Des chercheurs montréalais ont développé un logiciel libre d’accès qui combine drones et intelligence artificielle pour étudier les forêts tropicales d’Amérique centrale, dans le but de les protéger face aux changements climatiques.
Le logiciel Harpia permet de cartographier en une journée, ce qui aurait pris auparavant des mois d’efforts sur le terrain.
«Mais ce n’est pas juste une question d’économiser du temps, ça nous permet de réaliser des choses qui étaient impossibles à faire avant», a expliqué le chercheur Étienne Laliberté, rejoint dans un centre de recherche sur l’île Barro Colorado, au Panama.
Avec Harpia, un seul opérateur de drone peut prendre en photo entre 300 et 1000 canopées d’arbres individuellement par jour et couvrir jusqu’à 2800 hectares à partir d’un seul point de lancement.
Lorsque La Presse Canadienne a rejoint le professeur Laliberté, il était dans la forêt tropicale en train d’installer un système électrique qui permettra aux drones d’être autonomes.
Son équipe de recherche pourra donc, à partir de Montréal, commander des missions aux drones autonomes.
«On a un genre de caisse qui s’ouvre et se ferme de façon indépendante pour permettre aux drones de sortir et faire leur travail», a expliqué celui qui est professeur à l’Université de Montréal et à Mila, l’Institut québécois d’intelligence artificielle.
Les images obtenues par Harpia fournissent un niveau de détail visuel exceptionnel et permettent d’analyser les feuilles et les fleurs avec une précision inédite.
«Ce qui nous inquiète en ce moment, c’est l’arrivée d’un méga El Niño. On prévoit une saison très sèche et on ne connaît pas l’impact que ça aura sur les arbres», a expliqué Étienne Laliberté en précisant qu’Harpia permettra «d’étudier la réaction des arbres à partir des airs», en temps réel, ce qui serait impossible de faire à partir du sol.
Harpia permet d’examiner la manière dont les forêts et les arbres réagissent aux stress environnementaux, comme les sécheresses ou les vagues de chaleur et autres aléas climatiques.
«Ça nous permet de comprendre quelles sont les espèces qui sont bien adaptées» au changement climatique et quelles sont celles «qui vont mal résister», alors on peut ensuite «mieux planifier, par exemple, des projets de reforestation ou de restauration».
Gratuit et accessible
Le logiciel Harpia est libre d’accès (open source), ce qui signifie que les communautés locales et les travailleurs de la conservation peuvent l’utiliser.
«Une étudiante m’a contacté récemment pour me dire qu’elle l’utilisait dans le Grand Nord canadien pour étudier comment la végétation répond à la fonte du pergélisol», a indiqué Étienne Laliberté.
Le terme Harpia fait référence à la harpie féroce, ou harpia harpyja, qui est le plus grand rapace de la forêt tropicale.
Il vit dans la strate supérieure de la canopée.
«C’est un aigle qui a une excellente vision» et qui «observe la canopée avec beaucoup de détails» comme «notre logiciel», a expliqué le professeur Laliberté.
Le système conçu à Montréal a été testé sur le terrain au Panama, en Équateur et au Brésil et a permis de photographier plus de 24 000 arbres pour entraîner des outils de reconnaissance d’images.

