Alors que les feux de forêt continuent de ravager certaines régions d’Europe, notamment l’une des plus grandes forêts plantées du continent, près de Bordeaux, les chercheurs spécialisés dans ce domaine affirment que ces incendies recèlent des leçons importantes pour le Canada.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
La chaleur extrême causée par les changements climatiques demeure le principal facteur à l’origine des saisons des feux de forêt de plus en plus destructrices que nous connaissons aujourd’hui. Toutefois, dans une entrevue accordée à l’émission CTV Your Morning, Stefan Doerr, directeur du Centre de recherche sur les feux de forêt de l’Université de Swansea, au Pays de Galles, explique que la façon dont les forêts sont plantées et gérées peut également influencer la vitesse à laquelle les feux de forêt se propagent.
Bien que les forêts canadiennes soient très différentes des forêts de plantation, c’est-à-dire des zones boisées plantées artificiellement, que l’on trouve dans certaines régions d’Europe, M. Doerr affirme que les mécanismes scientifiques à l’origine des feux de forêt à propagation rapide sont similaires, citant comme exemple le feu de forêt de Fort McMurray de 2016.
En quoi une forêt plantée par l’homme est-elle différente?
M. Doerr a expliqué que la forêt qui brûle près de Bordeaux n’a pas toujours constitué un peuplement continu de pins.
Il a indiqué que la région était autrefois constituée d’un paysage plus diversifié comprenant des forêts, des landes et des prairies avant d’être convertie en vastes plantations de pins. Cette diversité, a-t-il ajouté, contribuait à limiter la propagation du feu.
«Il y avait une forêt mixte comprenant des landes ainsi que des prairies, ce qui n’aurait pas permis cette propagation extrême du feu que nous avons observée aujourd’hui.»
— Stefan Doerr, directeur du Centre de recherche sur les feux de forêt de l’Université de Swansea
Il a ajouté que le remplacement d’un paysage diversifié par de vastes étendues d’une seule et même espèce d’arbre peut faciliter la propagation des feux à travers la forêt dès que les conditions deviennent chaudes et sèches.
Le lien avec le Canada
Bien que le Canada compte relativement peu de grandes plantations forestières comparativement à l’Europe, M. Doerr a affirmé que le même comportement des feux de forêt peut se produire lorsque les flammes ravagent de vastes étendues d’arbres similaires et hautement inflammables.
«D’un point de vue scientifique, ils sont assez similaires», a-t-il souligné à propos des feux près de Bordeaux et de l’incendie de forêt de Fort McMurray.
Les deux ont donné lieu à des feux de cimes, c’est-à-dire des feux de forêt qui se propagent rapidement à travers la canopée supérieure ou la cime des arbres. Ils se propagent rapidement à travers la cime des arbres. Cependant, M. Doerr a précisé que l’incendie de Fort McMurray a libéré encore plus d’énergie, car les forêts boréales du Canada contiennent d’épaisses couches de matière organique sur le sol forestier.
«À certains égards, l’incendie de McMurray a été plus grave en termes d’énergie libérée pendant l’incendie et de vitesse du front de feu», a-t-il déclaré, ajoutant que ces couches organiques «alimentent les feux, et pas seulement les cimes des arbres».
Pourquoi ces feux sont-ils si difficiles à maîtriser?
M. Doerr a expliqué que les pompiers s’attaquent rarement directement aux flammes une fois qu’un feu de forêt atteint une certaine ampleur.
«Ce qu’on essaie essentiellement de faire, c’est de contenir le feu en retirant une partie de la végétation qui se trouve sur son chemin», a-t-il exprimé.
Les routes, les rivières et d’autres barrières naturelles peuvent ralentir un feu de forêt, mais des vents violents peuvent transporter des braises par-delà ces obstacles et déclencher de nouveaux feux.
Il a ajouté que les vagues de chaleur prolongées rendent la lutte contre les feux encore plus difficile, car la végétation sèche brûle plus rapidement et plus intensément.
Ce que le Canada peut en tirer comme leçon
Le Canada continue d’investir dans le reboisement après des feux de forêt majeurs, mais M. Doerr a soutenu que le simple fait de planter davantage d’arbres ne suffit pas.
«La dernière chose que nous voulons, c’est une monoculture d’arbres de même âge qui peut propager le feu très facilement.»
Il a ajouté que les forêts devraient plutôt comporter un mélange d’espèces et des barrières naturelles afin de réduire les risques de propagation incontrôlée des feux.
«Ce qu’il faut, c’est une forêt mixte comportant de nombreuses barrières, c’est-à-dire des zones où le paysage contient moins de matériaux inflammables», a conseillé l’homme.
Il a précisé que les forêts resteront toujours vulnérables en cas de sécheresse extrême, mais qu’une meilleure planification et des forêts plus diversifiées peuvent atténuer l’intensité des feux de forêt à l’avenir.

