Économie

Une accélération de l'inflation est attendue en mars en raison du prix de l'essence

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Le prix du pétrole a bondi ces dernières semaines après que l'Iran a riposté aux attaques des États-Unis et d'Israël en fermant le détroit d'Ormuz. Photo prise à Montréal le 5 mars 2026. Le prix du pétrole a bondi ces dernières semaines après que l'Iran a riposté aux attaques des États-Unis et d'Israël en fermant le détroit d'Ormuz. Photo prise à Montréal le 5 mars 2026. (Christopher Katsarov)

Statistique Canada dévoilera les premiers effets du choc pétrolier lié à la guerre en Iran sur l’inflation lundi prochain, lorsqu’elle publiera son indice des prix à la consommation pour le mois de mars.

Un sondage Reuters montre que les économistes s’attendent largement à ce que le taux d’inflation global ait atteint 2,5 % en mars, contre 1,8 % en février, selon LSEG Data & Analytics.

Claire Fan, économiste principale à la Banque Royale, dit prévoir également à une hausse de 0,7 point de pourcentage de l’inflation globale en mars.

«Cette hausse sera principalement due à l’augmentation des prix de l’essence et du diesel», explique-t-elle.

Le prix du pétrole a bondi ces dernières semaines après que l’Iran a riposté aux attaques des États-Unis et d’Israël en fermant le détroit d’Ormuz, par lequel transite habituellement un cinquième du carburant mondial.

Mme Fan indique que l’accélération sera encore plus forte, mais que la suppression, l’année dernière, de la taxe carbone à la consommation continue de freiner quelque peu les comparaisons de prix annuelles.

Elle ajoute s’attendre à ce que l’inflation globale dépasse les 3 % en avril, lorsque la suppression de la taxe sur le carbone ne sera plus prise en compte dans le calcul de l’inflation.

Le premier ministre Mark Carney a annoncé en début de semaine que le gouvernement fédéral supprimerait les taxes d’accise sur les carburants à compter de lundi et jusqu’à la fête du Travail, une mesure qui devrait faire baisser le prix du litre d’essence de 10 cents et celui du litre de diesel de 4 cents.

Comme cet allègement fiscal entrera en vigueur en milieu de mois, les chiffres de l’inflation d’avril ne refléteront pas pleinement les effets de cette mesure, note Mme Fan. Mais d’ici mai, elle prévoit que l’inflation globale sera inférieure de deux dixièmes de point à ce qu’il aurait été sans la suppression de la taxe d’accise.

Une répercussion variable

Le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, a déclaré le mois dernier qu’il s’attendait également à une hausse de l’inflation à court terme, mais a laissé entendre que la banque centrale ne tiendrait pas compte du choc initial sur les prix lié à la guerre en Iran, alors que les responsables de la politique monétaire se préparent à dévoiler leur décision sur les taux d’intérêt le 29 avril.

En marge des réunions du Fonds monétaire international à Washington, vendredi, M. Macklem affirme que les responsables des banques centrales du monde entier se penchaient sur la question du moment opportun pour fixer les taux d’intérêt.

«Nous avons tous le sentiment qu’il ne faut pas agir trop tôt, augmenter les taux d’intérêt et freiner la croissance, surtout lorsque celle-ci est déjà faible. D’un autre côté, il ne faut pas tarder et laisser l’inflation s’installer et s’ancrer», explique-t-il.

M. Macklem indique que le Canada se trouvait dans une bonne position au moment d’entrer dans le conflit au Moyen-Orient, l’inflation sous-jacente montrant des signes de stabilité ces derniers mois.

L’économie étant en situation d’«offre excédentaire» — un terme utilisé par les économistes lorsque la production des entreprises dépasse la demande des consommateurs —, les responsables de la politique monétaire de la banque centrale ne s’attendaient pas à ce que la hausse des prix provoquée par le choc de la guerre en Iran se répercute rapidement sur les biens et services au Canada, ajoute-t-il.

Ce sont ces conditions qui distinguent la phase inflationniste actuelle de la flambée des prix postpandémique, selon M. Macklem. Cette période de reprise a été marquée non seulement par des contraintes sur la chaîne d’approvisionnement liées à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, mais aussi par une forte demande des consommateurs à mesure que les restrictions liées à la COVID-19 étaient levées et que les ménages dépensaient leurs économies.

«Il faut considérer la situation dans son ensemble (…). Certains éléments peuvent être similaires, mais il faut les examiner tous ensemble», rappelle M. Macklem.

Mme Fan surveille aussi la manière dont la progression des coûts énergétiques pourrait se répercuter sur d’autres composantes du panier de consommation. Elle indique que le prix du kérosène a connu une «hausse assez substantielle» en raison du conflit au Moyen-Orient, ce qui pourrait se traduire par une augmentation des coûts du fret aérien et du transport aérien pour les consommateurs.

«Mais, même dans ce cas, cela pourrait prendre quelques mois avant que cela ne commence à se répercuter concrètement sur les prix à la consommation ici au Canada», précise-t-elle.

Outre les données sur l’inflation du mois de mars, la Banque du Canada s’appuiera sur les résultats de ses propres enquêtes trimestrielles auprès des entreprises et des consommateurs, publiés lundi. L’enquête sur les perspectives des entreprises, en particulier, permet à la banque centrale de se faire une idée de l’ampleur des hausses de prix envisagées par les entreprises et des prévisions des chefs d’entreprise concernant le niveau d’inflation pour les années à venir.

M. Macklem indique que la Banque du Canada ne s’inquiéterait pas outre mesure si les enquêtes faisaient état d’une hausse des anticipations d’inflation à court terme. Mais si ces anticipations commençaient à s’orienter à la hausse à moyen ou long terme, cela susciterait certaines inquiétudes.

Au-delà des stations-service, Mme Fan s’attend à ce que l’inflation alimentaire ralentisse quelque peu en mars, en partie grâce à d’autres modifications fiscales antérieures apportées par le gouvernement fédéral.

Le «congé fiscal» de deux mois accordé par Ottawa, qui a pris fin à la mi-février 2025, s’appliquait aux repas au restaurant et à certains produits d’épicerie. L’inflation alimentaire a été plus élevée ces derniers mois, en partie en raison des comparaisons avec les prix artificiellement bas résultant de cet allègement fiscal il y a un an.

En mars, ces comparaisons se normaliseront, ce qui, selon Mme Fan, apportera un certain soulagement en matière d’inflation alimentaire, même si des produits comme le bœuf et le café continuent de subir des hausses de prix.

— Avec des informations de l’Associated Press.

Craig Lord

Craig Lord

Journaliste