Environnement

La fumée des feux de forêt est associée à 2500 décès prématurés par année au pays

«La fumée est également devenue une préoccupation persistante en matière de santé publique.»

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Pourquoi y a-t-il un voile de fumée jaune dans le ciel? Une bonne partie du Québec s’est réveillée le 14 juillet en constatant un épais voile de fumée qui a jauni le ciel, en raison des feux de forêt qui font rage dans le nord-ouest de l’Ontario ainsi qu’au Québec.

La fumée des feux de forêt, responsable de la très mauvaise qualité de l’air dans plusieurs villes du pays, entraîne des coûts de santé exponentiels et serait associée à 2500 décès prématurés par année au Canada.

Les Canadiens doivent s’y habituer, la qualité de l’air qu’ils respirent est de plus en plus souvent mauvaise en raison des changements climatiques causés principalement par la combustion d’énergie fossile.

Par exemple, mercredi, Toronto était au sommet du palmarès des villes du monde avec la pire qualité de l’air, devant Kinshasa en République démocratique du Congo, et Delhi en Inde, selon les données du site de surveillance IQair.

«La fumée des feux de forêt occasionne une très mauvaise qualité de l’air», peut-on lire dans un avertissement émis par Environnement Canada pour plusieurs secteurs de l’Ontario mercredi.

À  Montréal, l’Indice de qualité de l’air était «moyen» mercredi matin, mais «mauvais pour les groupes sensibles» la veille en soirée.

Des milliers de décès prématurés

Cette nouvelle normalité entraîne des coûts de santé toujours plus élevés, rappelle une analyse publiée la semaine dernière par l’Institut climatique du Canada.

L’exposition prolongée à la fumée des feux de forêt est associée à environ 2500 décès prématurés par année au pays, selon l’étude.

«Notre analyse montre que la fumée est également devenue une préoccupation persistante en matière de santé publique, nuisant à la santé et au bien-être des Canadiens et Canadiennes, ainsi qu’à leurs moyens de subsistance, tout en entraînant chaque année des coûts économiques globaux se chiffrant en milliards de dollars», écrit l’auteur de l’analyse, l’économiste David Sawyer.

Plus précisément, les coûts liés à la fumée des feux de forêt se sont élevés à 231 milliards $, soit 19 milliards $ par année en moyenne, entre 2014 et 2025, selon son étude.

Cette somme serait attribuable principalement à la mortalité chronique à long terme.

PM2,5: 20 fois plus élevé que le seuil de l’OMS

L’analyse de l’Institut climatique du Canada s’est notamment penchée sur les PM2,5, des particules fines polluantes liées à plusieurs problèmes de santé.

«Nous avons rassemblé des données de mesure horaires et quotidiennes des PM2,5, couvrant une période de 12 ans à compter de 2014» et «cela nous a permis d’isoler les épisodes de fumée liés aux feux de forêt des niveaux de pollution atmosphérique de fond habituels et d’estimer l’exposition de la population dans 81 régions sociosanitaires réparties dans toutes les provinces et tous les territoires, couvrant ainsi la majeure partie de la population canadienne», a souligné l’auteur de l’analyse, l’économiste David Sawyer.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande une concentration moyenne annuelle stricte de 5 μ g/m³ (microgrammes par mètre cube d’air) pour les particules fines PM2,5.

Mercredi après-midi, la concentration de PM2,5 à Montréal était de 16,8 μ g/m³, plus de 3 fois la valeur suggérée par l’OMS.

À Toronto, la concentration de PM2,5 était de 79,8 µg/m³, 20 fois plus élevée que la recommandation de l’OMS.

Des perspectives inquiétantes

Les résultats de l’analyse de l’Institut climatique du Canada sont concordants avec «ce que l’on connaît du fardeau à long terme d’une exposition répétée, cumulée aux particules nocives, particulièrement les PM2,5», a commenté la Dre Claudel Pétrin-Desrosiers, présidente de l’Association québécoise des médecins pour l’environnement (AQME).

Ces particules «provoquent ou aggravent le risque de plusieurs types de maladies et la dégénérescence des cellules de plusieurs organes», a précisé celle qui est médecin de famille au CLSC de Hochelaga-Maisonneuve.

«Quand on additionne des événements météorologiques extrêmes, on pourrait vivre de façon concomitante des épisodes de très mauvaise qualité de l’air liés à des feux de forêt et des épisodes de canicules, puis on pourrait se retrouver avec un double fardeau, un double stresseur sur la santé des gens.»

Cette perspective, malheureusement bien réelle en raison des changements climatiques, «est quelque chose qui, personnellement,  me préoccupe, mais c’est facile de deviner que ça va arriver prochainement», affirme la médecin de la famille.

Stéphane Blais

Stéphane Blais

Journaliste