Le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, dont les exigences de dernière minute avaient entraîné l’échec des négociations commerciales en août, est devenu la «force motrice» en coulisses qui pousse le Canada et les États-Unis à renouer les pourparlers en vue d’un accord, selon plusieurs sources de CTV News.
Des sources des deux pays indiquent que M. Lutnick a pris l’initiative de relancer les pourparlers il y a un peu plus de 10 jours, après des mois d’impasse, et qu’il a axé les discussions sur les droits de douane prévus à l’article 232 qui s’appliquent à l’acier, à l’aluminium, au bois d’œuvre et aux automobiles, car ce domaine relève de sa compétence.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
Il s’agit de droits de douane que le président américain Donald Trump a imposés en invoquant une disposition qui lui permet de les justifier au nom de la sécurité nationale. Les droits en vigueur s’élèvent à 50% sur l’acier, l’aluminium et le cuivre, à 25 % sur les véhicules, à 10% sur le bois d’œuvre résineux et à 25% sur certains meubles et armoires.
Si des négociations plus formelles devaient reprendre plus tard cette semaine, comme l’évoquent deux sources, ces pourparlers pourraient ramener dans le giron le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, et porter sur des éléments autres que les droits de douane au titre de l’article 232. Selon certaines sources, cela inclura probablement le projet Keystone XL, le diesel et, plus largement, les exportations d’énergie.
M. Lutnick a joué un rôle perturbateur au cours des derniers jours des négociations entre les deux pays en août dernier.
Des sources proches de l’équipe de négociation canadienne affirment qu’il est à l’origine de l’introduction, à la dernière minute, d’exigences portant sur la culture, les accords commerciaux et l’automobile, qui ont finalement conduit à l’échec spectaculaire des pourparlers à la dernière minute. Des sources du gouvernement canadien indiquent que leurs relations avec M. Greer au cours des négociations estivales ont été beaucoup plus «respectueuses et productives».
Les démarches de M. Lutnick auprès du Canada coïncident — de manière délibérée — avec une pression accrue exercée sur M. Trump à l’approche des élections de mi-mandat américaines de mardi. Les droits de douane et le coût de la vie en général sont devenus des enjeux dans certaines courses clés au Sénat américain, notamment au Michigan où le candidat républicain Mike Rogers les a publiquement dénoncés pendant la campagne, bien qu’il y ait initialement été favorable.
Dans une entrevue diffusée dimanche soir dans l’émission 60 Minutes de CBS, M. Rogers a affimé qu’il «n’aimait pas les droits de douane» imposés aux exportations canadiennes, et a indiqué à l’émission qu’il avait personnellement soulevé la question auprès de M. Lutnick. M. Rogers a également dit qu’il serait disposé à appuyer les efforts du Congrès visant à passer outre la décision du président en matière de droits de douane si une telle situation venait à se présenter.
Entretien entre Carney et Trump
Dans une publication sur X dimanche, le premier ministre Mark Carney a qualifié les pourparlers des dix derniers jours de «discussions constructives» et a eu une «bonne conversation» avec son homologue américain au sujet de l’avenir du commerce entre le Canada et les États-Unis.
«Cela s’inscrit dans la continuité de nos récentes discussions constructives sur les grandes lignes d’un accord commercial mutuellement avantageux qui créerait des emplois pour nos travailleurs, améliorerait le pouvoir d’achat des familles et respecterait pleinement les langues, la culture et la souveraineté du Canada», a écrit M. Carney. «Nos équipes vont désormais travailler au cours des prochaines semaines pour concrétiser ce résultat.»
M. Trump a rapporté aux journalistes dimanche après-midi qu’ils avaient «l’ébauche d’un très bon accord avec le Canada».
«Nous perdons de l’argent depuis de nombreuses années avec le Canada… depuis de très nombreuses années, entre 70 et 75 ans. Nous sommes donc maintenant très près de conclure une entente», a-t-il expliqué. «J’ai parlé avec le premier ministre l’autre jour. Je lui ai reparlé hier, et nous avons l’ébauche d’une entente qui sera excellente pour nos agriculteurs, excellente pour notre pays, et qui conviendra également au Canada.»
Deux sources informées des conversations entre les deux dirigeants indiquent que la première a duré 45 minutes et a porté principalement sur le commerce. La dernière a également été «longue».
Des sources du côté canadien des négociations restent sceptiques quant à la volonté du président de faire des compromis pour parvenir à une entente, bien qu’elles aient déclaré à CTV News que le premier ministre estime que M. Trump souhaite sincèrement conclure une entente avec le Canada.
Quant à la forme que pourrait prendre cet accord, des sources indiquent à CTV News que les discussions menées en août donnent une idée de ce à quoi les Canadiens devraient s’attendre. Avant que ces pourparlers ne capotent, l’équipe de négociation canadienne était parvenue à un accord prévoyant une réduction des droits de douane sur l’acier canadien en dessous d’un certain contingent, une réduction des droits de douane sur l’aluminium, ainsi que la remise en vente de l’alcool par les provinces.
Le secteur de l’automobile a constitué un point de friction majeur, ce qui explique en partie l’échec des pourparlers. L’offre américaine prévoyait une réduction des droits de douane à 15%, mais uniquement pour les voitures et les camions légers. Le Canada souhaitait que cette réduction soit étendue aux camions plus lourds fabriqués au Canada. Selon certaines sources, des progrès ont été réalisés au cours des dix derniers jours à ce sujet, mais elles s’attendent à ce que cela reste un point délicat des négociations.
Avec des informations de Graham Richardson et Marieke Walsh pour CTV News


