Environnement

Feux de forêt: les agriculteurs de la Colombie-Britannique subissent des pertes

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Un coucher de soleil enfumé au-dessus des pommiers, à Braden Hill Orchard & Farm, à Summerland, en Colombie-Britannique. LA PRESSE CANADIENNE/Photo fournie par Ella Braden (mention obligatoire) Un coucher de soleil enfumé au-dessus des pommiers, à Braden Hill Orchard & Farm, à Summerland, en Colombie-Britannique. LA PRESSE CANADIENNE/Photo fournie par Ella Braden (mention obligatoire) (Photo fournie par Ella Braden)

Ella Braden, propriétaire de Braden Hill Orchard & Farm, raconte qu’elle était en vacances lorsque les feux de forêt ont ravagé Summerland, en Colombie-Britannique.

Elle a dû contacter des amis pour qu’ils sécurisent la ferme. Ceux-ci ont donné à son troupeau de poulets et de canards les meilleures chances de survie en leur laissant beaucoup d’eau et en ouvrant une porte arrière afin qu’ils puissent s’échapper si nécessaire. Ses amis ont également coupé le système d’irrigation, fermé les fenêtres et mis à l’abri le lapin de compagnie de sa fille.

«Depuis, nous ne savons pas ce qu’il advient de la ferme et je pense que c’est là le plus grand défi pour la plupart des habitants de Summerland: le district régional accorde la priorité à la vie humaine et à la sécurité, comme il se doit, mais c’est tellement difficile de rester dans l’ignorance», explique Mme Braden lors d’une entrevue.

Une épaisse couche de fumée s’est installée au-dessus de la ville voisine de Penticton, dérivant vers le sud depuis Summerland, où l’incendie de Bald Range a contraint des milliers de personnes à fuir la fin de semaine dernière. Les incendies nuisent aux récoltes et aux résultats financiers des exploitations agricoles, des domaines viticoles et des autres producteurs de la région.

Une centaine d’incendies font rage à travers la Colombie-Britannique, dont environ la moitié ne sont pas maîtrisés. L’incendie de Bald Range, qui s’est déclaré vendredi, s’est depuis étendu sur 191 kilomètres carrés.

Braden Hill Orchard & Farm est un verger et un jardin maraîcher de cinq acres où l’on cultive des pommes, des fruits à chair tendre, des baies et bien d’autres produits. Les produits sont vendus sur les marchés fermiers de Penticton et de Summerland, dans une épicerie bio locale, ainsi que par le biais de commandes en gros. La ferme élève également des animaux, notamment des poulets, des canards et des dindes.

Depuis l’évacuation de vendredi, Mme Braden a été contactée par une association de protection des animaux disposant d’un permis d’accès temporaire pour vérifier l’état des poulets et des canards. À ce moment-là, le troupeau était sain et sauf et la propriété n’avait pas subi de dégâts, mais on ne peut pas en dire autant des cultures.

«Nous allons perdre une grande partie de nos cultures annuelles, car nous ne pouvons pas irriguer pour le moment», rapporte Mme Braden.

Les cultures vivaces privilégiées

«Les cultures vivaces s’en sortiront probablement, mais le choc psychologique de savoir que ces cultures n’ont pas été détruites par l’incendie, mais qu’elles vont mourir lentement parce que nous ne pouvons pas entretenir nos terres, est très difficile à supporter.»

Les plantes vivaces sont celles qui n’ont pas besoin d’être replantées chaque année et qui peuvent produire une récolte sur une plus longue période.

«Je suis sûre que beaucoup de plantes seront fanées et desséchées à mon retour», avance-t-elle.

Mme Braden et sa famille sont actuellement hébergées chez ses parents, au sud de la frontière, dans l’État de Washington.

Elle estime que la moitié de son revenu annuel provient de la vente de fruits entre la deuxième quinzaine d’août et octobre. L’incendie va certainement peser sur les résultats financiers de son exploitation, mais l’ampleur exacte de l’impact financier n’est pas encore claire.

«Il y aura des récoltes que je ne pourrai pas stocker; je ne sais pas en quelle quantité, mais cela pourrait représenter jusqu’à la moitié de mes revenus, car je ne peux pas m’occuper ni arroser les cultures d’hiver, qui représentent environ un quart de mes revenus. Et je parie que mes cultures de carottes et de betteraves font actuellement le bonheur des rongeurs», indique-t-elle.

