Le président américain Donald Trump a intensifié sa guerre commerciale avec le Canada en imposant des interdictions pures et dures sur les importations de certains produits canadiens.
Ces interdictions, annoncées précédemment, concernent notamment certaines boissons alcoolisées, des produits laitiers dérivés et des motocyclettes, entre autres.
Elles sont entrées en vigueur à 00h01 (heure de l’Est).
Le bureau de Dominic LeBlanc, ministre du Commerce Canada-États-Unis, a déclaré lundi que sa priorité absolue restait de «protéger et de soutenir les travailleurs, les agriculteurs, les familles et les entreprises canadiennes face à ces mesures injustifiées».
Ces interdictions marquent la dernière escalade en date de la guerre commerciale entre les deux pays, alors que l’administration Trump cherche à faire pression sur le Canada pour qu’il fasse des concessions dans les négociations commerciales.
Ces restrictions pourraient s’avérer dévastatrices pour les secteurs concernés, mais elles ne devraient pas nuire à la croissance économique globale du Canada à court terme de manière significative.
Jacob Jensen, directeur de la politique commerciale au sein du groupe de réflexion de centre-droit American Action Forum, estime que l’interdiction concernera 967 millions $ US d’importations canadiennes, sur la base des chiffres de 2025. Sur ce montant, 87 % correspondraient à des boissons alcoolisées ciblées par les États-Unis, certaines provinces canadiennes ayant répondu aux provocations de Donald Trump en interdisant la vente d’alcools américains dans les magasins.
Le groupe américain Toasts Not Tariffs (des toasts, pas des taxes), qui représente des agriculteurs, des distillateurs, des détaillants, des restaurants et des bars, a déclaré mardi dans un communiqué qu’il saluait les efforts de l’administration Trump visant à encourager le Canada à rouvrir ses marchés aux spiritueux et aux vins américains.
«Cependant, alors que cette interdiction visant les spiritueux et les vins canadiens entre en vigueur aujourd’hui, les restaurants, bars, détaillants et consommateurs américains se retrouvent de plus en plus entraînés dans un différend commercial qui a déjà eu des répercussions considérables sur les producteurs américains de vins et de spiritueux», a pointé le groupe, appelant à une résolution négociée du différend qui rétablisse les ventes des deux côtés de la frontière.
L’interdiction concerne également les motos. La société québécoise BRP a confirmé que ses motos à trois roues Can-Am Spyder et Canyon seront exclues de l’importation aux États-Unis. BRP a toutefois précisé que l’impact ne se ferait probablement pas sentir avant l’année prochaine, car elle a déjà achevé la majeure partie de sa production et de ses expéditions pour la saison en cours.
«Nous allons tout gagner»
Les négociations commerciales officielles ont échoué le mois dernier, les deux pays s’accusant mutuellement d’avoir apporté des modifications de dernière minute.
M. Trump a déclaré lundi qu’il s’attendait à ce que le Canada revienne à la table des négociations dans les semaines à venir en présentant des excuses.
«Je pense que ce qui va se passer, c’est que d’ici trois ou quatre semaines, ils viendront nous voir et diront: “Nous allons supprimer tous les droits de douane”», a avancé M. Trump aux journalistes dans le Bureau ovale. «Nous allons tout gagner.»
Quelques heures après la rupture des négociations en août, les États-Unis ont imposé des droits de douane de 50 % sur toute une série de produits canadiens. Ottawa a riposté en instaurant ses propres droits de douane quelques semaines plus tard.
M. Trump a réagi en signant un décret ordonnant à certaines agences fédérales de retirer les produits canadiens de leurs listes d’approvisionnement, ainsi qu’un autre décrétant les interdictions d’importation mises en vigueur mardi.
Le président a également signé un décret visant à renommer le lac Ontario «lac Amérique», une mesure qui n’a aucune incidence sur la dénomination de ce lac au Canada.
Le Canada est également frappé par des droits de douane de 10 %, que l’administration Trump justifie par le recours au travail forcé dans les chaînes d’approvisionnement. Ces droits ne s’appliquent pas aux produits conformes à l’Accord Canada-États-Unis-Mexique, connu sous le nom d’ACEUM.
Par ailleurs, des secteurs industriels canadiens, tels que la sidérurgie, l’aluminium, l’automobile et la fabrication de meubles, sont durement touchés par les droits de douane sectoriels distincts imposés par M. Trump.
L’Ontario, qui est particulièrement touché, a élargi mardi les critères d’admissibilité à un programme de financement de 1 milliard $ CAN destiné à octroyer des prêts aux entreprises touchées par les droits de douane, ainsi qu’à un fonds de 150 millions $ qui accorde des subventions ou des prêts aux petites et moyennes entreprises cherchant à conquérir de nouveaux marchés.
Le ministre ontarien du Développement économique, de la Création d’emplois et du Commerce, Vic Fedeli, a indiqué dans une déclaration que le gouvernement s’efforce de veiller à ce que les entreprises «soient non seulement en mesure de relever les défis actuels, mais puissent également prendre les mesures nécessaires pour réduire leur dépendance à long terme vis-à-vis d’un marché unique et diversifier leurs exportations internationales».
Avec des informations de l’Associated Press
