone d’alimentation.

L’année dernière, le nombre de flamants roses hivernant à Venise a atteint un record de près de 24 000 individus. C’est 6000 de plus que l’année précédente, des chiffres «qui font de la lagune vénitienne l’un des sites d’hivernage les plus importants de toute son aire de répartition», a affirmé l’ornithologue Alessandro Sartori.

M. Sartori survole la lagune chaque semaine en bateau à la recherche de signes de nidification, qui indiqueraient l’existence d’une colonie vénitienne autonome. Jusqu’à présent, aucun signe nouveau n’a été observé après deux tentatives de nidification, en 2008 et 2013, dans les vallées de pêche du nord de la lagune, qui ont subi de graves revers, notamment une violente averse de grêle qui a tué des dizaines d’oiseaux.

Plus de 90 % des oiseaux recensés l’année dernière se trouvaient dans la partie nord de la lagune, qui abrite une vaste zone de marais salants naturels. Les flamants roses sont également attirés par les vallées de pêche traditionnelles, des zones humides semi-naturelles endiguées qui leur fournissent une nourriture abondante, mais peuvent aussi les mettre en conflit avec l’activité humaine.

Un projet de reconstruction des marais salants dans la partie sud de la lagune, plus isolée — au-delà du centre historique et du port industriel — laisse entrevoir une augmentation du nombre de flamants roses dans cette zone également, en offrant un nouvel habitat dans une partie de la lagune où l’érosion des zones humides a été particulièrement sévère. Cela pourrait également éloigner les oiseaux des activités humaines concurrentes dans le nord.

La lagune vénitienne, qui s’étend sur 550 kilomètres carrés, était à l’origine composée pour près de la moitié de marais salants. Aujourd’hui, la superficie des marais salants — ou «barene» en dialecte vénitien— n’est plus que d’environ 7 %, dont la moitié a été restaurée, a indiqué Jane da Mosto, directrice exécutive de We Are Here Venice, le partenaire local du projet WaterLANDS de l’UE, doté de 23,6 millions d’euros sur cinq ans, visant à restaurer les zones humides à travers l’Europe.

Les dégâts sont particulièrement importants dans le centre et le sud de la lagune, en raison de la combinaison de l’érosion naturelle et du dragage des chenaux de navigation pour accéder au port industriel de Marghera dans les années 1960.

«Et depuis lors, l’érosion et la perte de sédiments de la lagune se sont considérablement étendues, au point que Venise est désormais en passe de devenir une baie marine», a souligné Mme da Mosto. Le projet de reconstruction des zones humides «vise spécifiquement à montrer qu’il est possible d’inverser cette tendance et de changer le cours de l’histoire».

La reconstruction des marais salants renforce la capacité de la lagune à capturer le dioxyde de carbone, un gaz à effet de serre responsable du changement climatique, et atténue les effets de l’élévation du niveau de la mer. Mais Mme da Mosto a précisé que des zones beaucoup plus vastes devraient être restaurées pour obtenir des bénéfices climatiques significatifs. L’objectif du projet de l’UE est de rendre la reconstruction des marais salants évolutive.

Les flamants roses peuvent également en bénéficier grâce à l’augmentation de la biodiversité.

L’équipe de Mme da Mosto étudie des moyens d’accroître la biodiversité sur les marais restaurés, notamment en plantant des espèces qui peuvent aider à réduire l’érosion et à rendre les zones humides plus résilientes.

La vasière où ils travaillent présente des traces d’activité des flamants roses, principalement des plumes roses éparses. Récemment, une volée d’une trentaine d’oiseaux était perchée au loin — s’éparpillant lorsqu’un couple d’huîtriers criards les a alertés de la présence de visiteurs.

M. Sartori estime que la reconstruction a déjà commencé à attirer davantage de flamants roses dans la région. Au cours des trois dernières années, il a vu leur nombre dans la lagune sud passer d’une poignée à 300 ou 400 individus à certaines périodes.

«L’espoir est qu’ils puissent trouver – comme ils l’ont fait dans d’autres parties de la Méditerranée – ici même, des endroits où ils peuvent nicher», a relevé l’ornithologue.

De nouveaux visiteurs

La présence des flamants roses dans la lagune souligne l’importance de l’écosystème vénitien et offre aux visiteurs une nouvelle façon d’appréhender la ville des canaux et les îles périphériques à travers leur importance écologique — et pas seulement historique et artistique.

Pourtant, les visiteurs de Venise qui espèrent apercevoir des flamants roses au hasard seront probablement déçus, et les journalistes de l’AP ont récemment dû naviguer pendant une heure pour en repérer. Les flamants roses habitent des zones peu profondes et difficiles d’accès de la lagune, où naviguer en toute sécurité nécessite une attention particulière aux marées et aux chenaux. Même à distance, les oiseaux sont facilement perturbés et s’envolent rapidement.

M. Sartori prévoit que l’observation des flamants roses — déjà possible depuis les rives des petites îles de la lagune de Murano et Burano, mais rare dans le centre historique — pourrait devenir plus courante à mesure que leur nombre continue d’augmenter.

«Évidemment, cela doit toujours se faire dans le respect des animaux, en gardant une distance de sécurité et sans perturber leur vie quotidienne», a-t-il averti.