En ce 12 août, les amateurs de littérature sont conviés à faire un tour dans une librairie pour encourager les auteurs d’ici, dans le cadre de la journée J’achète un livre québécois.
Mais alors que les librairies se préparent à recevoir un achalandage digne du temps des fêtes, le milieu se lève pour dénoncer une mesure du gouvernement du Québec qui pourrait mettre en danger l’accès aux livres pour les enfants.
En juillet, la ministre de l’Éducation, Sonia LeBel, a confirmé l’élimination d’une enveloppe de 38 millions $ destinée aux centres de services scolaires et qui était réservée à l’achat de livres. Cette somme, a indiqué le gouvernement, sera fusionnée dans une grande enveloppe qui comprend également les budgets pour une foule d’autres activités, comme les activités sportives ou les sorties scolaires.
Cette décision a provoqué une onde de choc au sein de l’Association des libraires du Québec (ALQ), qui «craint désormais que l’accès aux ouvrages soit mis en concurrence avec une multitude d’autres besoins scolaires, au risque d’entraîner une baisse importante des achats», peut-on lire dans une déclaration transmise à La Presse Canadienne.
Pour sensibiliser la population à cet enjeu, des centaines de librairies indépendantes distribueront, à l’occasion du 12 août, des signets visant à rappeler que «le livre à l’école n’est pas une dépense discrétionnaire, mais un outil fondamental de réussite éducative», a ajouté l’ALQ.
À l’approche des élections, l’ALQ demande au parti qui formera le prochain gouvernement de réinstaurer l’enveloppe consacrée à l’achat de livres scolaires.
«On ne demande pas plus d’argent, souligne Laurence Monet, présidente de l’ALQ. On veut juste quelque chose qui existait avant la réforme de Mme LeBel.»
Sur une plateforme lancée mercredi, l’ALQ invite les citoyens à prendre connaissance de la position des cinq principaux partis.
En entrevue avec La Presse Canadienne, Mme Monet a déploré de «donner l’odieuse tâche aux écoles de faire l’arbitrage entre des livres et des ballons», alors que le Québec traverse une crise de littératie qui affecte particulièrement les jeunes.
Au Québec, ce sont près de 490 000 jeunes âgés de 16 à 24 ans - soit près d’un jeune sur deux - qui se situent en dessous du niveau 3 de littératie qui permet de «lire des textes denses ou longs nécessitant d’interpréter et de donner du sens aux informations», selon les données de la Fondation pour l’alphabétisation.
«Le livre ne devrait jamais être une dépense optionnelle parce que c’est un investissement pour la réussite éducative. C’est un levier qui est essentiel dans l’apprentissage du français», a-t-elle soutenu.
L’ALQ n’est pas la seule à hisser ces drapeaux rouges. Huit anciens ministres québécois, de la Culture et des Communications, ou encore de l’Éducation, ont signé mercredi matin une lettre relayée par plusieurs quotidiens, mettant en garde contre les «graves» conséquences que cette mesure pourrait avoir sur le développement des jeunes.
«Dans un contexte où les occasions de dialogue se raréfient, la lecture demeure l’un des rares vecteurs capables de rassembler des citoyens autour d’un récit, d’une réflexion ou d’une question commune. Elle crée du commun, condition indispensable au bon fonctionnement de nos démocraties», peut-on lire dans la lettre cosignée par les anciens ministres Luc Fortin, Louise Beaudoin, Agnès Maltais, Line Beauchamp, Michelle Courchesne, Christine St-Pierre, Maka Kotto et Hélène David.
Le chef libéral Charles Milliard, en visite mercredi dans une librairie de Verdun, a fait écho à ces préoccupations.
Il a proposé de remettre un livre québécois par enfant du primaire à la fin de chaque année scolaire, dans le cadre d’un plan plus large visant à faire de la lecture, une priorité nationale.
Acheter québécois
Lancée en 2014 par les auteurs Amélie Dubé et Patrice Cazeault, la journée J’achète un livre québécois! permet de faire découvrir la vaste gamme de genres et d’auteurs québécois.
«Que ce soit votre premier roman québécois de l’année ou le vingt-septième (on ne juge pas), l’important, c’est de participer avec enthousiasme», a écrit Patrice Cazeault sur les réseaux sociaux, il y a une semaine, pour lancer les festivités.
«Le mois d’août a changé le visage de la littérature au Québec. Désormais, et ce, depuis maintenant treize ans, lectrices, lecteurs et libraires attendent avec fébrilité le grand retour de (cette) journée», peut-on lire sur le site internet des Libraires, qui regroupe plus 125 librairies indépendantes.
Plusieurs événements, comme des rencontres avec des auteurs et des séances de dédicaces, sont organisés dans les librairies de la province pour souligner cette fête du livre.
Avec les informations de Frédéric Lacroix-Couture

