Les élus ont fait leur retour à l’Assemblée nationale cette semaine. Parmi les changements notables au conseil des ministres, on retrouve notamment Kateri Champagne Jourdain, désormais ministre des Ressources naturelles et des Forêts.
Ici, en Mauricie, les blocus forestiers font couler beaucoup d’encre chaque été. En tant que femme autochtone, la ministre entretient toutefois avec le territoire une relation différente de celle de ses prédécesseurs. «Je suis très au fait de ça. Je vais souvent en forêt et j’ai des territoires familiaux. C’est extrêmement important je la comprends cette relation-là», confie-t-elle.
Le retour des blocus ?
La ministre ajoute que son prédécesseur, Jean-François Simard, lui a laissé un ministère en bon état et salue notamment le projet pilote annoncé en mars en Haute-Mauricie.
Ce projet pilote vise à inclure davantage la nation Atikamekw dans la gestion du territoire forestier. Annoncé en mars dernier, il a été jugé historique par les acteurs du milieu. Selon Constant Awashish, grand chef de la nation Atikamekw, malgré les retards par rapport aux dates butoirs qu’il avait imposées au ministère, le projet va bon train :
«Ça a toujours été des éléments qui ont été très importants pour les Atikamekws. Ça fait des années qu’on a déjà identité des lieux et c’est un peu pour ça qu’il y avait des tensions dans le territoire.»
Ces tensions pourraient perdurer cet été malgré le projet pilote, car l’initiative ne fait pas l’unanimité. Dave Pitikwi, chef de territoire et porte-étendard des blocus forestiers, a rappelé sur ses réseaux sociaux qu’aucune activité ne sera tolérée sur le territoire forestier.
Et la foresterie ?
Du côté de l’industrie, au-delà de ce projet pilote, c’est la mise en œuvre des amendements du projet de loi 11 qui est attendue avec impatience. Ces derniers agiraient comme une véritable bouffée d’air frais pour les entreprises.
Marc-André Despins, directeur général de la coopérative forestière du Haut-Saint-Maurice, affirme que la filière va « très très mal » et que le projet doit être entériné avant la fin de la session parlementaire. Kateri Champagne Jourdain soutient que ce dossier est prioritaire ; il devrait permettre à l’industrie d’être plus compétitive et de s’inspirer des pratiques ontariennes. Cela soutiendra le milieu forestier, qui compte plus de 60 000 emplois au Québec.
L’objectif, à terme, serait de diminuer le coût de la fibre et d’éviter la fermeture d’autres scieries, ce qui entraînerait des pertes d’emploi dans la région.
Projet de loi 11 : la solution à tous les problèmes ?
Pour Louis Dupuis, économiste ayant longtemps évolué dans le domaine, le projet de loi 11 n’est peut-être pas la panacée vendue par le gouvernement provincial. Selon lui, le gouvernement n’aurait pas «la légitimité de procéder de cette façon», particulièrement après la débâcle du projet de loi 97. L’économiste ajoute que la tenue d’états généraux et de consultations publiques constituerait la première étape vers une véritable restructuration de l’industrie.
«Ça ne nous rend pas vraiment plus compétitif au niveau de nos exportations de bois d’œuvre sur le marché américain. Ça n’empêchera pas le président Trump de rajouter des tarifs», conclut-il.
