Si vous êtes convaincu de savoir ce que le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, va décider lors de la prochaine annonce des taux d’intérêt, ou si vous croyez avoir un don pour prédire la météo, Wealthsimple vous permettra bientôt de faire vos paris.
L’entreprise de services financiers annonce qu’elle lancera prochainement une version bêta, ainsi qu’une nouvelle application — Wealthsimple Predict — cet été, permettant aux investisseurs de parier via Kalshi, une plateforme américaine de marché de prédiction.
Les marchés de prédictions permettent aux investisseurs de parier sur l’issue d’événements d’actualité en achetant l’équivalent de contrats à terme. Plus le nombre de personnes pariant sur un résultat en achetant un contrat est élevé, plus le prix d’achat sera élevé.
Si vous avez vu juste, vous gagnez de l’argent grâce au contrat que vous avez acheté. Un pari improbable offrirait un meilleur retour sur investissement qu’un choix consensuel, mais vous devez avoir raison pour qu’il soit rentable.
En donnant accès aux marchés de prédictions, Wealthsimple, qui s’est imposée comme un concurrent de taille face aux plus grandes banques canadiennes, considère qu’elle répond à la demande des consommateurs.
Elle souhaite aussi percer ce qu’elle considère comme «l’un des marchés financiers ayant la croissance la plus rapide au monde».
«Nous ne connaissons pas précisément la demande de la part de nos clients, mais nous pensons qu’il existe une demande mondiale pour un produit de ce type», a déclaré Swapnil Parikh, vice-président des produits d’investissement chez Wealthsimple.
Les marchés de prédictions ont connu une croissance rapide et le cadre réglementaire reste flou. Jusqu’à présent, Interactive Brokers était la seule entreprise à proposer légalement aux clients canadiens l’accès aux marchés de prédictions avec des contrats négociés sur ForecastEx, une bourse établie aux États-Unis.
Ailleurs, Polymarket et Crypto.com se sont lancés dans l’aventure. (Au Canada, la Commission des valeurs mobilières de l’Ontario a engagé des poursuites contre Polymarket pour infractions réglementaires.)
L’arrivée de Wealthsimple, qui compte 4 millions de clients canadiens et gère 125 milliards $ d’actifs, va considérablement augmenter le nombre de Canadiens ayant accès aux marchés de prédictions.
Cela permettra également d’évaluer l’intérêt suscité par ce produit et de déterminer quelles mesures sont nécessaires pour protéger les investisseurs.
Wealthsimple limitera les transactions sur les marchés prédictifs à 4000 événements liés à des questions économiques, financières ou climatiques, expliquant que cette décision s’aligne sur le modèle utilisé par Interactive Brokers pour obtenir le feu vert des autorités canadiennes de régulation des valeurs mobilières.
«L’autorisation réglementaire accordée à Wealthsimple ne diffère en rien de celle dont a bénéficié Interactive Brokers», a déclaré Blair Wiley, directeur juridique de Wealthsimple.
Les clients ne pourront pas, dans l’immédiat, parier sur les matchs de la Coupe du monde ou la cérémonie des Oscars.
Charles Martineau, professeur adjoint en finances à l’Université de Toronto, estime que Wealthsimple a eu raison de limiter les transactions sur les marchés de prédictions à des sujets «bien moins sexy», car cela réduit l’attrait du produit et, par conséquent, le risque que les utilisateurs adoptent des comportements s’apparentant aux jeux de hasard.
Il a toutefois ajouté que les consommateurs avaient généralement intérêt à investir dans d’autres produits, car les marchés de prédictions ne sont pas particulièrement rentables pour la plupart des investisseurs.
M. Martineau a contribué à un article de recherche publié la semaine dernière, qui a étudié les gains et les pertes sur Polymarket et suggère que l’investisseur médian a perdu 2 $ sur les paris prédictifs entre le 11 novembre 2022 et le 29 mars 2026.
Malgré ces données, il croit que Wealthsimple lance cette nouvelle offre parce qu’elle peut s’avérer lucrative, à condition de générer des volumes de transactions élevés et de prélever des frais de transaction ou une commission sur les gains.
Pour déterminer qui pourra accéder aux marchés prédictifs, Wealthsimple évaluera les connaissances des investisseurs potentiels.
En règle générale, la société pose aux investisseurs des questions sur leur niveau d’aisance et d’expérience avec certains produits financiers avant de leur permettre de les utiliser.
Les marchés de prédictions étant une nouveauté, l’entreprise ne pourra pas recourir à cette approche, a expliqué M. Wiley.
L’entreprise exigera plutôt que les clients aient un emploi et atteignent un seuil minimum de revenus.
«Si le client est étudiant et sans emploi, il n’y aura pas accès», a précisé M. Parikh.
Selon M. Martineau, la sécurité du produit dépendra de la capacité de Wealthsimple à évaluer correctement les compétences de ses clients avant de leur donner un accès, car «ils ouvrent véritablement la porte à presque tout le monde pour participer aux marchés de prédictions».
Si on pose des questions trop simples aux clients, ces mesures de protection ne serviront pas à grand-chose, prévient-il.
Pour ceux qui y ont accès, l’entreprise a précisé que son rôle consistait «principalement à informer plutôt qu’à restreindre les utilisateurs», qui, selon elle, font généralement preuve de responsabilité.
«La grande majorité des clients savent très bien gérer eux-mêmes leurs risques», a déclaré M. Wiley.
Il a cité comme exemple le lancement par l’entreprise de produits liés aux cryptomonnaies, qui comportaient également des risques et de la volatilité. Les détracteurs craignaient que les investisseurs ne se mettent à réhypothéquer leur maison pour acheter des bitcoins.
«Ces craintes ne se sont pas concrétisées, a-t-il déclaré. Les gens achetaient de très petites quantités d’actifs cryptographiques en complément de tous leurs autres investissements.»
Bien que Wealthsimple ne puisse pas savoir quelles habitudes les utilisateurs adopteront sur les marchés de prédictions, si quelqu’un transfère une part importante de son portefeuille vers ce type d’opérations, un message sera envoyé à l’utilisateur pour lui demander s’il s’agit d’une erreur.
Le seuil à partir duquel un accès serait retiré n’était pas clairement défini.
M. Wiley a précisé que Wealthsimple avait toujours le pouvoir de retirer un produit, mais que l’entreprise s’efforçait d’être «très réfléchie et prudente» avant d’envisager une telle mesure.
«Ce n’est pas une mesure que nous jugeons généralement appropriée», a déclaré M. Wiley, qui a comparé la suppression de l’accès aux marchés prédictifs à la «débanquisation» des clients.
«C’est une mesure que nous prenons avec beaucoup, beaucoup de prudence.»

