Si vous avez repoussé le moment d’aborder le sujet de l’argent avec vos enfants, vous n’êtes pas seul(e) et vous n’êtes pas en retard. L’astuce, c’est qu’il ne s’agit pas d’une conversation unique. C’est un dialogue continu qui commence par des pièces de monnaie posées sur la table de cuisine et se termine par un adolescent qui lit sa première feuille de paie.
Chaque étape exige de vous une approche différente, et aucune ne nécessite un diplôme en finance.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
Un expert en finances vous explique ce qu’il faut dire à chaque étape, quels comptes ouvrir au fil du temps, ainsi que l’habitude qui importe plus que tout le reste.
Pourquoi est-ce important en ce moment?
Un sondage Ipsos mené auprès de 1000 parents canadiens pour le compte de Mydoh de RBCx, publié en mai 2026, a révélé que 90% des parents parlent régulièrement d’argent avec leurs enfants, mais que seulement 9% sont tout à fait d’accord pour dire que leur enfant est prêt à gérer son argent de façon autonome lorsqu’il quittera la maison.
Le problème ne réside pas dans le fait de parler. Il s’agit plutôt de parler de manière à développer de véritables compétences, et avec le mois de la littératie financière qui débute en novembre, c’est le moment idéal pour commencer.
1. De 3 à 7 ans: rendez l’argent concret et laissez-les choisir
À cet âge, il faut complètementéviter les sermons. Donnez-leur des pièces et des petits billets, laissez-les payer à la caisse et laissez-les sentir la différence entre un jouet à 2$ et un autre à 20$. Lorsque vous passez votre téléphone à la caisse, votre enfant ne voit rien sortir de votre main. Il n’y a donc aucune leçon à en tirer. L’argent comptant, qu’il peut compter et remettre, lui apprend que l’argent finit par s’épuiser.
La chose la plus importante à enseigner à cet âge est que choisir une chose signifie renoncer à une autre. Si votre enfant a 10$ et veut un jouet à 7$ et un autre à 6$, ne complétez pas la somme. Laissez-le choisir, laissez-le renoncer à l’autre, et laissez-le réfléchir à cela pendant un jour ou deux. Cette petite déception constitue toute la leçon, et elle ne vous coûte presque rien. Une erreur de 5$ à 6 ans est une aubaine comparativement à une erreur de 5000$ à 26 ans.
2. De 8 à 12 ans: commencez à verser une allocation et ouvrez un véritable compte
C’est l’âge idéal pour commencer à verser une allocation régulière, et c’est différent des tâches ménagères. Versez un montant fixe le même jour chaque semaine afin que cela ressemble à un chèque de paie qu’il doit faire durer, et non à une récompense dont il peut obtenir davantage en la demandant. Divisez ensuite ce montant en trois parties: une partie à dépenser tout de suite, une partie à épargner pour un achat plus important, et une partie à donner. Les montants importent moins que l’habitude de répartir l’argent avant même de le dépenser.
Vers 10 ou 12 ans, ouvrez un compte bancaire pour jeunes à leur nom et laissez-les observer l’évolution du solde. Un enfant qui se connecte et vérifie son propre solde chaque semaine apprend bien plus que celui qui n’entend parler d’argent que lorsqu’un parent l’invite à s’asseoir pour discuter. Le même sondage a révélé que seulement 55% des enfants gèrent leur argent de façon autonome avant l’âge de 12 ans. Si le vôtre le fait, il a donc déjà une longueur d’avance.
3. À tout âge: présentez-leur le REEE et l’argent gratuit qu’il contient
Ce sujet a été abordé dans une chronique sur CTVNews.ca consacrée à l’éducation financière des enfants il y a quelques années, et c’est toujours l’outil le plus sous-utilisé. La Subvention canadienne pour l’épargne-études ajoute 20% aux premiers 2500$ que vous déposez chaque année, jusqu’à concurrence de 500$ par année et de 7200$ sur toute la durée de vie de l’enfant. Les familles à faible revenu peuvent également bénéficier du Bon d’études canadien, jusqu’à 2000$ par enfant, sans avoir à verser un sou.
Montrer à un enfant de 9 ans le relevé, avec la ligne de la subvention surlignée, constitue la meilleure leçon sur les intérêts composés que vous puissiez lui donner. La subvention, le bon d’études et 13 autres programmes avec des montants réels en dollars ont été abordés dans une récente vidéo de Blueprint Financial intitulée 15 façons d’obtenir de l’argent gratuitement au Canada. La subvention prend fin à la fin de l’année où votre enfant atteint l’âge de 17 ans. Il s’agit donc d’un conseil assorti d’une date limite.
4. Ados: le premier chèque de paie et la première déclaration de revenus
Le premier emploi change tout, car désormais, c’est leur argent et ce sont leurs décisions. Asseyez-vous avec le premier talon de paie et expliquez-leur en termes simples l’assurance-emploi et les retenues d’impôt sur le revenu (le Régime de pensions du Canada apparaît dès qu’ils atteignent l’âge de 18 ans). Demandez-leur ensuite de produire une déclaration de revenus ce printemps-là, même s’ils ne doivent rien, car cela commence à constituer un droit de cotisation au REER et leur permet de récupérer tout remboursement.
L’année de leurs 18 ans, aidez-les à ouvrir un CELI (c’est à 19 ans en C.-B., dans les provinces de l’Atlantique sauf l’Île-du-Prince-Édouard, et dans les territoires, mais la limite d’épargne accumulée à partir de 18 ans est reportée). Le plafond pour 2026 est de 7000$, et même 50$ par mois provenant d’un emploi à temps partiel leur apprend que l’investissement n’est pas quelque chose qui commence seulement après l’université. Laissez-les choisir un placement simple et peu coûteux, et faites le point avec eux quelques fois par année.
5. À tout âge: parlez de vos propres erreurs, pas seulement de vos règles
C’est l’habitude qui, selon moi, compte le plus. Le sondage Mydoh a révélé que seulement 46% des parents discutent de ce qui n’a pas fonctionné lorsque leur enfant commet une erreur financière, et plus d’un sur cinq craint que la conversation elle-même ne stresse leur enfant. C’est compréhensible, surtout lorsque le budget familial est serré.
Cela dit, les enfants remarquent quand même ce stress. Leur dire que vous avez trop dépensé lors d’un voyage, ou que les versements pour l’auto sont plus élevés que prévu, leur montre que l’argent est quelque chose que vous gérez, et non une source de honte. Adaptez votre discours à leur âge, soyez bref et n’en faites pas une confession.
Réflexions finales
Vous n’avez pas besoin d’un programme d’études, et vous n’avez pas besoin d’être vous-même parfait en matière d’argent.
Vous devez laisser vos enfants gérer de l’argent réel, commettre de petites erreurs dès leur plus jeune âge et vous voir gérer le vôtre ouvertement. C’est tout ce qui compte.
Si vous commencez dès ce mois de novembre et que vous persévérez, le jeune de 18 ans qui franchira le seuil de votre porte sera bien mieux préparé que ne le laisse supposer ce chiffre de 9%.

