Un fabricant canadien de chaises Muskoka, durement touché par les droits de douane américains, envisage de délocaliser l’essentiel de sa production aux États-Unis.
DFC Woodworks fabrique depuis 1955 du mobilier d’extérieur en bois, notamment des chaises Muskoka — également appelées chaises Adirondack.
L’entreprise, située à Kemptville, en Ontario, exporte environ 70 % de son mobilier vers les États-Unis, mais ces produits sont désormais soumis à un droit de douane américain élevé de 50 %.
Cette entreprise familiale doit désormais faire face à une facture douanière très lourde et à une décision imminente: continuer à absorber ces coûts, augmenter ses prix au risque de voir ses ventes aux États-Unis chuter à zéro, ou délocaliser la majeure partie de sa production au sud de la frontière, a expliqué François Bruneau, président de DFC Woodworks, en entrevue.
«Si nous augmentons nos prix, cela nous rendra non compétitifs et nos ventes chuteront. Si nous ne le faisons pas, les droits de douane nous couleront», a-t-il dit.
Le dilemme de ce fabricant de chaises Muskoka illustre les défis auxquels sont confrontées de nombreuses petites et moyennes entreprises canadiennes, a souligné Fen Hampson, professeur de relations internationales à l’Université Carleton.
«Il existe de nombreuses petites entreprises familiales, de très petites structures, qui dépendent fortement du marché américain», a expliqué M. Hampson.
«Si une grande partie de leur production est exportée vers les États-Unis, des droits de douane élevés pourraient les conduire à la faillite», a-t-il ajouté.
Les petits fabricants peuvent manquer des ressources financières, de la diversification des marchés et de l’expertise commerciale spécialisée qui permettent aux grandes entreprises de résister à une guerre commerciale, a-t-il souligné.
DFC Woodworks, qui opère sous les marques The Best Adirondack Chair et The Best Muskoka Chair, fabrique actuellement l’ensemble de son mobilier extérieur – notamment des balançoires, des ensembles de bars, des tables à manger et des fauteuils à bascule – en Ontario, à partir de thuyas géants de la Colombie-Britannique et de pin blanc.
L’entreprise envisage désormais à contrecœur de réduire ses activités au Canada et de délocaliser la production destinée à ses clients américains vers le sud-est des États-Unis.
«C’est une décision difficile, a reconnu M. Bruneau. Nous avons mené quelques études préliminaires en Caroline du Nord.»
«Ce n’est pas une décision que nous prenons à la légère. C’est simplement que la situation économique est difficile et ne cesse de s’aggraver», a-t-il ajouté.
Les droits de douane sur les exportations de meubles de l’entreprise vers les États-Unis coûteront à DFC Woodworks environ 75 000 $ sur les commandes en cours au cours des huit prochaines semaines — des coûts que M. Bruneau a déclaré ne pas pouvoir répercuter sur les clients.
Dennis Darby, président et chef de la direction de Manufacturiers et Exportateurs du Canada, a mentionné que ces nouveaux droits de douane constituaient un défi particulier pour les exportateurs canadiens, car ils s’appliquent exclusivement aux marchandises en provenance du Canada.
«Il pourrait s’avérer plus difficile que prévu de répercuter ces droits de douane, car un concurrent d’un autre pays pourrait proposer des prix plus bas», a-t-il expliqué.
«En réalité, cela facilite la tâche de pays comme la Chine pour vendre leurs produits aux États-Unis, car les produits canadiens sont soumis à un droit de douane de 50 %», a-t-il précisé.
De plus, la longue tradition de libre-échange entre le Canada et les États-Unis a conduit de nombreux fabricants canadiens à expédier leurs marchandises directement à leurs clients américains, selon M. Darby.
Cela pose désormais un problème, car lorsqu’une entreprise canadienne est l’importateur officiel dans le cadre d’un accord d’expédition existant avec un client américain, elle doit s’acquitter des droits de douane auprès des autorités douanières américaines avant que les marchandises ne soient dédouanées, a-t-il indiqué.
Les droits de douane sont également plus difficiles à absorber pour les petits exportateurs, car ceux-ci manquent souvent du poids nécessaire pour persuader leurs clients américains de partager le coût des droits de douane, ou de la puissance de marché pour augmenter leurs prix, a ajouté M. Darby.
Cela laisse peu d’options aux petites entreprises qui dépendent des ventes aux États-Unis, juge-t-il.
Une enquête menée en juin par l’organisation professionnelle a révélé que, si les droits de douane restaient supérieurs aux seuils de compétitivité, environ 43 % des fabricants seraient contraints de délocaliser leur production, leurs investissements ou leur approvisionnement aux États-Unis.
«Il est très difficile de couvrir 50, 60 ou 70 % de sa demande sur le marché intérieur», a affirmé M. Darby.
La vice-présidente de DFC Woodworks, Dina Elatawi, qui est l’épouse de M. Bruneau, a affirmé que le mouvement «Achetez canadien» avait stimulé les ventes nationales de l’entreprise au cours des deux dernières années.
«Cela nous a aidés à rester dans la course, a-t-elle soutenu. Nous sommes ravis que les Canadiens nous soutiennent et se mobilisent à nos côtés.»
Cependant, le gouvernement fédéral pourrait en faire davantage pour soutenir les petites entreprises, a ajouté Mme Elatawi.
«Les aides financières mises en place pour aider les entreprises à traverser cette période difficile ne nous concernent pas vraiment, soit parce que nous sommes trop petits, soit parce que nous n’avons pas les moyens d’apporter une contribution équivalente, a-t-elle expliqué. Nous sommes vraiment dans une situation délicate.»
DFC Woodworks s’est diversifiée ces dernières années, augmentant ses ventes vers l’Europe et prévoyant d’exporter vers le Japon, a déclaré Mme Elatawi.
«Nous essayons de nous diversifier, a-t-elle affirmé. Mais les États-Unis restent notre principal marché.»
Transférer la production destinée au marché américain en Caroline du Nord nécessiterait de s’approvisionner en bois dans l’Oregon et l’État de Washington, a expliqué M. Bruneau.
Alors que les meubles vendus aux clients canadiens continueraient d’être fabriqués en Ontario à partir de bois canadien, ce changement entraînerait une réduction des activités à Kemptville.
«Cela aurait sans aucun doute un effet dévastateur pour la partie canadienne de l’entreprise, puisque la majeure partie de notre production est destinée au marché américain, a affirmé Mme Elatawi. Nous pourrions être amenés à procéder à des licenciements et à réduire la taille de notre atelier.»
«Nous n’avons jamais, au grand jamais, imaginé que cela puisse arriver. Je suis tellement triste», a-t-elle confié.

