Des milliers de partisans les plus fervents du président états-unien Donald Trump se sont rassemblés cette semaine à Dallas pour le «Trump-a-palooza» — et plusieurs se font perroquets du président en reprenant ses critiques incessantes à l’encontre du Canada.
Lona Heins, originaire du Tennessee, a dit qu’elle ne reconnaissait plus aujourd’hui le Canada tel qu’il était lorsqu’elle était enfant.
«C’est un sujet controversé. Je pense que le Canada est socialiste. Il est bien, bien plus socialiste, a-t-elle déclaré. Et je ne vais même plus utiliser ce mot. C’est communiste. Nous partageons des valeurs différentes maintenant.»
À l’instar de nombreux partisans de Trump présents à cette convention républicaine inhabituelle de deux jours organisée à l’occasion des élections de mi-mandat, Mme Heins a tenu des propos élogieux à l’égard des Canadiens et a déclaré connaître beaucoup de gens au nord de la frontière.
Âgée de 58 ans, elle a expliqué avoir grandi dans le Dakota du Sud, avec de la famille dans le Dakota du Nord, et que les Canadiens faisaient alors partie de sa famille.
«Nous partagions une même frontière, nous étions les mêmes personnes, dit-elle. Alors, il n’y a jamais eu quelque sorte de tension, de ce que je me rappelle.»
Elle a précisé que son changement d’opinion ne provenait pas des tensions bilatérales sur le commerce, qu’elle souhaite voir résolues. Elle a ajouté qu’elle avait besoin de plus d’informations avant de s’exprimer sur le différend commercial.
«J’aimerais qu’il y ait un moyen pour eux de le régler, mais je me tiens avec mon président, a-t-elle dit. Je suis ici pour Donald J. Trump. Cela m’attriste, mais j’espère qu’il y a un moyen pour qu’ils parviennent à un accord.»
Mardi, Trump a intensifié la guerre commerciale avec le Canada en signant des décrets présidentiels visant à interdire toute une série d’exportations canadiennes et à modifier les droits de douane sur d’autres. La plupart des importations d’alcool fabriqué au Canada et de quelques produits laitiers seront interdites aux États-Unis à la fin du mois de septembre.
Les tensions entre les deux pays sont vives depuis la rupture des négociations commerciales le mois dernier. En réponse, Trump a imposé des droits de douane de 50 % sur toute une série de produits canadiens, et le Canada a riposté en instaurant ses propres droits de douane de rétorsion en début de semaine.
Lors de son passage à la convention de son parti pour les élections de mi-mandat mercredi, Donald Trump a évoqué son projet de rebaptiser le lac Ontario «lac de l’Amérique» et a affirmé que le Canada cherchait désespérément à conclure un accord commercial.
Popularité douteuse
Le président s’est montré plus modéré que d’habitude dans ses commentaires sur le voisin du nord des États-Unis, qu’il menace d’annexer depuis près de deux ans.
Cela s’explique peut-être par le fait que les sondages montrent que les droits de douane de Trump et son projet de renommer le lac Ontario sont largement impopulaires à l’approche des élections de mi-mandat décisives de novembre.
Mais la rhétorique anti-canadienne de Trump semble gagner du terrain parmi ses partisans.
Un sondage Gallup publié en mars montre que la cote de popularité du Canada auprès des républicains a chuté de 23 points, passant de 85 % en 2025 à 62 % cette année.
Le professeur de sciences politiques à l’Université Western de London en Ontario, Mathhew Lebo, a indiqué que dans un pays de plus en plus polarisé comme les États-Unis, les électeurs sont plus enclins à se tourner vers leurs dirigeants politiques et à adopter leurs opinions, même si celles-ci vont à l’encontre de leurs propres intérêts.
«Quand le chef d’un parti politique, une personnalité à laquelle 20 à 30 % de la population est totalement dévouée, affirme que le Canada joue sale, qu’il est injuste et qu’il profite de nous depuis des lustres, etc., alors ceux qui l’écoutent vont y croire», a dit M. Lebo.
D’un autre côté, il a indiqué que l’hostilité manifeste de Trump envers le Canada renforce également les opinions de ceux qui ne l’apprécient pas. Le sondage Gallup montre qu’environ 95 % des démocrates continuent de porter un regard positif sur le Canada.
M. Lebo a expliqué que l’évolution des opinions sur le Canada parmi les républicains tient au fait que les partisans les plus fidèles de Trump accordent une confiance absolue à ce que dit le président. Cela ne découle pas nécessairement d’une bonne compréhension des enjeux actuels entre le Canada et les États-Unis, a-t-il ajouté.
Interrogée sur les tensions commerciales entre le Canada et les États-Unis, MaryAnn Miron, une participante au rassemblement, a déclaré que les Canadiens devraient se débarrasser de Justin Trudeau — qui a annoncé sa démission en janvier 2025 et a été remplacé par Mark Carney au poste de premier ministre en mars de la même année.
«Je suis désolée pour vous tous avec Trudeau, a-t-elle dit. Je pense que vous êtes dans une situation déplorable et qu’il faut le chasser. Et je pense que cela contribuera en grande partie à résoudre le problème entre les deux pays, mais je vous souhaite bonne chance.»
Lorsqu’on lui a fait remarquer que M. Trudeau n’était plus premier ministre, Mme Miron a répondu: «Je n’ai pas suivi l’actualité.»
