Selon des sources directement informées des négociations, les responsables canadiens n’ont pas écarté la possibilité d’un accord commercial de dernière minute avec les États-Unis avant les élections de mi-mandat du mois prochain. Ils ont toutefois précisé que cet espoir restait mince.
Le ministre du Commerce Canada-États-Unis, Dominic LeBlanc, et l’ambassadeur du Canada aux États-Unis, Mark Wiseman, ont fait le point sur la situation devant le Comité consultatif sur les relations économiques Canada-États-Unis du premier ministre Mark Carney lors d’une réunion qui s’est tenue jeudi matin, selon quatre sources au courant de cette réunion. Il s’agit de la première réunion du groupe depuis le 4 septembre.
Ce texte est la traduction d’un article de CTV News.
Ce point presse intervient au lendemain d’une déclaration de Carney selon laquelle il s’était entretenu «assez longuement» avec le président américain Donald Trump mercredi matin. Carney a indiqué que les deux dirigeants avaient abordé le commerce, la guerre en Iran et le Moyen-Orient, bien que son cabinet n’ait publié aucun compte-rendu officiel de cet entretien.
Une source ayant une connaissance directe de la réunion du comité consultatif de jeudi, ainsi qu’une autre source concernant une réunion à laquelle participait le secrétaire américain au Commerce Howard Lutnick, ont déclaré à CTV News que les discussions commerciales «avançaient», tout en précisant qu’il n’en ressortirait peut-être rien.
Lors de la réunion de jeudi avec le comité consultatif, les quatre sources ont indiqué que M. Wiseman avait déclaré au groupe de 24 membres que le vent de l’opinion publique aux États-Unis tournait enfin en faveur du Canada et que le gouvernement fédéral constatait un soutien croissant à travers les États-Unis. Ce message a été repris séparément par une source du secteur qui a déclaré à CTV News que le différend tarifaire avec le Canada trouvait un écho auprès des électeurs à l’approche des élections de mi-mandat aux États-Unis et que la question était abordée dans la campagne électorale, même en dehors des États frontaliers.
Par ailleurs, le message de M. LeBlanc au comité consultatif était que tout pouvait arriver avant les élections de mi-mandat, ont indiqué les sources. Elles ont ajouté que le ministre avait évoqué la pression à laquelle la Maison-Blanche est soumise, alors que des sondages successifs révèlent un électorat de plus en plus hostile et des perspectives de plus en plus sombres pour les républicains au pouvoir.
Deux des sources ont précisé que M. LeBlanc avait déclaré au comité consultatif : «Tout est possible.» Ce sentiment a été repris par un responsable canadien qui s’est entretenu avec CTV News cette semaine.
CTV News ne divulgue pas l’identité des sources ni celle du responsable, car ceux-ci n’étaient pas autorisés à révéler les détails de discussions confidentielles.
Les sources ont pris soin de ne pas exagérer le message des responsables fédéraux, ajoutant que leur conclusion générale était qu’un accord n’était en aucun cas garanti, ni même attendu, mais qu’il n’était pas totalement impossible.
Le bureau de M. LeBlanc a refusé de faire des commentaires à CTV News jeudi.
La négociatrice en chef du Canada, Janice Charette, était également présente à la réunion du comité consultatif, selon un communiqué envoyé par le gouvernement. Toutefois, ce communiqué ne fait aucune mention d’une éventuelle ouverture en vue d’un accord avec la Maison-Blanche.
«Les membres du comité ont discuté de l’impact continu des droits de douane américains sur leurs régions, leurs entreprises ou leurs secteurs, et ont partagé leurs points de vue», indique le communiqué.
Mme Charette s’est ensuite exprimée jeudi après-midi lors d’une table ronde au Toronto Global Forum. Elle s’est montrée prudente dans sa description de l’état actuel des négociations, déclarant que «les stylos sont posés et les portes sont ouvertes», tout en ajoutant qu’elle-même et M. LeBlanc entretenaient des «conversations régulières et fréquentes» avec leurs homologues respectifs.
«Nous essayons de stabiliser la relation, car elle n’est pas stable à l’heure actuelle», a-t-elle déclaré.
Mme Charette a averti les entrepreneurs présents à Toronto que le Canada ne s’attendait pas à revenir à un commerce sans droits de douane avec les États-Unis.
«Nous avions un commerce sans droits de douane ; c’était la meilleure situation possible. Je ne pense pas que nous y reviendrons», a-t-elle déclaré.
Les négociations entre les deux pays ont pris fin brusquement en août lorsque Carney a rappelé les négociateurs canadiens, ce qui a conduit la Maison-Blanche à imposer une nouvelle série de droits de douane. À l’époque, le premier ministre avait déclaré que l’administration Trump avait demandé trop et offert trop peu lors des négociations visant à éviter les droits de douane imposés en août par la Maison-Blanche.
«On est en guerre quand on est attaqué», avait lancé Carney le 22 août. «Nous avons été attaqués.»
Depuis lors, les Américains tentent de rejeter la responsabilité du différend commercial entre les deux pays. Mardi, l’ambassadeur des États-Unis au Canada, Pete Hoekstra, a mentionné lors d’un événement professionnel à Ottawa que, de son point de vue, «nous ne sommes pas en guerre commerciale».
«Nous ne considérons pas que la relation soit rompue, et je sais que les Canadiens voient les choses différemment», a-t-il ajouté.