À la suite de l’incendie, Mme Braden a dû licencier pour une durée indéterminée un employé à temps partiel.

Les incendies de forêt étant de plus en plus fréquents ces dernières années, Mme Braden a déjà commencé à se tourner vers des cultures vivaces, comme la rhubarbe, les asperges, le raisin et les baies, qui sont «des cultures qui, même si je ne peux pas accéder à la propriété pour les irriguer, se porteront bien l’année prochaine».

«Je vais perdre la récolte de cette année, mais tout ira bien l’année prochaine», confie-t-elle.

De nombreuses exploitations touchées

La ministre de l’Agriculture de la Colombie-Britannique, Lana Popham, a déclaré mardi lors d’un point presse que la situation était urgente pour les fruiticulteurs et les viticulteurs.

«La fumée affecte sans aucun doute les cultures, comme la suie», a-t-elle dit.

«C’est actuellement la saison des pêches dans l’Okanagan et les agriculteurs qui ont travaillé toute l’année pour obtenir cette récolte se voient désormais empêchés d’accéder à leurs vergers… Ils ont le cœur brisé de voir leurs cultures pourrir dans les vergers.»

Mme Popham a précisé que 269 exploitations agricoles enregistrées ont été touchées par les feux de forêt.

Keenan Thrussell, vigneron à Sage Hills Winery, dit avoir été évacué vendredi soir alors que l’incendie de Summerland se dirigeait vers le domaine.

«Il pleuvait littéralement des branches ambrées et des morceaux d’écorce. Je n’avais jamais vu ça auparavant», rapporte-t-il.

M. Thrussell explique que lorsque la fumée persiste, les sucres commencent à se développer dans les raisins, ce qui donne des «vins assez fumés». Il ajoute que la cave a déjà connu des saisons fumées, notamment en 2021 et en 2023.

«Au fil des ans, j’ai vraiment appris que ce qu’on peut faire, c’est éviter de produire des vins rouges, et se concentrer plutôt sur les vins blancs, en séparant le jus des peaux et des raisins le plus rapidement possible», détaille M. Thrussell.

Bien que les raisins imprégnés de fumée puissent être réutilisés, M. Thrussell souligne qu’il n’y a aucun moyen de compenser la perte de revenus touristiques.

«Toute la région de l’Okanagan dépend vraiment du tourisme, et août et septembre sont généralement nos mois les plus achalandés à la salle de dégustation; ce sont ces mois-là qui nous permettent de passer l’hiver», explique-t-il.

Il estime qu’environ 75 % des revenus annuels de la cave proviennent du tourisme, qui a connu un déclin «considérable» au cours des cinq dernières années en raison des feux de forêt.

«Je ne pense pas que les touristes reviendront dans l’Okanagan de sitôt. Et cela va vraiment nous nuire», constate M. Thrussell.

Sukhpaul Bal, membre du conseil d’administration du Conseil agricole de la Colombie-Britannique, précise que les dommages subis par les fermes sont très variables, certaines étant relativement épargnées tandis que d’autres ont été «complètement détruites».

Mike Dickinson, exploitant de Dickinson Family Farms, situé à Summerland, en Colombie-Britannique, témoigne que son père, Dwane, était propriétaire de cette exploitation depuis environ 60 ans et qu’elle n’a jamais été touchée par des feux de forêt auparavant.

Il explique que, lorsqu’il a pris conscience de la présence des feux de forêt, ceux-ci étaient «assez loin» et qu’il ne s’inquiétait pas.

«Puis, quelques heures plus tard, je les ai vus arriver par-dessus la colline; c’est là que j’ai vraiment commencé à m’inquiéter», rapporte-t-il.

M. Dickinson a décidé de rassembler quelques-unes de ses affaires et de partir vendredi soir. Il s’est rendu en voiture à Penticton et a passé la nuit dans le stationnement d’un magasin Canadian Tire. Il a pu retourner temporairement sur la propriété samedi et a estimé que le feu s’était approché à moins de 500 mètres de celle-ci.

Comme sa ferme est un verger de cerisiers et que la saison des récoltes est terminée, M. Dickinson estime que son exploitation n’a subi aucun préjudice financier significatif.

Quant à Mme Braden, elle ne doute pas que les feux de forêt continueront de poser problème.

«Il y aura davantage de feux de forêt à l’avenir; ils seront plus vastes et plus intenses», conclut-elle.

Daniel Johnson, La Presse Canadienne