Environnement

Des experts réfutent les critiques de Trump concernant la réponse du Canada aux feux de forêt

«Le Canada ne peut rien faire face à ces feux de forêt majeurs qui font voyager la fumée sur des milliers de kilomètres.»

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Des personnes admirent le coucher de soleil au Burnaby Mountain Park, tandis que la fumée des feux de forêt qui font rage au Canada et aux États-Unis commence à envahir la région, à Burnaby, en Colombie-Britannique, le mardi 21 juillet 2026. Des personnes admirent le coucher de soleil au Burnaby Mountain Park, tandis que la fumée des feux de forêt qui font rage au Canada et aux États-Unis commence à envahir la région, à Burnaby, en Colombie-Britannique, le mardi 21 juillet 2026. Crédit image | (DARRYL DYCK/THE CANADIAN PRESS)

L’affirmation du président américain Donald Trump selon laquelle le Canada ne gère pas correctement ses forêts et que le coût de la fumée des feux de forêt qui dérive vers le sud devrait être ajouté aux droits de douane sur les produits canadiens a relancé le débat sur la question de savoir si davantage pourrait être fait pour prévenir ces incendies gigantesques qui ont recouvert de fumée certaines régions de l’Amérique du Nord.

Mais les experts en feux de forêt affirment que la réponse est bien plus complexe.

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.

«En bref, le Canada ne peut rien faire face à ces feux de forêt majeurs qui font voyager la fumée sur des milliers de kilomètres», a avancé Anabela Bonada, directrice générale des sciences climatiques à l’Intact Centre on Climate Adaptation de l’Université de Waterloo.

M. Trump a lancé en juillet que les États-Unis étaient «envahis par un air sale, pollué et malsain» parce que le Canada «n’entretenait pas correctement» ses forêts et ses broussailles.

Ses commentaires faisaient écho aux critiques de plusieurs députés républicains américains, qui accusaient le Canada de ne pas en faire assez pour empêcher la fumée des feux de forêt de traverser la frontière. Ils ont réclamé davantage d’éclaircissements forestiers, de brûlages dirigés et d’autres mesures visant à réduire le risque de grands incendies.

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Les feux prennent naissance «au milieu de nulle part»

Selon Mme Bonada, ces suggestions ne tiennent pas compte de la réalité des lieux où se produisent bon nombre des plus grands feux de forêt au Canada.

«Pour nous, ils se trouvent au milieu de nulle part; nous n’avons donc pas de routes qui y mènent», a-t-elle expliqué.

La forêt boréale, où brûlaient bon nombre des feux à l’origine de la fumée qui a affecté les États-Unis, dépend également des feux de forêt dans le cadre de son cycle de vie naturel, a rapporté Mme Bonada, les feux contribuant à régénérer l’écosystème en libérant les graines et en dégageant la végétation.

«Il s’agit d’un processus naturel de nos forêts. Ce qui change réellement ici, c’est qu’avec les changements climatiques, les saisons des feux de forêt sont plus longues », a-t-elle ajouté. «Il y a davantage de végétation sèche au sol. Nous connaissons davantage de journées chaudes, sèches et venteuses qui favorisent la propagation des feux.»

Sarah Styler, professeure agrégée de chimie environnementale au Département de chimie et de biologie chimique de l’Université McMaster, a mentionné que la fumée provenant de grands feux de forêt diffère de la pollution produite par une usine ou d’autres sources ponctuelles.

«Le problème avec la pollution atmosphérique, c’est justement qu’elle se propage au gré des vents dominants; ainsi, les émissions provenant d’un pays ne s’arrêtent pas simplement lorsqu’elles atteignent une frontière terrestre», a-t-elle précisé.

La réglementation gouvernementale est «irréaliste»

Mme Styler a expliqué que les problèmes antérieurs de pollution transfrontalière, comme les pluies acides, étaient liés à des émissions industrielles identifiables que les gouvernements pouvaient réglementer. Les feux de forêt sont différents.

«La majorité de ces émissions proviennent de la combustion du sol forestier et de la tourbe qui se trouve en dessous», a-t-elle souligné, ajoutant que la forêt boréale et les tourbières du Canada s’étendent sur de vastes zones, plutôt que sur un seul endroit où les émissions peuvent être contrôlées.

Les tourbières restent généralement humides et constituent d’importants réservoirs de carbone, mais des conditions plus chaudes et plus sèches facilitent leur combustion, d’après la professeure Sarah Styler.

Selon une nouvelle étude de l’Université McMaster, la majeure partie du carbone libéré lors de la saison record de feux de forêt de 2023 au Canada provenait de la combustion du sol et de la tourbe, et non des arbres.

Anabela Bonada a indiqué que l’éclaircissage des forêts et les brûlages dirigés demeurent des outils importants de gestion des feux de forêt, en particulier autour des collectivités où ils peuvent réduire la charge combustible et contribuer à protéger les résidences.

Le Canada utilise ces pratiques depuis des années, a-t-elle précisé, tandis que les communautés autochtones pratiquent depuis longtemps les brûlages culturels.

Mais appliquer ces techniques à de vastes étendues de forêt boréale isolées n’est pas réaliste.

«Là où se trouve la forêt boréale, là où se situent ces vastes étendues de territoire, nous ne pouvons pas vraiment aller y procéder à un éclaircissement. Cela prendrait des dizaines d’années, cela coûterait des millions de dollars, voire plus», a-t-elle mentionné, soulignant que la fumée des feux de forêt ne respecte pas les frontières internationales.

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Les États-Unis ont eux-mêmes connu des saisons de feux de forêt dévastatrices, la fumée des incendies américains se propageant jusqu’au Canada. En 2023, la fumée des feux de forêt canadiens a également traversé l’Atlantique pour atteindre l’Europe.

«Les feux de forêt, la fumée, les changements climatiques : ils ne respectent pas ces frontières politiques que les humains ont établies», a lancé Anabela Bonada.

Les deux expertes ont indiqué que s’attaquer à la cause sous-jacente signifie lutter contre les changements climatiques.

«Le facteur dominant à l’origine de tout cela est, de manière générale, les changements climatiques», a soutenu Mme Styler. «Nous sommes donc simplement confrontés à davantage de conditions météorologiques propices aux feux. Les feux sont plus fréquents. Ils sont plus intenses.»

Mme Bonada a ajouté que les gouvernements doivent également aider les collectivités à s’adapter à des étés de plus en plus enfumés.

Elle a rapporté que les propriétaires peuvent réduire le risque d’incendie de forêt en débroussaillant la végétation sèche et en retirant les matériaux combustibles autour de leur propriété, tandis que la population peut réduire son exposition à la fumée en améliorant la filtration de l’air intérieur, en gardant les fenêtres fermées lors d’épisodes de forte fumée et en limitant les activités à l’extérieur.

«La priorité absolue, c’est que nous réduisions toutes nos émissions, et cela vaut également pour les États-Unis», a-t-elle dit. «Mais comme nous nous attendons à des étés enfumés, nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour nous protéger et protéger les personnes qui vivent chez nous.»

Tammy Ibrahimpoor

Tammy Ibrahimpoor

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National Digital Producer, CTVNews.ca