Selon une consultation menée par la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), près de 16% des enseignants ne pensaient probablement pas demeurer dans la profession dans les trois prochaines années, ou ignoraient s’ils allaient y rester.
Et cette statistique exclut ceux qui prévoyaient prendre leur retraite durant cette période.
Et ce ne sont pas seulement des recrues ou des enseignants ayant peu d’ancienneté qui veulent quitter.
«Ce qu’on entend dans les milieux, ce qui a changé, c’est que ce n’est plus seulement des jeunes enseignants qui veulent quitter; ce sont des enseignants en cours de carrière qui songent à quitter. C’est là le changement», a rapporté Annie-Christine Tardif, vice-présidente à la vie professionnelle à la FAE, lors d’une conférence de presse pour présenter les résultats de la consultation, mercredi, à Montréal.
Elle explique, en entrevue avec Noovo Info, qu’en raison du manque de ressources, qui impacte grandement la tâche des enseignants, ceux-ci n’y arrivent plus.
L’organisation syndicale, qui représente 60 000 enseignants des niveaux primaire et secondaire au Québec, a ainsi consulté 2400 de ses membres sur les raisons qui les poussaient à demeurer dans la profession.
Ceux-ci ont rapporté nourrir encore la passion de transmettre leurs connaissances et donner le goût d’apprendre aux élèves, dans une proportion de 93%. Ils ont également souligné, dans une proportion de 83%, la relation qu’ils entretiennent avec les jeunes.
Ainsi, 77% d’entre eux prévoyaient demeurer dans la profession.
Toutefois, leur frustration est palpable: 49% expriment une «insatisfaction élevée» quant à l’accès à des services pour leurs élèves; 46% expriment une insatisfaction élevée face au fardeau de tâche et à l’équilibre dans la vie personnelle et 42% expriment une insatisfaction élevée face à la composition des groupes dans les classes.
«On demande à notre personnel enseignant de faire des miracles, avec de moins en moins de soutien. Nos conditions de travail ne respectent plus les limites humaines. Et c’est là que naît le dilemme crève-coeur: rester dans une profession qu’on aime profondément ou la quitter pour se protéger», a résumé Mme Tardif.
L’ajout d’aides à la classe pour épauler les enseignants, lors de la dernière négociation du secteur public, a certes été «un pas dans la bonne direction», concède Mme Tardif, mais cela reste insuffisant.
«Si on devait en choisir un, objectif, c’est de s’assurer de répondre aux besoins des élèves, d’avoir tous les services ou l’organisation scolaire: classes d’accueil, classes spéciales, pour répondre aux besoins des élèves. À partir de là, automatiquement, il va y avoir un allègement de la tâche (pour les enseignants). Ce n’est peut-être pas suffisant, mais il y aurait un impact important», a opiné Mme Tardif.
Rappelons que cette consultation est dévoilée alors qu’il reste plus de 3000 postes d’enseignants à pourvoir au Québec d’ici la rentrée scolaire. Un chiffre qui montre une «amélioration» depuis les dernières années, mais qui ne montre pas l’ensemble du tableau, selon le Dr Égide Royer, psychologue et spécialiste de la réussite scolaire.
«Dans d’autres secteurs de l’éducation, il y a vraiment des problèmes. Il y a 12% de postes d’orthophonistes de libres, 11% de postes de psychologues, 10 % de postes de psychoéducateur. Donc, il y a un lien avec le sondage. D’ailleurs, présentement, si on regarde uniquement la proportion des postes inoccupés, c’est beaucoup plus au niveau des professionnels que chez les enseignants», souligne-t-il.
Les politiciens à l’écoute
À quelques jours du déclenchement de la campagne électorale provinciale, les partis politiques marquent leurs intentions en éducation.
Québec solidaire a d’ailleurs souligné l’importance de protéger et de bonifier le budget en éducation.
Le Parti libéral du Québec, de son côté, prévoit lancer des états généraux en éducation.
«On ne peut pas être aveugle à l’enjeu de la pénurie de main-d’œuvre», a souligné Madwa-Nika Cadet, députée libérale de Bourassa-Sauvé.
Voyez le reportage de Lili Mercure dans la vidéo.

