Le premier ministre Mark Carney a annoncé que le gouvernement allait consacrer 1,2 milliard $ à la préservation des océans, alors que le pays s’apprête à prendre une décision concernant un nouvel oléoduc sur la côte ouest et sur l’extension d’un grand port dans la région métropolitaine de Vancouver.
Ces grands projets entraîneraient «une augmentation du nombre de navires en mer et une pression accrue sur les habitats que nous nous efforçons tous de protéger», a souligné M. Carney.
«Nous devons donc renforcer nos systèmes de protection de la vie marine au cas où un incident se produirait», a-t-il ajouté.
Les fonds serviront à financer plusieurs nouvelles mesures, notamment le renforcement des capacités de la Garde côtière canadienne en matière de surveillance du trafic maritime et la mise en place d’un plan national d’intervention en cas de marée noire touchant les mammifères marins.
M. Carney a précisé que ces travaux comprendront également la modernisation des stations de recherche et de sauvetage, ainsi que l’amélioration de la cartographie des fonds marins et des efforts de conservation des ressources halieutiques.
Cette annonce, faite à North Vancouver, en Colombie-Britannique, a précédé la date limite fixée à jeudi pour qu’Ottawa détermine s’il convient de classer le projet d’oléoduc reliant l’Alberta à la côte sud de la Colombie-Britannique comme projet d’intérêt national.
«Ce projet permettrait de diversifier notre économie, de créer près de 150 000 nouveaux emplois partout au Canada et de réduire considérablement notre dépendance vis-à-vis des États-Unis», a indiqué M. Carney.
«Mais nous savons que ce n’est pas seulement ce que nous construisons qui compte, c’est aussi la manière dont nous le faisons. Et ce gouvernement adopte une approche consistant à “protéger tout en construisant” pour les nouveaux investissements», a-t-il mentionné.
M. Carney a précisé que l’oléoduc proposé contournerait les «zones hautement sensibles» et que son tracé serait similaire à celui de l’oléoduc Trans Mountain existant, tandis que l’interdiction des pétroliers le long de la côte nord de la Colombie-Britannique restera en vigueur.
Les Albertains se rendront également aux urnes dans quelques semaines pour se prononcer, lors d’un référendum, sur l’avenir de la province au sein du Canada.
Plus tôt dans la journée, LNG Canada a annoncé qu’elle allait poursuivre la phase 2 de l’extension de son site de gaz naturel liquéfié à Kitimat, en Colombie-Britannique, un projet qui permettrait de doubler sa capacité.
M. Carney avait par ailleurs déjà apporté son soutien au projet d’extension du terminal de Roberts Bank du port de Vancouver, déclarant aux journalistes lors d’une visite des installations en juillet que son gouvernement envisageait d’allouer environ 10 milliards $ à ce projet, qui s’inscrit dans le cadre des efforts d’Ottawa visant à «développer nos exportations en dehors des États-Unis».
Le port était «déjà à la limite de ses capacités», a affirmé M. Carney mardi, et cette extension aiderait le Canada à «intensifier ses échanges avec différents partenaires, à se diversifier et à renforcer sa souveraineté».
Alors que de plus en plus de navires font escale au port de Vancouver, il a ajouté que le gouvernement devait renforcer les mesures de protection de l’océan et de la vie marine, notamment des orques résidentes du sud, une espèce menacée qui dépend des eaux au large de la côte sud de la Colombie-Britannique.
M. Carney a mis en avant les projets visant à lutter contre le bruit sous-marin qui affecte les baleines, précisant qu’Ottawa allouait 100 millions $ pour mettre en place une capacité à long terme permettant de surveiller, d’évaluer et d’atténuer ce bruit le long des trois côtes Pacifique, Atlantique et Arctique.
Dans les eaux au large de Vancouver, a-t-il précisé, Ottawa s’est fixé pour objectif de maintenir le bruit sous-marin aux niveaux de 2023, malgré l’augmentation du trafic maritime.
Des «conditions rigoureuses» s’appliqueront au chantier, a-t-il précisé.
«Pour faire simple, si une orque s’approche trop près du chantier, les travaux devront être interrompus», a expliqué M. Carney à propos du projet d’extension de Roberts Bank.
Le terminal est situé près de l’embouchure du fleuve Fraser, à Delta. M. Carney a indiqué que des fonds seraient alloués à des initiatives de gestion et de restauration menées par les communautés autochtones dans l’estuaire du cours inférieur du fleuve Fraser.
Une enveloppe supplémentaire de 90 millions $ servira à renforcer les contrôles de première ligne dans le secteur de la pêche et à équiper les agents des pêches d’outils modernisés, notamment des drones, a annoncé M. Carney.
Ce nouveau financement comprend également 186 millions $ destinés à l’Accord-cadre de réconciliation pour la gestion et la protection des océans à l’échelle biorégionale, afin de faire progresser ce que le cabinet de M. Carney a décrit comme la gouvernance collaborative, la conservation, la gestion des voies navigables, la préparation aux situations d’urgence et les travaux sur les effets cumulatifs dans la région de la mer de Great Bear.
Des avis divergents
Les Premières Nations côtières ont salué ce financement.
Leur président, Samuel Schooner, croit qu’il s’agit d’un pas en avant dans la promotion des efforts collaboratifs visant à se préparer à l’augmentation prévue du trafic maritime qui résultera de grands projets.
«Cela entraîne des risques accrus d’accidents ainsi que des répercussions sur les écosystèmes côtiers sensibles, a soutenu M. Schooner dans un communiqué. Nos communautés n’ont cessé de plaider en faveur d’investissements dans un transport maritime sûr et responsable afin de suivre le rythme du développement économique accru.»
Le Wilderness Committee a quant à lui estimé que les 1,2 milliard $ consacrés à la protection des océans ne représentaient qu’une «somme dérisoire» comparée à la contribution de 10 milliards $ d’Ottawa au projet d’extension de Roberts Bank, tandis que le projet de loi C-39 récemment proposé par le gouvernement fédéral, visant à renforcer l’économie, discrédite les mesures de protection des espèces menacées.

