Alors que le premier ministre Mark Carney s’efforce de faire du Canada une superpuissance énergétique, il admet pour la première fois que les émissions de gaz à effet de serre du pays seront «plus élevées au cours des prochaines années» que ne le prévoyait le plan du gouvernement précédent. Il a fait cette déclaration dans son deuxième message vidéo intitulé La ligne de conduite, adressé aux Canadiens et diffusé mardi.
Ce texte est la traduction d’un article de CTV News.
«À mon avis, ce plan n’était pas viable à long terme», a déclaré M. Carney dans cette vidéo de 17 minutes publiée sur sa page YouTube.
Interrogés ces derniers mois, le premier ministre et ses ministres sont restés évasifs quant aux objectifs d’émissions actuels du gouvernement fédéral.
Sans citer nommément son prédécesseur, l’ancien premier ministre Justin Trudeau, Carney affirme que le plan de réduction des émissions dont il a hérité «aurait été trop coûteux» pour les Canadiens, qui sont déjà confrontés à des difficultés financières. Il souligne également que ce plan aurait «été source de trop de divisions pour notre pays dans le contexte actuel».
M. Carney a qualifié le plan climatique de M. Trudeau de «bien intentionné et bien adapté à l’époque où il a été conçu», mais il a ajouté que «les certitudes du monde de 2015 ont depuis longtemps disparu».
Trudeau a été élu en 2015 sur la promesse de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 30 % par rapport aux niveaux de 2005 d’ici 2030. En 2021, les libéraux sont allés encore plus loin, s’engageant à réduire les émissions de 40 à 45 % d’ici cette même date butoir.
Carney n’a pas non plus ménagé ses mots à l’égard du plan énergétique d’un autre Trudeau. Il raconte qu’il était adolescent à Edmonton lorsque le premier ministre de l’époque, Pierre Elliott Trudeau, a lancé le Programme énergétique national dans les années 1980, censé être un symbole de nationalisme économique tout en garantissant des prix fixes pour le pétrole et le gaz. Au lieu de cela, ce programme a donné aux Canadiens de l’Ouest l’impression que le gouvernement fédéral les utilisait pour subventionner une énergie moins chère pour le reste du pays.
«Ce qui aurait dû nous rassembler a commencé à nous diviser, contribuant à un demi-siècle de politique qui nous a trop souvent éloignés les uns des autres», a déclaré Carney dans son allocution vidéo.
Si Carney a également indiqué que son gouvernement s’attachait à réduire les émissions «au fil du temps», il n’a toutefois pas précisé d’objectif chiffré à cet égard. Dans le même temps, il a souligné que le Canada produisait bien plus de pétrole que jamais auparavant, affirmant que seuls les États-Unis et la Russie avaient accru leur production davantage que le Canada.
Cette déclaration de M. Carney concernant les objectifs d’émissions constitue son dernier revirement par rapport aux politiques climatiques de l’ère Trudeau. Depuis son accession au poste de premier ministre, M. Carney a supprimé la taxe carbone à la consommation et suspendu les obligations fédérales en matière de ventes de véhicules électriques pour se concentrer plutôt sur l’octroi de subventions.
L’énergie conventionnelle «devrait provenir du Canada»
Dans son allocution vidéo, Carney a établi un lien entre son plan énergétique et les inquiétudes concernant la sécession de l’Alberta, affirmant que «autant d’énergie conventionnelle que possible devrait provenir du Canada» dès lors qu’elle est «produite de manière responsable».
Il a également mis en avant le nouvel accès aux marchés asiatiques depuis la côte ouest grâce à la mise en service, l’année dernière, de l’oléoduc Trans Mountain, et a encouragé le développement d’un deuxième oléoduc avec l’Alberta dans le cadre du protocole d’accord signé en novembre 2025.
Cette stratégie a été approuvée par les dirigeants du G7 au début du mois à Évian, en France, où ils se sont engagés à diversifier les voies d’approvisionnement énergétique afin de contourner le détroit d’Ormuz, devenu un goulet d’étranglement pour un cinquième du pétrole et du gaz mondiaux depuis le conflit avec l’Iran.
«Nous saluons la possibilité pour le Canada d’apporter une capacité supplémentaire significative (en matière de réserves énergétiques) aux marchés mondiaux dans les années à venir», peut-on lire dans une partie de la déclaration commune des dirigeants du G7 datée du 17 juin.
Comme il l’avait fait dans la dernière vidéo, Carney a fait appel à une figure historique canadienne pour tracer la voie vers l’avenir. En avril, il s’agissait du «héros du Haut-Canada», Sir Isaac Brock, et dans cette dernière vidéo, il a raconté l’histoire de Sir Adam Beck, un homme politique canadien qui était un fervent défenseur de l’hydroélectricité.
Brock était partisan des réseaux électriques publics, et il a contribué à exploiter la puissance de la rivière Niagara grâce à une centrale électrique haute de 18 étages qui fournissait de l’électricité propre à la population de l’Ontario.
Tout en évoquant cette époque, Carney a également fait la promotion de sa propre stratégie nationale en matière d’électricité, qui vise à doubler le réseau électrique canadien d’ici 2050.
«Nous construirons rapidement et à grande échelle pour doubler nos infrastructures énergétiques et bâtir un Canada fort, alimenté par une énergie propre, abordable et fiable», a déclaré Carney.
À la veille du 159e anniversaire du Canada et la veille de la date limite fixée pour la révision de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM), M. Carney a appelé à l’unité et a demandé aux Canadiens de travailler ensemble.
«C’est ainsi que nous bâtirons un Canada fort pour tous, et c’est ainsi que nous devons faire face à la crise sécuritaire grâce à un vaste effort collectif capable d’accomplir bien plus que ce que chacun d’entre nous pourrait réaliser seul», a-t-il déclaré.

