Environnement

Des changements climatiques qui coûtent des milliards aux villes: il existe une solution, selon des experts

Un rapport a révélé qu’investir dans la résilience climatique des infrastructures pourrait faire économiser des milliards de dollars chaque année aux villes canadiennes.

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Un rapport a révélé qu’investir dans la résilience climatique des infrastructures pourrait faire économiser des milliards de dollars chaque année aux villes canadiennes. (Noovo Info)

Une autoroute de l’Ontario, la route 402, à l’est de Windsor, a dû être fermée la semaine dernière, car la chaleur extrême a provoqué son gauchissement et sa dilatation pour la deuxième année consécutive — tandis que l’un des principaux services de transport en commun de l’Ontario, GO Transit, a annoncé qu’il allait devoir ralentir ses trains en cas de chaleur extrême en raison du risque de gauchissement des voies.

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.

Ce ne sont là que quelques exemples de villes qui doivent réagir pour atténuer ou réparer les dommages causés par les changements climatiques, à moins qu’elles ne commencent à investir dans la protection de leurs infrastructures contre les effets du climat, affirment les experts en climatologie.

«Le niveau de chaleur auquel nous sommes actuellement confrontés et la fréquence à laquelle nous observons de telles températures […] dépassent ce pour quoi les infrastructures ont été conçues», a affirmé Ryan Ness, directeur de l’adaptation à l’Institut climatique du Canada, lors d’une entrevue accordée samedi à CTV News.

«L’acier, le béton et l’asphalte se dilatent et se contractent plus souvent qu’auparavant. Ils atteignent des températures pour lesquelles ils n’ont pas été conçus, ce qui entraîne soit des dommages catastrophiques, comme le soulèvement que nous avons observé sur l’autoroute 402, soit des dommages chroniques à plus long terme : des nids-de-poule qui se détériorent, des ponts qui se dégradent et qui nécessitent un entretien plus fréquent.»

Un rapport publié plus tôt cette année par l’Institut climatique du Canada, intitulé «Prévenir ou réparer: la preuve qu’adapter les infrastructures publiques aux changements climatiques rapporte gros», a révélé qu’investir dans la résilience climatique des infrastructures pourrait faire économiser des milliards de dollars chaque année aux villes canadiennes.

Le rapport estime qu’au cours des 75 prochaines années, le Canada devra débourser en moyenne environ 15,1 milliards de dollars par année pour entretenir, renouveler et réparer de manière réactive ses infrastructures; toutefois, si le Canada consacrait environ 4,1 milliards de dollars à l’adaptation proactive de ses infrastructures afin de les rendre résilientes au climat, les coûts liés aux dommages causés par les changements climatiques pourraient être réduits à 2,5 milliards de dollars par année.

Le coût total de cet investissement de 4,1 milliards de dollars, ajouté aux 2,5 milliards de dollars de réparations, signifie que le Canada pourrait économiser 8,6 milliards de dollars par année, selon le rapport.

M. Ness affirme que les routes sont la première priorité à laquelle les gouvernements devraient s’attaquer, en profitant des travaux d’entretien pour réparer la chaussée avec de l’asphalte résistant à la chaleur.

«Les routes constituent de loin le type d’infrastructure le plus coûteux et le plus précieux au Canada, simplement parce qu’elles sont très nombreuses — et elles jouent un rôle crucial non seulement pour la mobilité des personnes, mais aussi pour le transport des marchandises — ainsi que pour le fonctionnement de l’économie de ce pays», a déclaré M. Ness.

«Les défaillances liées à la chaleur — qu’elles soient spectaculaires et entraînent la fermeture complète des routes ou qu’elles se traduisent simplement par davantage de retards dans les travaux de construction — vont ralentir l’ensemble de notre économie.»

M. Ness estime également que le principal obstacle empêchant les gouvernements d’investir dans des infrastructures résilientes face aux changements climatiques réside dans les barrières entre les différents paliers de gouvernement et dans le financement dont disposent les administrations municipales.

«L’un des défis réside dans le fait qu’une grande partie des infrastructures publiques du Canada — nos routes, nos égouts, nos ponts — appartient aux administrations municipales, qui sont celles qui disposent des capacités les plus limitées en matière de génération de revenus et de perception d’impôts.»

—  Ryan Ness, directeur de l’adaptation à l’Institut climatique du Canada

«Elles ont donc souvent du mal à simplement entretenir les infrastructures dont elles disposent. Elles ont besoin à la fois de plus de financement et de nouveaux pouvoirs pour générer des revenus, afin de réunir les fonds nécessaires à ce genre d’investissements visant à réparer les infrastructures existantes et à les rendre plus résilientes.»

Les experts en climatologie ajoutent également que ce ne sont pas seulement les infrastructures qui doivent être modifiées pour permettre aux villes de s’adapter aux changements climatiques, mais que les collectivités, les politiques et les lois doivent également évoluer afin de soutenir les résidents lors des vagues de chaleur extrême.

«Le premier point concerne notre température intérieure maximale», a expliqué Anabela Bonada, du Centre pour l’adaptation au climat de l’Université de Waterloo.

«Santé Canada vient de publier un document d’orientation indiquant que la température intérieure maximale absolue devrait être de 26 °C. La plupart des décès et des maladies liés aux vagues de chaleur extrême surviennent à l’intérieur; il est donc essentiel que les municipalités adoptent des règlements obligeant les propriétaires à garantir une température intérieure minimale de 26 °C.»

Mme Bonada précise que la deuxième priorité consiste à créer davantage d’espaces verts, et non pas seulement à entretenir ceux qui existent déjà dans les villes canadiennes.

«Les quartiers aisés en comptent davantage… mais nous en avons besoin dans tous les secteurs de la ville», a ajouté Mme Bonada. «Ainsi, là où il y a beaucoup de stationnements, il serait bon d’en surélever certains et de veiller à y ajouter des arbres, car ceux-ci peuvent réellement contribuer à réduire la température ambiante de deux à 15 °C.»