Donald Trump est revenu sur sa menace d’interdire la vente d’avions de Bombardier aux États-Unis, dans le cadre d’un apaisement général du ton du président américain après que les tensions se sont exacerbées et que les droits de douane ont augmenté lors d’une précédente escalade du conflit commercial.
S’exprimant lors d’un rassemblement électoral lundi soir, M. Trump a déclaré qu’il avait revu son opinion sur le constructeur d’avions d’affaires établi à Montréal, qu’il ne considère plus comme un simple fabricant canadien.
«Je vais aider une certaine compagnie aérienne à remettre de l’ordre dans ses affaires», a-t-il déclaré à la foule rassemblée dans une banlieue de Wichita, au Kansas, où Bombardier emploie 1500 personnes.
«Je les ai toujours considérés comme une entreprise canadienne… mais je découvre maintenant qu’ils sont présents ici, et nous ne leur portons pas préjudice s’ils sont au Kansas. Nous allons donc prendre soin de ces gens, d’accord, et de leurs emplois.»
Wichita est le siège de la division défense de Bombardier. L’entreprise emploie environ 3500 salariés américains dans ses usines du Kansas, du Texas, de Californie et d’autres États.
Les résidents du Kansas ressentent déjà directement les effets des politiques du président. Les agriculteurs du Midwest ont vu le prix du diesel qui alimente leurs tracteurs et leurs moissonneuses-batteuses grimper à des niveaux quasi records en raison de la guerre avec l’Iran. Le Kansas est désormais devenu un champ de bataille politique, les républicains et les démocrates se disputant le contrôle de cet État traditionnellement rouge à l’approche des élections de mi-mandat du mois prochain.
M. Trump a déclaré lundi qu’un appel téléphonique du sénateur républicain du Kansas, Roger Marshall, l’avait aidé à se convaincre de revenir sur sa menace de mettre un terme aux activités de Bombardier au sud de la frontière. Les sondages montrent que M. Marshall est au coude à coude avec Adam Hamilton, un démocrate, dans un État qui n’a pas élu de sénateur démocrate depuis 1932.
Le mois dernier, M. Trump avait laissé entendre qu’il interdirait la vente d’avions Bombardier aux États-Unis à moins que l’entreprise n’y délocalise ses activités, malgré les conséquences néfastes qu’une telle décision aurait, selon des experts, sur les travailleurs américains.
«FINIES LES VENTES DE BOMBARDIER AUX ÉTATS-UNIS!, a-t-il publié sur les réseaux sociaux le 7 septembre. S’ils veulent notre marché, ils doivent construire ici et cesser de traiter l’Amérique comme une “tirelire”.»
Bombardier a indiqué le mois dernier qu’elle versait chaque année plus de 2,5 milliards $ US à quelque 2800 fournisseurs américains répartis dans 47 États, soutenant ainsi indirectement des dizaines de milliers d’emplois.
«L’industrie de l’aérospatiale américaine est clairement gagnante en matière de commerce et d’exportations», avait alors déclaré Bombardier, reprenant le langage du président et son obsession pour le triomphe et les excédents commerciaux.
La semaine dernière, l’entreprise a inauguré à Wichita un centre de perfectionnement destiné aux nouveaux techniciens et mécaniciens aéronautiques, dans le cadre d’un investissement de 50 millions $ US dans ce site.
Les États-Unis affichent un excédent commercial de 109 milliards $ US dans les secteurs de l’aérospatiale et de la défense vis-à-vis du reste du monde, selon l’Association des industries aérospatiales des États-Unis.
Bombardier réalise l’assemblage final de ses jets d’affaires Challenger et Global au Canada, tandis que plus de la moitié de son chiffre d’affaires provient de clients américains.
«Nous considérons que la levée de cette incertitude réglementaire est positive pour le moral des marchés, car elle dissipe une importante source d’inquiétude pour les investisseurs», souligne James McGarragle, analyste chez RBC Marchés des capitaux.
La menace de M. Trump n’a pas eu d’«impact tangible» sur la demande de jets de luxe chez les clients américains au cours des six dernières semaines, ajoute-t-il.
L’action de Bombardier a gagné 13,85 $, soit 4,45 %, à 325,32 $ à la Bourse de Toronto, en fin de séance.
Malgré les droits de douane américains sur l’acier, l’aluminium et d’autres produits, la fabrication aérospatiale reste profondément intégrée à l’échelle du continent et au-delà.
La plupart des avions de Bombardier comportent au moins 40 % de composants américains, selon les analystes. Plus de la moitié de la valeur du jet de luxe Global 7500 provient de pièces américaines.
Empêcher un grand constructeur d’accéder au marché entraînerait «sans aucun doute» des pertes de revenus et d’emplois chez les fabricants de pièces américains, a précisé le mois dernier Cameron Doerksen, analyste à la Banque Nationale.
Une interdiction aurait également eu des «répercussions considérables» sur les nombreux exploitants américains de flottes d’avions de ligne qui attendaient les livraisons de Bombardier, ajoute-t-il.
Les menaces de M. Trump ont été proférées la veille de l’entrée en vigueur, le 8 septembre, des droits de douane de rétorsion d’Ottawa sur les produits américains, en réponse aux droits de 50 % imposés par Washington sur les produits canadiens en août.
M. Trump a ensuite procédé à l’interdiction de la plupart des boissons alcoolisées canadiennes, de certains produits laitiers et de motocyclettes, entre autres, et a imposé des droits de 50 % sur d’autres produits.
Depuis lors, toutefois, la querelle transfrontalière semble être entrée dans une phase d’accalmie, le chef d’État américain multipliant moins les sorties contre le Canada.
La publication de M. Trump sur Truth Social marque la deuxième fois cette année que Bombardier se retrouve dans la ligne de mire du président.
En janvier, il avait pris Bombardier pour cible en menaçant de clouer au sol tous les aéronefs de fabrication canadienne et de leur imposer des droits de douane de 50 %, à moins qu’Ottawa n’approuve les jets d’affaires Gulfstream — assemblés à Savannah, en Géorgie —, ce qui avait marqué une première escalade des tensions commerciales entre les deux pays.
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