Environnement

Carney défend son bilan environnemental en pleine saison d'incendies de forêt

«Nous avons trop compté sur des cibles, des lois qui n’entraînaient pas les investissements qui sont nécessaires pour réduire nos émissions. Alors, nous avons changé notre point de focalisation.»

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Le premier ministre Mark Carney durant un point de presse suivant une visite dans les installations de General Dynamics à London, en Ontario, le 16 juillet 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Nicole Osborne Le premier ministre Mark Carney durant un point de presse suivant une visite dans les installations de General Dynamics à London, en Ontario, le 16 juillet 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Nicole Osborne (NEO)

OTTAWA — Le premier ministre Mark Carney justifie ses reculs sur plusieurs politiques du gouvernement canadien qui visaient à réduire les émissions de gaz à effet de serre, en prédisant que les décisions qu'il a prises attireront les investissements requis pour une diminution.

«Nous avons trop compté sur des cibles, des lois qui n'entraînaient pas les investissements qui sont nécessaires pour réduire nos émissions. Alors, nous avons changé notre point de focalisation», a-t-il dit jeudi au cours d'un point de presse à London, en Ontario.

Il répondait en anglais à une question qui lui était posée dans cette langue et dont le préambule soulignait les incendies de forêt qui sévissent dans le nord de l'Ontario.

M. Carney a détricoté plusieurs jalons du plan environnemental qui avait été mis en place par son prédécesseur, Justin Trudeau, ce qui a notamment poussé l'ex-ministre de l'Environnement Steven Guilbeault à annoncer son départ de la vie politique.

Parmi les reculs, on retrouve de nouveaux assouplissements dans une mesure phare, la tarification fédérale du carbone, et ce, dans le but de favoriser un projet de pipeline visant à acheminer du pétrole de l'Alberta vers le Pacifique.

Après l'abandon complet du premier volet de la tarification du carbone, celui visant les consommateurs, une brèche a été faite dans le deuxième pan de la politique, soit celui visant les industries.

Dans le cadre d'une entente avec le gouvernement albertain, le prix industriel a été fixé à 130 $ la tonne d’ici 2040 plutôt que 170 $. La tarification fédérale ne s'applique pas en Alberta, du moment où Ottawa considère que le régime provincial va assez loin.

M. Carney a fait écho jeudi à ce que le fédéral répète depuis mai pour se défendre de ce rétropédalage, soit que les crédits de carbone sont en fait échangés à plus bas prix sur le marché.

Ainsi, l’Alberta et le fédéral se sont mis d’accord pour établir un prix plancher de 110 $ la tonne en 2040 que le marché sera tenu de respecter, ce qu'Ottawa présente comme une «police d’assurance». Cet ajustement signifiera une forme de «compensation» pour les autres provinces, a signalé M. Carney en précisant que cela exclut le Québec puisqu'il a son marché du carbone avec la Californie.

Une analyse de l'Institut climatique du Canada suggère qu’il y aura probablement une offre excédentaire de crédits à bas prix après 2030. Selon l'organisation, les producteurs pourront facilement dépasser leurs objectifs d’émissions jusqu’à cette date et se constituer une réserve de crédits grâce à une souplesse au niveau de ce qui est appelé le «taux de resserrement», qui définit la quantité d’émissions que les industries sont autorisées à produire dans le cadre du système de tarification du carbone de l’Alberta.

Le premier ministre a aussi sous-entendu jeudi que l'atteinte des cibles climatiques du Canada en vertu de l'accord de Paris était déjà bien difficile sans les changements qu'il a apportés.

«Notre gouvernement a reçu les résultats de l'ancien gouvernement», a-t-il dit en français.

«Je viens d'arriver avec une situation où on a des cibles importantes. On a des règles et des lois et des conflits avec les provinces et pas assez d'investissements dans les réductions de gaz à effet de serre», a poursuivi celui qui a succédé à M. Trudeau il y a plus d'un an.

Comme il le fait à chaque fois qu'il est questionné sur l'accroissement de la production de pétrole qu'apporterait un nouveau pipeline, M. Carney a souligné que la réalisation du projet de l'Alberta est conditionnelle à celle d’une initiative de captage et de stockage de carbone connue comme étant Pathways.

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, interpellé sur les propos du premier ministre durant son propre point de presse à Saint-Hyacinthe, a pourfendu le bilan de ce dernier.

«Si le premier ministre est sérieux dans sa préoccupation de faire autre chose que de mettre le blâme sur Justin Trudeau (…), il va suspendre sa folie pétrolière et il va remettre en place les mesures de protection du climat parce que la sécurité, la santé et l'économie du Québec et du Canada sont en jeu», a-t-il tonné en rappelant que le réchauffement climatique augmente notamment la prévalence des incendies de forêt.

M. Carney avait commencé son point de presse en exprimant son appui aux leaders communautaires et aux premiers répondants qui s'affairent à protéger les populations touchées par les brasiers.

Lorsque questionné sur les plaintes exprimées par plusieurs élus américains républicains quant aux répercussions, aux États-Unis, de la fumée des incendies de forêt, le premier ministre canadien a paru exaspéré en laissant échapper une onomatopée qui ressemblait à «hum».

Il a ensuite répondu que la lutte aux changements climatiques relève de la responsabilité de tous, y compris des États-Unis.

- Avec des informations de Nick Murray

Émilie Bergeron, La Presse Canadienne

Émilie Bergeron

Émilie Bergeron

Journaliste