Au début de la guerre commerciale avec les États-Unis l’année dernière, des chercheurs de l’Université de Toronto ont cherché à mieux comprendre quelles en seraient les répercussions pour les travailleurs de différentes villes.
Près d’un an et plusieurs vagues de droits de douane plus tard, leur estimation pour Toronto s’élève à environ 66 000 travailleurs et 3 000 entreprises, et ce n’est pas fini.
Mapping Tariffs a été lancé juste après que le président américain Donald Trump a imposé une première série de droits de douane en mars 2025, qui a surtout touché les secteurs de l’automobile et de l’acier. Le but de la recherche de l’équipe était de répondre à une question simple : quels sont les impacts des droits de douane dans toutes les villes du Canada?
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News
Les chercheurs de la School of Cities de l’Université de Toronto ont examiné une multitude de sources provenant d’organismes gouvernementaux tant au Canada qu’aux États-Unis pour dresser un portrait de la vulnérabilité de chaque province, région, municipalité et collectivité face à chaque vague de droits de douane.
«On pense que ce serait un outil utile pour aider à expliquer au public où se situerait la vulnérabilité face aux droits de douane américains, mais aussi pour aider les décideurs au niveau local à comprendre très précisément, de façon détaillée», a expliqué Tara Vinodrai, professeure à l’Université de Toronto à l’Institut de gestion et d’innovation et l’une des chercheuses à l’origine du projet, à CTV News.
«Mapping Tariffs» a été mis à jour régulièrement pour refléter les répercussions de chaque vague de nouveaux droits de douane, la dernière mise à jour datant du 1er septembre.
Mme Vinodrai a expliqué que l’équipe avait agi rapidement pour ajouter des données sur les droits de douane prévus à l’article 338, qui visaient l’alcool et les produits laitiers.
«Le jour où on l’a publié, Trump a bien sûr annoncé en même temps qu’il modifiait les droits de douane de l’article 338, en ajoutant d’autres produits et en en interdisant certains », a dit Mme Vinodrai, ajoutant que l’équipe travaille actuellement sur cette mise à jour. « C’est un projet qui ne cesse de donner de nouvelles informations.»
Les utilisateurs peuvent parcourir les différents produits assujettis aux droits de douane américains et voir leur impact potentiel sur les entreprises et les employés dans différentes villes canadiennes.
Une carte mettant en évidence l’exposition directe potentielle aux droits de douane montre que 3027 entreprises (3,2 %) à Toronto sont touchées par la dernière série de droits imposés fin août.
Environ 66 000 employés travaillant à Toronto (4 %) sont exposés.
À Vaughan, on estime qu’environ 1 000 entreprises (5,7 %) sont directement exposées aux droits de douane. Ça touche 32 555 employés qui travaillent dans la subdivision de recensement de Vaughan (12 %) et un peu moins de 12 000 travailleurs qui habitent la région (6,7 %), mais qui pourraient être employés ailleurs.
À Windsor, en Ontario, où se trouvent les usines d’assemblage automobile de Ford et de Stellantis, 4,5 % des entreprises sont touchées. Environ 12 100 employés qui travaillent à Windsor (11,6 %) sont également directement touchés par les droits de douane.
Dans l’ensemble de la région métropolitaine de recensement de Toronto, qui englobe les municipalités d’Ajax à Milton, Mapping Tariffs estime que 7,3 % des entreprises sont potentiellement touchées. Plus de 200 000 employés qui travaillent à Toronto (environ 13,5 %) ressentent probablement les répercussions des droits de douane, affirment les chercheurs.
Mme Vinodrai a déclaré que la diversité de l’économie de Toronto agit comme un tampon pour la ville.
«Il ressort clairement de toutes nos analyses que cette nouvelle vague de droits de douane élargit et accentue les effets sur les villes et les quartiers canadiens. Toronto n’y échappe pas», a-t-elle dit.
«Mais ce qui est un atout pour Toronto, par rapport à bien d’autres villes canadiennes, c’est qu’elle dispose d’un tissu industriel incroyablement diversifié… Ça la protège un peu plus des répercussions immédiates, comparativement à certaines petites villes très spécialisées du sud de l’Ontario ou ailleurs au Canada.»
Les chercheurs de la School of Cities soulignent qu’évaluer les effets des droits de douane n’est pas une mince affaire, compte tenu du paysage économique dynamique, des différentes mesures prises par les entreprises face à ces taxes et de l’évolution des habitudes de consommation.
Mais Mme Vinodrai a précisé que la carte pouvait tout de même servir à guider les décideurs politiques sur la façon de réagir à chaque nouvelle vague de droits de douane.
«À Toronto, comme dans d’autres villes d’ailleurs, on s’efforce de réfléchir à la manière de réagir aux droits de douane à l’échelle locale, que ce soit en communiquant avec les entreprises locales pour les encourager à réfléchir à leurs destinations d’exportation ou à envisager… d’autres marchés au-delà des États-Unis», a-t-elle expliqué.

