Les dirigeants syndicaux et les responsables du secteur manufacturier estiment que le gouvernement fédéral ne devrait pas se précipiter pour reprendre les négociations avec les États-Unis, arguant que le Canada devrait tirer parti de son pouvoir de négociation.
Flavio Volpe, président de l’Association des fabricants de pièces automobiles, explique que, si le secteur automobile subit des coûts «très préjudiciables» en raison des droits de douane, la signature d’un mauvais accord pourrait entraîner des coûts supplémentaires et des décisions de désinvestissement.
M. Volpe estime que le Canada devrait attendre de conclure un accord qui rende la production manufacturière au Canada viable, ajoutant qu’il n’est «pas inquiet» quant au temps que cela prendra.
Lorsqu’on lui a demandé combien de temps le secteur pourrait tenir face à ces droits de douane, M. Volpe a répondu: «Regardez-nous aller.»
«Je pense que nous devons résister aussi longtemps que nous en aurons besoin, a-t-il dit. En ce moment, l’offre qui est sur la table veut que le coût des droits de douane soit plus élevé que les marges de profits, et aucune de ces compagnies ne veut être une œuvre de charité», a ajouté M. Volpe.
Le Canada et les États-Unis sont en pleine escalade d’une guerre commerciale après l’échec des négociations au début du mois. Les deux parties n’ont pas réussi à trouver un accord pour résoudre les points de friction commerciaux de part et d’autre de la frontière.
Le gouvernement fédéral a annoncé son intention d’imposer des droits de douane allant de 15 à 50 % sur des centaines de produits américains, notamment l’acier et l’aluminium, certains matériaux de construction, les produits laitiers, l’alcool et les produits de beauté.
Ces droits de douane, qui doivent entrer en vigueur le 8 septembre, constituent une mesure de rétorsion contre les nouveaux droits de douane de 50 % que le président américain Donald Trump a imposés au Canada le 22 août sur toute une série de produits, notamment les bâtons de hockey, le miel et certains produits laitiers.
Le président Trump a menacé d’imposer de nouveaux droits de douane en janvier.
Lors d’un rassemblement syndical organisé vendredi sur la colline du Parlement, la présidente nationale d’Unifor, Lana Payne, a déclaré aux journalistes que le Canada devait se préparer à «tenir bon» face à l’administration Trump.
«Quand vous faites face à quelqu’un comme Donald Trump, ce n’est pas les concessions qui vous mèneront à une bonne entente, a-t-elle affirmé. Nous devons nous tenir ensemble au Canada. Nous avons créé nos propres leviers dans ce pays pour pouvoir négocier avec force».
Mme Payne a ajouté que le Canada pouvait se doter d’un levier de négociation efficace grâce aux droits de douane de rétorsion lorsque les discussions reprendront.
«Si nous laissons Donald Trump désindustrialiser le Canada, nous nous réveillerons dans deux ans et tout ce volume, toute cette production et toute cette capacité ne seront plus, a-t-elle déclaré. Nous avons besoin d’un plan industriel qui permet de maintenir tout cela en place pendant les deux prochaines années, car, honnêtement, je ne vois pas comment nous pourrions conclure un accord commercial dans un avenir proche.»
Ottawa doit être prêt à aider
La présidente du Congrès du travail du Canada, Bea Bruske, a assuré vendredi lors du rassemblement que les syndicats étaient unis pour «faire front commun contre Donald Trump».
S’adressant aux journalistes, Mme Bruske a indiqué que les premières mesures d’aide mises en place par le gouvernement fédéral en faveur des entreprises et des travailleurs touchés — notamment de nouveaux programmes de prêts aux entreprises et une plus grande souplesse dans les conditions d’accès à l’assurance-emploi — constituaient un premier pas dans la bonne direction, mais que des mesures d’aide supplémentaires seraient nécessaires à mesure que la guerre commerciale se prolonge.
«Nous sommes dans une situation très incertaine. Chaque jour, de nouvelles informations sont publiées et la situation évolue; les travailleurs doivent donc savoir que ce gouvernement les soutient, ce qui doit passer par des aides supplémentaires», a-t-elle fait valoir.
«Certains dispositifs, comme l’assurance-emploi, n’ont pratiquement pas évolué depuis de très nombreuses années. Ce sont là des points sur lesquels le gouvernement, je pense, peut se concentrer dès maintenant.»
En matière de négociations, Mme Bruske a affirmé que, parfois, quitter la table des négociations était «la meilleure chose à faire».
«On ne peut pas nécessairement signaler qu’on est prêt à revenir tant que la partie adverse n’a pas réellement reconnu qu’elle devait revenir à la table des négociations, a-t-elle relevé. C’est exactement la situation dans laquelle nous nous trouvons actuellement».
«Nous ne pouvons pas non plus dérouler le tapis rouge pour reprendre les discussions».

