Éducation

«Veux-tu que je te coupe le cou?»: des milliers d’événements violents dans les écoles de Montréal

«Si on ne prend pas la bête par les deux cornes, viendra le jour où un jeune débarquera avec un pistolet et commencera à tirer sur les gens.»

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«Veux-tu que je te coupe le cou?»: des milliers d’événements violents dans les écoles de Montréal Par Véronique Dubé | Pour la première fois de son histoire, le Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM) a recensé tous les actes à caractère violent sur son territoire. Pour l’année scolaire 2023-2024, on dénombre 3926 événements violents dont 36 impliquant des armes.

Pour la première fois de son histoire, le Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM) a recensé tous les actes à caractère violent sur son territoire. Pour l’année scolaire 2023-2024, on dénombre 3926 événements violents dont 36 impliquant des armes.

On note également qu’une dizaine d’enfants ont fabriqué des couteaux artisanaux ou ont apporté des couteaux de la maison.

Les chiffres ont été compilés par les enseignants et les intervenants selon différents critères pour chacune des 185 écoles du territoire. Notons toutefois que 75 établissements scolaires n’ont déclaré aucun événement.

Mais certaines écoles ressortent du lot, comme l’école secondaire Lucien-Pagé, située à la jonction entre Parc-Extension et Villeray.

Parmi les événements violents recensés, on compte notamment une chicane qui a dérapé dans le parc où un jeune a aspergé du poivre de Cayenne au visage d’un camarade de classe. Dans un autre cas, un garçon, soupçonné de vapoter, a vu son casier être fouillé et se faire saisir son poing américain et son couteau prohibé. Plus tard dans l’année, dix jeunes ont entouré un élève qui a raconté que ses assaillants avaient une arme à feu.

Mais c’est à l’école secondaire Saint-Luc, située à Notre-Dame-de-Grâce, qu’on a dénoncé le plus de situations violentes avec un total de 70. L’un des jeunes avait en sa possession une matraque.

Des données inquiétantes

«Si on ne prend pas la bête par les deux cornes, viendra le jour où un jeune débarquera avec un pistolet et commencera à tirer sur les gens. Parce que c’est comme ça que le phénomène a commencé aux États-Unis», déplore un père dont l’enfant fréquente l’école Saint-Luc.

père élève Un père dont l’enfant fréquente l’école Saint-Luc s'inquiète de la violence dans les établissements scolaires. (Noovo Info)

Une jeune rencontrée par Noovo Info raconte que certains élèves rapportent des couteaux pour attaquer d’autres jeunes.

«Je trouve que dans cette école, il n’y a pas beaucoup d’intimidation, mais il y a beaucoup de violence verbale et physique», soutient un autre élève de l’école Saint-Luc.

Pour Kathlyn Morel, directrice adjointe du CSSDM, ces nouvelles données permettront au CSSDM de prévoir un meilleur accompagnement avec des professionnels.

«On va voir et on explique avec l’équipe-école qu’est-ce qui est à réviser dans leur plan de lutte pour répondre à la situation de leur milieu à eux», dit-elle, soulignant que la comparaison entre les écoles, à ce moment-ci de l’implantation, «ne peut pas se faire».

Mais ce ne sont pas que les écoles secondaires qui sont touchées par des événements violents. À l’école primaire Louis-Colin, un enfant a réussi à apporter l’épée de collection de ses parents dans son sac d’école. Il l’a exhibé à cinq reprises en disant à l’un de ses camarades: «veux-tu que je te coupe le cou?».

Dans Hochelaga-Maisonneuve, à l’école primaire Armand-Lavergne, on a dénombré 203 actes violents. Les professeurs sont toutefois allés jusqu’à rapporter parfois des coups de mitaines.

Des chiffres «importants», mais pas complets

Pour François Bowen, professeur au département de psychopédagogie en sciences de l’éducation de l’Université de Montréal, les chiffres recueillis par les écoles sont importants, mais ne sont pas complets.

«Des actes de violence physique et instrumentale occupent un faible pourcentage, moins de 10% et, dans certains cas, 5 %», indique M. Bowen, qui mène présentement une enquête sur les écoles du Québec.

Selon lui, sur les près de 4000 cas recensés, on parle surtout de violence verbale.

«Ça ne veut pas dire que le faible pourcentage des incidents violents physiques sont à minimiser, mais il faut le placer quand même dans un contexte important», dit-il.

Il assure que les écoles du Québec sont sécuritaires.

«Le sentiment sécurité des élèves et du personnel est très élevé. Entre 75 et 85 % et plus sur l’ensemble des écoles», note-t-il, soulignant toutefois qu’il y a des écoles qui éprouvent plus de difficultés.

Le CSSDM, de son côté, rappelle qu’il y a 115 000 élèves et que parmi les 4000 plaintes, ce sont souvent les mêmes qui récidivent. Il est sûr que sa nouvelle façon de documenter les faits permettra davantage de prévenir pour éviter qu’une simple insulte ne dégénère en coup de couteau.

À voir dans la vidéo.