L’ancienne vice-première ministre Chrystia Freeland estime qu’il est important, pour des raisons de sécurité nationale, que le Canada fasse tout ce qui est en son pouvoir pour diversifier ses échanges commerciaux au-delà des États-Unis.
Lors d’une discussion organisée jeudi au Council on Foreign Relations à New York, Mme Freeland a déclaré qu’il était dangereux d’approfondir ou de maintenir des relations économiques étroites avec un partenaire qui «affirme ouvertement vouloir vous annexer».
«Malheureusement, tragiquement, c’est là où nous en sommes aujourd’hui», a-t-elle déclaré.
Le président américain Donald Trump a évoqué à plusieurs reprises l’idée de faire du Canada le 51e État américain et, bien qu’il ait exclu le recours à la force militaire pour annexer le pays en janvier 2025, il a laissé entendre qu’il envisagerait d’utiliser la «force économique».
Même si les États-Unis avaient un président favorable au libre-échange avec le Canada, Mme Freeland estime que dépendre d’un seul partenaire n’est «pas une très bonne idée».
«Environ 60 % des Canadiens vivent à moins de cent miles de la frontière canado-américaine», a souligné Mme Freeland. «Il est tout à fait logique pour nous de commercer avec vous, mais je pense que, pour des raisons de sécurité nationale, nous devons continuer à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour diversifier nos relations commerciales.»
Le gouvernement libéral s’est fixé pour objectif de doubler les exportations vers des pays autres que les États-Unis au cours de la prochaine décennie et s’est félicité d’avoir signé plus de 20 accords stratégiques en matière de commerce et de défense à travers le monde, dans un contexte de tensions commerciales avec les États-Unis.
Mme Freeland a déclaré que la volonté canadienne de se diversifier datait depuis longtemps. Elle a ajouté que les efforts du Canada pour approfondir ses relations avec l’Europe s’inscrivaient dans la continuité de la politique canadienne, qui remonte à l’époque où Stephen Harper était au pouvoir.
«Je pense que ce que vous observez aujourd’hui, c’est sans aucun doute une volonté, tant au Canada qu’en Europe, de resserrer encore davantage ces liens», a-t-elle soutenu. «Je pense que c’est une bonne chose.»
Dans un discours prononcé devant le Parlement européen le mois dernier, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déclaré qu’elle ouvrait la voie à la négociation des conditions permettant au Canada de devenir le premier membre associé de l’Union européenne.
Le lendemain, le premier ministre Mark Carney a affirmé devant le Parlement européen que le Canada saluait cet objectif, même si les implications précises de celui-ci restent à déterminer.
«Nous saluons cette ambition — les sondages montrent qu’une majorité écrasante de Canadiens est favorable à des liens beaucoup plus étroits», a souligné M. Carney dans son discours.
Le Canada et l’Union européenne organiseront un sommet bilatéral à la fin du mois. De nombreux observateurs espèrent que cette rencontre permettra de dévoiler les détails d’un nouveau partenariat envisagé entre le Canada et l’Union européenne.
Chrystia Freeland a fait paraître cette semaine son nouveau livre Unreliable Boyfriend; il s’agit à la fois d’une analyse internationale sur l’évolution du rôle des États-Unis et d’un récit autobiographique politique.
Son titre fait référence à une remarque qu’elle a faite en février dans un talk-show américain, lorsqu’elle a déclaré que les États-Unis n’étaient «pas un petit ami très fiable en ce moment».
Mme Freeland a occupé le poste de vice-première ministre auprès de l’ancien premier ministre Justin Trudeau pendant cinq ans avant de démissionner du gouvernement à la suite d’une rupture spectaculaire avec le premier ministre en décembre 2024, quelques heures seulement avant qu’elle ne doive présenter la déclaration économique d’automne.
Elle a réintégré le gouvernement sous la direction de M. Carney, mais a démissionné à la fin de l’année dernière.
Elle a quitté le Parlement en janvier, pour occuper un poste de conseillère en développement économique auprès du président ukrainien Volodymyr Zelensky et accepter le poste de PDG du Rhodes Trust.

