L’ancien chef du Parti conservateur, Erin O’Toole, met en garde le premier ministre en soulignant que, malgré la nécessité de diversifier les échanges commerciaux, la Chine ne peut se substituer aux États-Unis.
M. O’Toole a été nommé pour siéger au comité consultatif Canada-États-Unis du premier ministre Mark Carney, composé de 24 membres et dévoilé cette semaine, alors que l’examen officiel de l’accord commercial trilatéral entre les deux pays et le Mexique approche à grands pas.
Alors que la guerre commerciale avec les États-Unis dure depuis plus d’un an, M. Carney insiste une nouvelle fois sur un changement dans les relations avec le plus proche voisin du Canada, qualifiant dimanche dernier, dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, les liens du Canada avec les États-Unis de «faiblesse».

Au cours de plusieurs voyages internationaux effectués l’année dernière, Carney s’est également employé à renforcer les liens avec d’autres alliés, notamment en Europe.
Et, malgré des relations auparavant tendues, Carney a pris des mesures pour redéfinir les relations avec la Chine et l’Inde dans le but de stimuler les échanges commerciaux.
Lors d’un voyage en Chine en janvier, Carney a conclu un accord avec le président chinois Xi Jinping pour autoriser l’entrée de jusqu’à 49 000 véhicules électriques (VE) chinois sur le marché canadien en échange d’une réduction des droits de douane sur les produits agricoles.
Les VE chinois étaient auparavant soumis à des droits de douane de 100 % au Canada, suite à une décision prise en 2024 par le premier ministre de l’époque, Justin Trudeau, qui visait à s’aligner sur les États-Unis.
«J’ai publiquement critiqué cet aspect du voyage du premier ministre», a déclaré M. O’Toole à Vassy Kapelos, animatrice de l’émission CTV Question Period, lors d’une entrevue diffusée dimanche, lorsqu’on lui a demandé son avis sur la décision de M. Carney d’autoriser l’entrée de certains VE chinois au Canada.
«J’ai trouvé positif que (M. Carney) se rende en Chine», a convenu M. O’Toole, qui croit que «c’est essentiel pour nos exportations agricoles et pour l’Ouest canadien, et ils devaient s’en rendre compte».
«Mais la Chine ne peut pas se substituer à un partenaire américain de premier plan», a-t-il également déclaré, ajoutant que le Canada devrait s’aligner sur les États-Unis en ce qui concerne la Chine, dans le cadre d’un front nord-américain unifié.
«Nous devons être très prudents avec la Chine.»
— Erin O’Toole, ancien chef du Parti conservateur
Dans un discours prononcé en février, le chef conservateur Pierre Poilievre a également déclaré que la Chine ne pouvait «en aucun cas se substituer» aux États-Unis.
O’Toole prêt à riposter lors des discussions du conseil consultatif
À l’approche de la date limite du 1er juillet pour lancer une révision de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM), les responsables américains ont pris pour cible le Canada cette semaine.
Le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a déclaré qu’il existait un fossé entre les philosophies commerciales des administrations canadienne et américaine, et a menacé de prendre des mesures coercitives concernant l’interdiction actuelle de l’alcool dans plusieurs provinces.
De son côté, le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, a déclaré que le Canada traitait les États-Unis de manière injuste «dans tous les domaines possibles».
Dans le cadre de ses nouvelles fonctions au sein du comité consultatif, M. O’Toole a déclaré qu’il était prêt à riposter lors des discussions, et qu’il estimait que c’était «en partie pour cette raison» qu’on lui avait demandé de rejoindre le groupe.
Il a déclaré qu’il s’engageait à faire entendre une voix conservatrice au sein du conseil afin qu’il puisse constituer une véritable «équipe Canada donnant le meilleur d’elle-même», et on lui a assuré qu’il s’agissait d’un «exercice sérieux et de fond».
«Je pense que je vais être en désaccord avec certaines de leurs politiques, et je pense que c’est ce qu’ils veulent», a-t-il déclaré, ajoutant qu’une «diversité de voix et de points de vue» renforcerait l’équipe de négociation du Canada.
Soutien à Poilievre en tant que chef conservateur
Kapelos a également interrogé O’Toole au sujet de Poilievre et des récentes questions entourant son leadership.
Bien qu’il soit en perte de vitesse dans les sondages sur la question du premier ministre préféré et qu’il ait perdu quatre députés au profit des libéraux depuis novembre dernier, Poilievre a insisté sur le fait qu’il resterait à la tête du parti.
Lorsqu’on lui a demandé s’il bénéficiait du soutien d’O’Toole, l’ancien chef n’a pas hésité: «Oui».
«Il bénéficie d’un soutien remarquable au sein du parti et a défini le programme politique», a déclaré O’Toole.
«Je pense que la stabilité d’un gouvernement majoritaire sera en fait utile à Pierre pour se renforcer et se reconstruire», a-t-il ajouté. «Le rôle de l’opposition est de demander des comptes au gouvernement. Je veux qu’ils leur demandent des comptes.»
