Économie

Voici comment parler d’argent avec ses parents avant qu’il ne soit trop tard

Cela ne se résume pas à une seule conversation. Quelques conseils à suivre.

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Archives- (Marcus Aurelius / Pexels.com) Archives- (Marcus Aurelius / Pexels.com)

Personne n’aime aborder ce sujet. Interroger ses parents sur leur testament, leurs comptes bancaires ou leurs souhaits pour leurs dernières années peut sembler morbide ou tout simplement gênant. Des personnes ont repoussé cette discussion pendant 10 ans, pour finir par fouiller à tâtons dans un classeur à 2 heures du matin, après un AVC ou une chute.

Mais la conversation est presque toujours plus facile qu’on ne le pense, et le coût de l’éviter est presque toujours plus élevé qu’on ne l’imagine. Un expert en finances vous expliquer comment aborder le sujet de l’argent avec des parents vieillissants et quels points aborder.

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.

Une conversation importante

Le Canada est en plein milieu du plus grand transfert de patrimoine de son histoire. Selon TD Asset Management, plus de 1 000 milliards de dollars devraient passer des baby-boomers à leurs héritiers de la génération Y et de la génération Z au cours des deux prochaines décennies, une part importante de cette somme devant être transférée dans les prochaines années. Parallèlement, Statistique Canada recense désormais plus de 8 millions de Canadiens âgés de 65 ans et plus, soit environ 19,5% de la population en juillet 2025. La vague démographique n’est pas à venir. Elle est déjà là.

Et pourtant, la plupart des familles avancent à l’aveuglette. Une enquête Willful de 2025 a révélé que 41% des Canadiens interrogés n’avaient jamais eu de conversation détaillée avec leur famille au sujet de leurs souhaits de fin de vie. Une autre analyse de Scotiatrust portant sur les Canadiens aisés de plus de 50 ans a montré que 41% d’entre eux n’avaient pas de procuration pour les finances, et 47% n’en avaient pas pour les soins médicaux.

Ce sont ces lacunes qui transforment un événement de vie difficile en un véritable casse-tête juridique et financier.

1. Commencez par une approche en douceur, pas par une réunion formelle

N’organisez pas de «réunion de famille». C’est le meilleur moyen de faire en sorte que vos parents se referment. Autrefois organiser était la chose responsable à faire, jusqu’à ce que cela se retourne contre vous.

Au lieu de cela, inspirez-vous d’un sujet d’actualité, d’un film ou d’un événement de votre propre vie. Par exemple : «Maman, je lisais un article sur la transmission de patrimoine, et ça m’a fait réfléchir. Je ne sais pas si toi et papa avez rédigé un testament. On pourrait en parler un de ces jours?» C’est bien plus facile qu’une discussion surprise lors du dîner du dimanche.

Le but de cette première conversation n’est pas d’obtenir des réponses. Il s’agit plutôt de s’entendre pour que ces discussions aient lieu. Considérez cela comme l’ouverture d’un dossier, et non comme le fait de le remplir.

Pour vous donner une idée de l’importance de l’enjeu, j’ai expliqué pourquoi ce moment est si crucial pour les familles canadiennes dans une vidéo de Blueprint Financial sur la crise de la retraite au Canada.

2. Abordez les trois documents que tous les parents devraient avoir

Même si vos parents ne font rien d’autre, ils ont besoin de ces trois documents : sans testament, la province décide qui hérite de quoi en utilisant une formule rigide qui n’a peut-être rien à voir avec ce que vos parents souhaitaient. Sans procuration financière, la famille pourrait devoir demander la tutelle auprès des tribunaux, ce qui est long, coûteux et stressant. Toutes les familles n’ont pas besoin d’un avocat pour s’en occuper, mais la plupart voudront au moins qu’un juriste y jette un œil.

  • un testament qui reflète leurs souhaits actuels ;
  • une procuration pour les biens ou les finances, afin que quelqu’un puisse payer leurs factures et gérer leurs placements s’ils ne le peuvent pas ; et
  • une procuration pour les soins personnels, afin que quelqu’un puisse prendre des décisions médicales s’ils sont incapables de le faire (au Québec, un mandat unique de protection couvre les deux).

La bonne nouvelle, c’est que cela ne doit pas nécessairement coûter des dizaines de milliers de dollars. Selon des données récentes du secteur, un simple testament au Canada coûte en moyenne environ 600$, tandis qu’un ensemble complet comprenant les procurations avoisine les 950$. Pour la plupart des familles, c’est de l’argent bien dépensé.

3. Déterminez où tout se trouve réellement

Un testament ne sert à rien si personne ne peut retrouver les comptes. C’est là le plus souvent où les familles s’effondrent. Les documents existent quelque part, mais la personne qui connaissait les mots de passe et le système de classement n’est plus là ou n’est plus en mesure de l’expliquer.

Asseyez-vous avec vos parents et dressez ensemble un inventaire simple. Il devrait inclure : C’est également le bon moment pour parler des dettes. Les enfants ne sont généralement pas personnellement responsables, mais les dettes peuvent tout de même grignoter la succession avant que quiconque n’hérite quoi que ce soit.

  • les comptes bancaires, les comptes de placement et les institutions qui les gèrent ;
  • les REER, les FERR, les CELI et les pensions, y compris les bénéficiaires désignés ;
  • les biens immobiliers, y compris les résidences secondaires ou les chalets ;
  • les polices d’assurance-vie et les compagnies qui les ont émises ;
  • les dettes, les cartes de crédit et les marges de crédit ;
  • les comptes numériques : courriel, gestionnaires de mots de passe, stockage dans le nuage ; et
  • leur comptable, leur avocat et leur planificateur financier.

4. Parlez de l’avenir qu’ils souhaitent réellement

L’argent n’est qu’une partie du problème. L’autre partie concerne le mode de vie. La même étude de Scotiatrust a révélé que 77% des Canadiens aisés de plus de 50 ans souhaitent vieillir chez eux, mais que 43% n’ont pas discuté de cette question avec leurs enfants. C’est la recette idéale pour des décisions précipitées et émotionnelles en cas de crise.

Posez les questions auxquelles vos parents pensent probablement déjà. Souhaitent-ils rester dans la maison familiale aussi longtemps que possible? Sont-ils ouverts à l’idée de déménager dans un logement plus petit? À quoi ressemblerait leur situation idéale en matière de soins s’ils avaient besoin d’aide pour les activités quotidiennes? Qui souhaitent-ils voir prendre des décisions à leur place?

Vous n’avez pas besoin d’obtenir toutes les réponses en une seule fois. Il vous suffit de savoir que ces préférences existent et qu’elles ont été exprimées à voix haute.

Conclusion

Parler d’argent avec des parents vieillissants ne se résume pas à une seule conversation. Il s’agit d’une série de petites discussions, parfois imparfaites, qui deviennent plus faciles à mesure que vous les multipliez. Bien menée, cette démarche n’a rien de morbide. C’est l’une des choses les plus attentionnées que vous puissiez faire pour eux, et pour vous-même.

Christopher Liew est CFP®, CFA et ancien conseiller financier. Il rédige des conseils en matière de finances personnelles pour des milliers de lecteurs canadiens quotidiens sur Blueprint Financial.