PENTICTON — Frustrés par les feux de forêt, les habitants évacués de Summerland, en Colombie-Britannique, affirment se tourner vers des sources d'information alternatives pour pallier le manque de communication officielle, malgré les mises en garde des autorités contre les risques de désinformation.
Ils consultent notamment des photos et des vidéos publiées en ligne par des personnes restées sur place, dont un cycliste à vélo électrique qui circule dans des rues désertes et apparemment intactes.
Kerry Gold, une résidente, explique que ces vidéos lui apportent du réconfort, et estime que la plupart des gens ne s'intéressent pas aux «théories du complot», mais souhaitent simplement des informations fiables sur l'impact de cet incendie meurtrier qui a forcé quelque 20 000 personnes à quitter leurs maisons sur la rive ouest du lac Okanagan, dans le sud de la Colombie-Britannique.
Erick Thompson, directeur principal des communications du district régional d'Okanagan-Similkameen, a reconnu cette frustration.
Il espère se rendre lui-même au centre-ville de Summerland afin de montrer aux résidents ce qui s'y trouve.
M. Thompson, dont les mises à jour en direct sur la situation ont été très appréciées des résidents, indique avoir demandé l'autorisation d'accéder à la zone d'évacuation de Summerland, où vivaient jusqu'à tout récemment 12 000 personnes.
«Mon objectif aujourd'hui, pour lequel j'ai fait une demande, est de savoir s'il est possible que je me rende en toute sécurité avec un membre de notre équipe, avec la préparation adéquate, les précautions nécessaires et l'équipement de protection individuelle requis (…) au centre-ville de Summerland, a-t-il dit mardi lors de sa diffusion en direct. Juste sur la rue principale, y aller rapidement, filmer, enregistrer des images du centre-ville, puis parler un peu plus des plans de réintégration.»
Le gouvernement provincial a expliqué que les dommages matériels causés par l'incendie de Bald Range sont importants, le feu ayant détruit de nombreuses maisons et ravagé la majeure partie de la petite communauté de Faulder. Cependant, les évaluations officielles des dommages n'ont pas encore eu lieu en raison des conditions dangereuses.
Mme Gold a expliqué que le cycliste à vélo électrique, dont les vidéos simples le montrent sillonnant les rues enfumées de Summerland, parfois derrière des équipes de protection des bâtiments, «redonne tellement confiance».
«Moi qui étais dans le noir, sans savoir si ma maison avait survécu, je suis soulagée de le voir filmer ces rues», a-t-elle ajouté.
Le cycliste n'a pas immédiatement répondu à notre demande d'entrevue.
Mme Gold a estimé qu'il était contre-productif que les autorités «nous réprimandent publiquement pour avoir diffusé de la désinformation» sur les médias sociaux.
«Bien sûr, il y a toujours des illuminés qui répandent des théories du complot complètement farfelues, mais la plupart des gens ne le font pas. La plupart des gens partagent simplement des informations tout à fait valables.»
La ministre de la Gestion des urgences, Kelly Green, a expliqué mardi lors d'un point de presse que le manque d'informations était en partie dû à la volonté de «contacter les gens de manière responsable».
«Je ne voudrais pas que quelqu'un apprenne la destruction de sa maison à la télévision ou sur les réseaux sociaux», a-t-elle dit, ajoutant qu'il incombait aux autorités locales de procéder rapidement à une évaluation des dommages dès que la situation le permettrait.
Des renforts sont arrivés mardi dans la lutte contre l'incendie de Bald Range qui menace Summerland.
Une centaine de pompiers mexicains en renfort
Hugh Murdoch, du Service de lutte contre les feux de forêt de la Colombie-Britannique, avait annoncé lors d’un point de presse précédent que 100 pompiers mexicains arriveraient pour prêter main-forte à la lutte contre l’incendie qui a fait une victime et causé d’importants dégâts en se dirigeant vers Summerland. Le service a confirmé que les pompiers étaient sur place mardi.
Leur arrivée porte à 193 le nombre de pompiers luttant contre l'incendie de Bald Range. Le service a indiqué que l'amélioration des conditions météorologiques durant la nuit avait contribué à l'intensification de l'activité du feu.
Cliff Chapman, directeur des opérations de lutte contre les feux de forêt au sein du service, a expliqué mardi lors d'un point de presse provincial sur les incendies et la sécheresse, que les conditions étaient si sèches durant la nuit que, même sans vent important, «nous étions confrontés à des conditions extrêmement difficiles».
Cela concernait également d'autres régions du sud de la Colombie-Britannique, a précisé M. Chapman, comme le complexe d'incendies de Brunswick, près de Merritt, qui s'est étendu vers l'est en direction de l'autoroute Coquihalla. Une alerte d'évacuation est désormais en vigueur sur cet axe routier majeur reliant la région du Lower Mainland.
M. Murdoch avait dit plus tôt que les équipes étaient confrontées à une tâche colossale avec l'incendie de Bald Range, qui avait atteint 178 kilomètres carrés mardi, mais il s'est dit confiant quant à l'effectif adéquat.
«C'est un véritable combat pour les équipes», a-t-il affirmé, évoquant le terrain escarpé et les fortes chaleurs, ainsi que les projections d'étincelles qui déclenchaient des foyers au-delà du périmètre de l'incendie, limitant les possibilités d'attaque directe.
La sécheresse de la région représente également un défi. Interrogé sur la possibilité d'un incendie criminel ou de l'utilisation d'un accélérant pour déclencher le brasier, M. Murdoch a indiqué que la végétation forestière «ne peut pas être plus sèche».
«Dame Nature a fourni tout l'accélérant nécessaire», a-t-il dit.
La GRC a par ailleurs ouvert une enquête criminelle sur les causes de l'incendie qui s'est déclaré vendredi et a causé la mort d'une femme de 80 ans dans le secteur de Meadow Valley, à l'ouest de Summerland, alors qu'elle tentait de fuir.
Le maire de Summerland, Doug Holmes, a expliqué lundi lors du point de presse que les résidents de la communauté ne rentreraient pas chez eux de sitôt, mais qu'ils devaient se préparer à ce qui les attend dans la zone d'évacuation.
Une centaine d'incendies font rage en Colombie-Britannique, dont environ la moitié sont hors de contrôle.
La Presse Canadienne